Équateur : l’Équateur condamné face à Chevron

Primitivi. Le 6 Avril 2010 par Primitivi

 

 

Nous publions cet article du quotidien mexicain la Jornada, un article sous forme ’avertissement pour le gouvernement mexicain en place mais également sous forme de réaction scandalisée face à l’issue du différent entre l’Équateur et la compagnie pétrolière étasunienne Chevron.

Alors que Chevron est reconnue coupable de pollutions extrêmement graves en Équateur, le petit pays vient d’être condamné par le tribunal de La Haye à payer 700 millions de dollars au groupe pétrolier pour non respect d’un traité commercial (aliénation commerciale ?) passé avec les États-Unis par un gouvernement précédent.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a annoncé hier qu’il proposera à l’Union des Nations Sud-américaines (Unasur) – dont il exerce la présidence pro tempore – la création d’un front commun pour contrer le pouvoir croissant des transnationales, qui nous considèrent encore comme leur pré carré, leur colonie ; qui croient qu’elles peuvent piétiner notre dignité et souveraineté. La suite de tels assignations est un jugement émis par la Cour Pénale d’Arbitrage de la Haye, en Hollande, qui oblige le gouvernement de Quito à payer 700 millions de dollars au groupe pétrolier étasunien Chevron pour la violation du traité bilatéral d’investissements entre les États-Unis et l’Équateur. Alors que Chevron est sous le coup d’une plainte pour des dommages environnementaux de plusieurs millions de dollars sur le territoire équatorien.

Cette confrontation entre les intérêts d’une nation et ceux d’une transnationale trouve son origine dans l’ignorance de plus en plus flagrante, de la part des grandes corporations, des principes de base de la souveraineté des États. Elle renforce également la capacité de pression et de chantage que les grandes compagnies ont acquises suite à l’accroissement de leur pouvoir économique, au sein d’un contexte mondial où le volume des ventes des plus grandes entreprises du monde surpasse la taille des économies de beaucoup d’États. Sans aller très loin on peut mentionner le fait que la totalité des gains de Chevron au cours de 2009 – environ 10,5 milliards de dollars – et bien supérieur au PIB d’Haïti – qui se situe à 7 milliards de dollars, selon les chiffres de 2008–, le pays la plus pauvre de l’hémisphère occidental, récemment dévasté par un tremblement de terre.

Dans ce sens, le discours du président équatorien constitue un contrepoids salutaire au potentiel de prédation des multinationales qui, comme Chevron, mettent dos à dos les sociétés et le bien commun en fonction des intérêts économiques de leurs actionnaires sans faire cas des principes de souveraineté nationale.

D’un autre côté, le conflit que vit aujourd’hui l’Équateur doit être une référence alarmante pour notre pays[NDT : le Mexique], dont l’industrie pétrolière se trouve, comme l’a annoncé le Comité National d’Études de l’Énergie, sous la menace de la signature de traités internationaux et des obligations consécutives qui, en cas de litige doivent être réglées devant des instances internationales dont les règles tendent à favoriser systématiquement les capitaux privés. Aujourd’hui, et contrairement à ce qui arrive en Équateur - qui par des paroles ferment tente de consolider sa souveraineté - le Mexique risque en plus de souffrir d’un recul du pouvoir de l’État sur les hydrocarbures si on prend en considération que le gouvernement actuel à l’intention de remettre en partie ou totalement l’industrie pétrolière mexicaine aux mains des intérêts privés, mexicains ou étrangers, comme cela a été évoqué mercredi dernier durant le Forum International sur l’Énergie qui s’est déroulé à Cancún.

En somme, il est nécessaire et fortement souhaitable que que les autorités mexicaines voient dans l’actuel conflit entre l’Équateur et Chevron un précédent très néfaste qui leur serve d’avertissement, et qu’ils cessent leurs tentatives de céder le coeur de la souveraineté nationale à des particuliers.


Source : La Jornada "Ecuador : defensa soberana y contrastes preocupantes"

 

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