Et si les villes prêtaient aux chômeurs qui créent leur boîte ?

Rue89. 17 octobre 2009 par Amaury Guillem

Une agence d'intérim à Nice (Eric Gaillard/Reuters)

Avec les nouvelles technologies, il devient de plus en plus facile de se mettre à son compte en travaillant en réseau et à distance. Avec la crise, beaucoup de chômeurs ont profité de la création du statut d'auto-entrepreneur par la loi de modernisation de l'économie (LME) pour lancer leur petite entreprise ou micro-entreprise. Ce qui a fait explosé les demandes de micro-prêts par des emprunteurs sans garantie financière.

Les institutions non-bancaires comme l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie) ont ainsi connu une croissance très importante :

  • 20 000 microcrédits en 2009 (prévisions)
  • 13 000 en 2008
  • 10 000 en 2007

Une situation qui, selon sa présidente et fondatrice Maria Nowak, invite à innover pour « développer les instruments financiers qui permettront de soutenir les nouveaux entrepreneurs », comme elle l'expliquait dans Le Journal développement durable, en avril 2009.

L'idée

Les collectivités locales pourraient prêter de l'argent aux chômeurs qui lancent leur entreprise.

Elles l'ont déjà fait pour le microcrédit social, en partenariat avec des associations et des banques, pour prêter des sommes allant de 300 euros à 3 000 euros à des particuliers exclus du système bancaire souhaitant acheter une paire de lunettes ou passer leur permis de conduire. Pourquoi ne pas aller plus loin ?

Comment la mettre en pratique ?

Direction Hambourg, en Allemagne. Là-bas, un dispositif du ministère régional de l'Economie et du Travail (la ville est aussi l'un des 16 Länder allemands) consiste à octroyer des microcrédits pouvant aller jusqu'à 12 500 euros à des porteurs de projets.

Annette Noll, du cabinet Evers&Jung, partenaire du ministère sur ce projet pour assurer le suivi des candidats, explique :

« Nous nous adressons aux personnes en recherche d'emploi. Beaucoup des demandeurs que nous recevons sont des femmes ou des immigrés. »

Résultat : de 2002 à 2009, le ministère a dédié 4 millions d'euros à ce programme. Au total, 1 292 demandes lui ont été adressées et 555 d'entre elles ont reçu une réponse favorable. La durée des prêts varie de cinq à sept ans, et 92% de ceux accordés les quatre premières années ont déjà été remboursés.

« Certaines collectivités ont tenté le coup, sans vraiment de succès »

Malgré ces résultats, l'initiative suscite de nombreuses interrogations. C'est ce qu'explique Arnaud Ventura, vice-président de Planète Finance :

« Nous n'encourageons pas du tout ces initiatives. Dans certains pays du Sud, à Rio et Mexico notamment, certaines collectivités ont tenté le coup, mais sans vraiment de succès : soit elles ne savaient pas faire, soit les élus changeaient, etc.

Il vaut mieux qu'elles soutiennent, techniquement ou financièrement, les acteurs du microcrédit plutôt que de faire à leur place. »

Même son de cloche du côté de Maria Nowak, qui replace l'initiative d'Hambourg dans le contexte spécifique d'outre-Rhin :

« La législation allemande interdit que des institutions non-bancaires distribuent des microcrédits. Certaines collectivités considèrent tout de même qu'il faut le faire et donc elles le font.

Mais c'est un pis-aller : elles n'ont aucune compétence en la matière et sont en plus soumises à des majorités changeantes, qui peuvent à tout moment suspendre le programme. »

Le risque d'une « dispersion » des acteurs du microcrédit

Un avis contesté par Rainer Erbe, responsable du dispositif pour le ministère :

« Les membres des autorités économiques et sociales de Hambourg qui travaillent sur ce projet disposent généralement d'une solide expérience dans le secteur bancaire. Cette mission vient s'ajouter à leur travail habituel. »

Certes, un tel dispositif est à la merci d'un changement politique, mais c'est le cas de de toute action de coopération décentralisée, que les futurs élus peuvent remettre en cause une fois arrivés au pouvoir.

Pour Philippe Guichandut, président du Réseau européen de microfinance, le problème tient plutôt à la « dispersion » des acteurs du microcrédit, dispersion qui entraînera, selon lui, une perte de professionnalisme. « Mais si les collectivités connaissent bien le microcrédit et s'entourent d'acteurs confirmés, pourquoi pas ? »

Une façon d'entrer à nouveau en contact avec les pouvoirs publics

Or, c'est ce que fait Hambourg avec la Johann Daniel Lawaetz Fondation qui, en amont, reçoit les porteurs de projets, valide leur projet et les aide à monter un dossier de candidature ; quant au suivi, c'est Evers&Jung qui s'en charge, notamment via un système de télécoaching.

Un dispositif qui, au final, crée une offre supplémentaire de microcrédit sur un territoire où il n'en existe quasiment pas. Annette Noll s'en félicite :

« Cela soulage les quelques petites structures de microcrédit, qui ne peuvent répondre à toutes les demandes. En plus, des personnes qui étaient exclues entrent par là en contact avec les pouvoirs publics, plutôt que d'en rester éloignées. »

Ce que je peux faire

Tout dépend du territoire dont on parle. Bien sûr, sur une grande ville où l'offre de microcrédit social ou professionnel est suffisante, nul besoin pour la collectivité de s'y mettre. Mais sur un territoire peu « couvert », pourquoi ne pas concerter les élus pour voir comment ils peuvent s'impliquer ?

Sans oublier, bien entendu, de solliciter les banques et les associations pour valider la pertinence d'une telle approche. L'idée n'est pas de tout faire tout seul dans son coin.

Pour des idées ou des contacts, on pourra d'ailleurs se rendre au colloque »Microcrédit professionnel et créations d'activités » organisé par la Caisse des dépôts le 19 octobre à la Cité des sciences et de l'industrie. L'occasion de découvrir de nouvelles initiatives dans le domaine. Et de s'en inspirer…

Photo : une agence d'intérim à Nice (Eric Gaillard/Reuters)

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