Enseignement supérieur et recherche : quel jeu joue Valérie Pécresse ?

Rue89. Par Chercheur en lutte | chercheur | 13/04/2009 | 13H15

« J'aurai aimé être psychiatre ou actrice. » Cette phrase de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, au Nouvel économiste en 2004 devrait prendre toute sa signification lorsque l'on se demande pourquoi ladite ministre s'applique tant à durcir le ton à l'encontre de la communauté universitaire.

Valérie Pécresse en février 2009 à l'Assemblée nationale, défendant la loi dite LRU (Lauwau / Wikipedia)

Quel jeu joue-t-elle face à cette communauté qui, depuis deux mois, a lancé un mouvement de protestation d'une ampleur telle, qu'il pourrait dépasser celui qui a impacté la même communauté en 1968.

Même si la lassitude gagne, même si tout est fait par le ministère pour diviser le front jusqu »à alors uni des scientifiques, la ministre va gérer une situation qui risque de devenir, faute de réelle volonté de dialogue ou de capacité d »écoute, explosive.

En effet, la menace avancée dans les campus universitaires toujours en effervescence est de boycotter les jurys du bac 2009 ! Une angoisse pour les familles !

Valérie Pécresse, qui cultive une image de mère de famille dynamique et progressiste, sort de plus en plus ses griffes, suffisante et méprisante comme en témoigne ses dernières interventions parlementaires.

Au passage, elle ressort les bonnes vielles ficelles de la droite, plus décomplexée que jamais.

Pour preuve, la pratique du clientélisme, notamment quand, face à Jean-Pierre Sueur, sénateur du groupe PS qui lui demande des signes forts pour sortir de la crise universitaire, elle stigmatise des faits locaux en les théâtralisant et signifie tacitement au même sénateur, qu'il n'a pas à se plaindre puisque l'université d'Orléans a été très bien dotée cette année - ce qui, au passage est un mensonge éhonté, les données montrant que sa dotation budgétaire stagne- et s »écarte ainsi volontairement du vrai sujet, qui pourtant ne devrait pas lui échapper…

Parallèlement, alors qu'elle dénonce les faits d » «  un commando cagoulé de vingt à trente personnes qui a commis de graves dégradation  » à Orléans, toujours, Valérie Pécresse ferme les yeux, voire cautionne les brutalités, les intimidations exercées contre les étudiants, les personnels, qui manifestent leur opposition à ses réformes.

Ce fut ainsi le cas lors de la manifestation du 19 mars à Paris, comme le raconte une manifestante sur le site web SNCS-FSU :

« J »étais placée en tête du cortège du SNCS, lorsqu'une personne, se présentant comme étant des RG, m'a tenu ce discours : « Madame, sachez que je peux vous placer en garde à vue et que vous risquez en plus une amende de 7500 euros. » Je lui ai demandé pour quelle raison il disait cela ; il m'a répondu que des propos injurieux à l'encontre du Président étaient tenus plus loin dans la manif. »

Il est vrai que le recours aux forces de police, et l'impunité qui règne de plus en en plus, se généralisent chaque jour de manière inquiétante.

Pourtant, rien ne semblait prédisposer Valérie Pécresse, dont le grand père paternel, gaulliste et ancien résistant, était le médecin de la famille Chirac, à composer avec la méthode forte chère à une grande spécialiste des briseuses de conflits sociaux, Margaret Thatcher !

Quelle est sa marge de manœuvre dans un gouvernement soumis sans mot dire, à la volonté tout en muscle de Nicolas Sarkozy ? Est-ce par ambition, par calcul, qu'elle couvre de tels agissements à l'encontre d'une communauté dont la finalité est d »œuvrer pour la transmission et la création universelle des savoirs, digne héritage du siècle des Lumières ?

Certains, dans son camp, annoncent cette « Ségolène de droite » comme une future présidentiable. Aux yeux d'une droite décomplexée, casser un mouvement de contestation est comme un rite initiatique. Est-ce parce que son ancien mentor, Jacques Chirac, n'a exprimé aucun signe de félicitations au soir de sa nomination comme ministre, qu'elle fuit la compagnie des républicains modérés ?

Valérie Pécresse a la charge d'un ministère clé pour l'avenir de la France : qu'elle ne brise pas la motivation des acteurs de l'Enseignement supérieur et de la Recherche sur l'autel de ses ambitions ! Ce qui lui est demandé c'est qu'elle écoute le diagnostic fait par les syndicats, les associations, les responsables de ce secteur, aujourd'hui si mal en point.

Et qu'elle le revitalise en créant des emplois tant dans les organismes de recherche, comme le CNRS, que dans les universités. Ce traitement budgétaire lui permettrait sûrement d'apaiser les angoisses de tous afin que l'on puisse croire, enfin, en l'avenir. Obama aux Etats-Unis, lui, l'a bien compris.

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