Energies propres en Suède

Agoravox. 31 octobre 2009 par Olivier Cabanel

Chaque pays tente à sa manière de sortir de l’ornière nucléaire. En Suède, la route est déjà tracée

L’observatoire de l’énergie ayant annoncé que les ressources en pétrole seraient épuisées dans 41 ans, la Suède a décidé d’agir.

Jusqu’en 1970, le pétrole y représentait 75% de l’approvisionnement énergétique : il ne devrait plus être utilisé en 2020. En 2006, il ne représentait plus que 32%, il a été remplacé progressivement par le méthane, l’éthanol et les véhicules hybrides.

La Suède va également être le premier pays à avoir un train qui fonctionnera au biogaz. Ce train aura une autonomie de 600 km et roulera à 130 km/h.

L’abandon progressif du nucléaire suédois est lié à l’augmentation de production de méthane, par la biomasse.

En 2003, 41% de l’énergie produite provenait du pétrole, 14,2% du nucléaire, et 25% des sources propres et renouvelables. La production de ces dernières ont quasi doublé en 30 ans (lien) ce qui correspond au tiers des énergies consommées. lien

Leur potentiel n’a pourtant rien à envier au notre : Géothermie de grande profondeur, éolien, solaire, et méthane issu de la biomasse sont aussi à notre portée. La taxe carbone suédoise incite le consommateur à abandonner le pétrole, lui permettant d’échapper à la taxe lien à la différence de notre modèle français, puisque chez nous, les consommateurs n’ont que l’alternative d’acheter un véhicule moins polluant, et plus cher. La taxe carbone française privilégie donc les classes aisées (qui ont les moyens d’acheter un véhicule moins polluant) et pénalise injustement les ménages modestes, obligés de payer une lourde taxe, puisqu’ils ne peuvent changer de véhicule.

En Suède, au premier semestre 2008, 60% des voitures neuves fonctionnaient à l’éthanol, au gazole, au gaz, ou étaient des hybrides.

Entre 1990 et 2007, les émissions de CO2 y ont diminué de 9%, et sans l’introduction de leur taxe carbone, ces émissions seraient supérieures de 20% par rapport à 1990. Dans le même temps, la Suède a connu une croissance économique de 48%.

Le méthane utilisé provient des stations d’épuration, des zones de stockage de déchets, des élevages ovins, porcins, ou bovins, de l’exploitation forestière. La forêt suédoise représente 59% du territoire (260 000 KM2) et la production de méthane correspond à 7 MTEP.(millions de tonnes équivalent pétrole). En Suède, la biomasse (bois, déchets végétaux, organiques et animaux) représente déjà 19% de la production d’énergie. Les déchets de coupes sont donc broyés, et mis en compostage. lien

En France dans les années 60, un nommé Jean Pain, habitant l’Isère, faisait de même : Il récupérait le méthane issue de broussailles broyées pour faire tourner sa 2CV. lien La forêt française c’est 155 000 km2 soit 28% du territoire en France. Selon le biologiste Robert de Pontavice, le potentiel méthane de notre forêt serait de 20 MTEP par an. Jean Pain avait refait le calcul : 1 km2 de forêt peut fournir 600 tonnes d’engrais, 96000 m3 de biogaz, et des milliers de litres d’eau chaude. Ce qui revient à dire que notre potentiel méthane théorique annuel français en utilisant uniquement la forêt est de 60 000 MTEP.

Tout cela est bien sur théorique.

Il est évident que personne ne va du jour au lendemain exploiter la totalité de la forêt française, en broyant les broussailles et les « branches négligées » après les coupes. Mais pour produire du méthane il n’y a pas que la forêt : Il y a par exemple les élevages de cochons. Ils posent un problème pour l’environnement comme on a pu le découvrir avec la prolifération des algues vertes en Bretagne, due manifestement aux nitrates, dont une bonne partie est imputable aux porcheries. En France, dans les années 80, Maurice François, agriculteur à Creys Mépieu, tout proche de « super » phénix, de triste mémoire, a produit pendant des années 160 m3 de méthane par jour, en récupérant le lisier d’une porcherie. A la retraite aujourd’hui, sa centrale est à l’abandon. Lorsque l’on sait que dans notre pays il y a 23 000 élevages de porcs, cela permettrait de produire 1343 MTEP. Bien sur, c’est théorique, mais c’est énorme, quand l’on songe que notre pays ne consomme annuellement que 280 MTEP.

Théorique car il faut prendre en compte le cout énergétique de mise en œuvre et de transport du méthane produit. Et puis les installations ne tournent pas toute l’année.

Le modèle idéal encourage toujours à consommer sur place (si possible) ou pas trop loin, l’énergie produite. Si elle est transportée, elle se volatilise proportionnellement à la durée du voyage.

Cette règle est valable pour toutes les énergies.

En tout cas, on voit que la Suède a fait le bon choix et que nous, en France, avec un potentiel quasi identique, nous restons enchaînés au nucléaire et au pétrole, suite à des choix politiques discutables.

Car comme disait un vieil ami africain : « Dieu, accorde longue vie à mon ennemi, pour qu’il voit ce que je deviendrais plus tard ».

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