Eléments de langage : la vidéoprotection

Le petit champignacien illustré. 25 avril 2010

Parmi les éléments de langage utilisés par l'UMP et ses alliés figure le terme vidéoprotection. Cette expression se retrouve dans le projet de loi LOPPSI qui est ainsi épinglé par la Commision nationale consultative des Droits de l'Homme.

"Le glissement sémantique entre vidéosurveillance et vidéoprotection trahit bien l’embarras du législateur pour justifier de la mise en place de systèmes particulièrement onéreux et dont l’efficacité ne fait pas l’unanimité".

Lorsque l'on examine la presse en ligne, on constate 2 180 références à la vidéosurveillance et seulement 164 références à la vidéoprotection. Bien plus, cette dernière expression ne commence à apparaître dans des articles de presse que lorsque le ministre de l'Intérieur a énoncé les mesures qu'il compte prendre en matière de sécurité publique fin mars. Parmi, les personnes qui parlent le plus de vidéoprotection, on trouve au premier plan Brice Hortefeux avec une vingtaine d'occurrences. Mais le terme était déjà dans les tuyaux depuis plus longtemps, il figure par exemple dans une note du 5 mars du comité interministériel de prévention de la délinquance. Il s'agit donc bien d'un terme politique venu d'en haut, de l'échelon gouvernemental, parfois repris sur le terrain, souvent répété par les porte-paroles UMP afin de bien enfoncer le clou de ce nouveau dogme.

Quelle différence entre vidéosurveillance et vidéoprotection ? La première apparaît comme intrusive, s'attaquant aux libertés individuelles et au respect de la vie privée lorsque cela se produit sur la voie publique. Voire à l'intimité des personnes. Les dérapages de la vidéosurveillance font qu'elle est l'objet d'une défiance ou d'un rejet. Les individus se sentent alors espionnés par un Etat plus ou moins totalitaire. Pour rassurer l'électorat, on change de logique et on insiste sur la protection qui vise à la fois les personnes et les biens. Il s'agit d'impliquer les personnes qui seront vidéosurveillées dans l'acceptation de cette protection encombrante, inefficace et ruineuse. Il existe un public déjà convaincu par l'utilité des caméras de surveillance dans ses boutiques, ses entreprises, ses habitations, mais cela ne suffit pas. Il faut obtenir l'adhésion d'un plus grand nombre de personnes susceptibles de changer d'opinion si la solution est présentée de manière positive, comme un avantage supplémentaire pour elles et non plus comme si elles étaient toutes par avance des délinquants en puissance qui doivent être dissuadés de mal se conduire.

L'apparente neutralité de l'expression vidéoprotection est une illusion. Il s'agit bien aussi de surveillance et de contrôle de la population, même si cela se fait le plus souvent a posteriori faute de moyens humains derrière les écrans de veille. Je rappelle que cela se produit alors que les effectifs de la police et de la gendarmerie sont appelés à être réduits, comme dans les autres ministères. Mais surtout ce qui importe n'est pas une meilleure rentabilité ou une sécurité renforcée ou d'entrer dans une nouvelle modernité, il s'agit d'un projet purement idéologique : obtenir la soumission volontaire des individus à leur servitude. En utilisant le mot protection, les personnes passent du statut de possibles délinquants à celui de possibles victimes : c'est pour vous protéger contre les autres (ensemble fort vague) tous méchants que l'on agit ainsi, pas pour vous accuser et vous devez nous remercier de prendre autant soin de vous. La coercition voulue est d'abord celle des esprits qui pourraient penser un peu différemment.

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