En Californie, on fait payer les pauvres

Rue89. 22 juillet 2009 par Patrick Jarreau

La Californie, c'est loin et exotique, mais les tribulations budgétaires et fiscales de « l'Etat en or » méritent qu'on s'y intéresse. Le problème se ramène à ceci : qui doit supporter le poids de la crise ?

L'Etat le plus riche des Etats-Unis, avec ses 38 millions d'habitants et un produit intérieur brut qui en ferait la septième ou huitième puissance économique du monde s'il était indépendant, est durement frappé par la récession. Son taux de chômage (11%) est le plus élevé du pays. Après le boom immobilier du début de la décennie, le retournement du marché et la déroute des crédits hypothécaires ont fait des ravages considérables.

Contrairement à l'idée qu'on s'en fait parfois, parce que Ronald Reagan en fut le gouverneur, la Californie est un Etat social, où la dépense publique est importante. Les personnes âgées ou handicapées sont prises en charge, avec un programme d'assistance à domicile. Il y a un dispositif très large d'aide aux pauvres. L'indemnisation des chômeurs relève aussi de l'Etat. Les enfants et adolescents sont couverts par une assurance maladie publique. Les écoles et établissements secondaires publics scolarisent -médiocrement- 90% des élèves. L'Université de Californie (une des trois branches de l'enseignement supérieur public) est réputée. L'Etat emploie, au total, plus de deux cent mille fonctionnaires, auxquels s'ajoutent ceux des comtés et des municipalités.

Les Californiens votent très majoritairement démocrate, ce qui ne les empêche pas d'élire de temps à autre un gouverneur républicain. Ce rôle est tenu, comme on sait, par le mirobolant Arnold Schwarzenegger, dont on admirera ici les débuts amércians. (Voir la vidéo)


« Ahhhnold » est devenu gouverneur grâce à la mise en œuvre d'un article peu usité de la Constitution californienne, la révocation. Si un nombre donné de citoyens le demandent par pétition, un vote est organisé pour destituer le titulaire d'une charge élective. C'est par cette disposition héritée de l'ère progressiste du début du XXe siècle que le démocrate Gray Davis a été débarqué, en 2003, en raison déjà d'une crise fiscale.

Six ans plus tard, monsieur Muscle se retrouve à son tour au bord du fossé vertigineux qui sépare les recettes des dépenses de son budget. Il a licencié certains fonctionnaires, mis tous les autres au chômage partiel, payé les fournisseurs avec des reconnaissances de dette. Les démocrates dominant les deux chambres du Parlement de l'Etat, dont la Constitution interdit le déficit budgétaire, le gouverneur et les chefs parlementaires ont fini par parvenir à un accord lundi.

Pour résorber un déficit de 26,3 milliards de dollars (18,6 millions d'euros), la hache va s'abattre dans les services publics, les écoles, l'université et les programmes sociaux. Les villes et les comtés, qui sont aussi en difficulté, vont être ponctionnés sauvagement.

Y avait-il une autre solution ? Oui, bien sûr : augmenter les impôts. Mais les Californiens ne veulent pas en entendre parler. Les républicains encore moins que les autres, qui disposent d'une minorité de blocage depuis que par référendum, en 1978, les citoyens ont décidé qu'une majorité des deux tiers serait nécessaire, au Parlement, pour accroître les prélèvements. En outre, les mêmes outils de démocratie directe développés dans cet Etat permettent d'y provoquer des référendums sur la moindre taxe, avec le résultat immanquable qu'on imagine.

L'allergie à l'impôt aboutit à ce résultat ahurissant que ceux qui souffrent le plus de la crise vont en subir doublement les effets.

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