Et si on créait du logement étudiant avec kots à projets ?

Rue89. 4 novembre 2009 par Magdeleine Walger

Louvain-la-Neuve en 1984 (Jean-Pol Grandmont/Wikimedia Commons)

L'idée vient de Belgique, porte un drôle de nom mais pourrait aider beaucoup d'étudiants à trouver un logement, à condition qu'il participent à un projet d'intérêt général : le système du « kot à projet » ou KAP, né à Louvain-la-Neuve il y a trente ans, va être expérimenté dans le quartier Mistral, à Grenoble.

L'idée

Qu'est ce qu'un kot à projet ? Ou plutôt un « KAP's », diront les initiés. Le mouvement « kapiste » est régulièrement évoqué dans la presse depuis qu'il a vu le jour, dans les années 1970, à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL), en Belgique.

Le principe ? Mettre des logements communautaires à disposition des étudiants qui s'engagent dans des initiatives culturelles ou sociales destinées à animer la vie universitaire et à créer du lien sur le territoire. Aujourd'hui, l'UCL compte 118 kap's différents dans lesquels s'investissent plus de 1 500 « kotteurs » à Louvain et Bruxelles, qu'ils participent à des projets sportifs, environnementaux, humanitaires, à vocation récréative ou de services…

Pourquoi ce succès ? Sans doute parce que les avantages du système sont nombreux. Pour les étudiants, intégrer un kap à Louvain signifie d'abord accéder à des loyers plus bas que ceux proposés sur le marché, puisqu'il s'agit de logements étudiants appartenant à l'université.

Soit au final, une moyenne de 245 euros par mois tout compris, contre 350 euros dans le privé, pour une chambre meublée dans un appartement pouvant accueillir entre huit à dix personnes.

Mais le KAP, c'est aussi l'occasion de prendre part à un travail collectif. Jean-Michel Leunens, directeur de la commission d'attribution et d'évaluation des kots à projet, précise :

« A chaque kap correspond un projet et un groupe d'étudiants qui endossent des responsabilités. Une organisation se met en place avec, au minimum, l'élection d'un président, un secrétaire général, un trésorier. »

Ainsi, les membres d'un même kap apprennent à vivre et à travailler en équipe pendant minimum dix mois :

« Ça constitue un atout certain pour le CV car ils acquièrent des compétences en gestion, montage et suivi de projet. »

Quant à l'université, c'est pour elle un bon moyen d'encourager les dynamiques locales. Outre les actions dédiées à faciliter et animer la vie étudiante, beaucoup d'initiatives sont tournées vers la population de Louvain, notamment

  • donner des cours de soutien scolaire auprès d'élèves en difficulté
  • sensibiliser les habitants à l'écologie
  • participer au développement urbain de la commune

Comment la mettre en pratique ?

L'expérience des kap's à Louvain en a inspiré beaucoup d'autres en Belgique, mais peu ont réussi. Pourquoi ? Manque de capital foncier, modèle trop difficile à agencer et à financer dans des zones très urbanisées … Nicolas Delesque, directeur général de l'Afev, association française d'éducation populaire, commente :

« A Louvain, c'est l'université qui a construit la ville. Elle gère une grande partie du patrimoine ce qui facilite grandement la mise en place des kots à projet. »

Pourtant, depuis deux ans, un projet de « logements solidaires » calqué sur le modèle des kap's de Louvain est en train de voir le jour pour la première fois en France. En plein cœur du quartier Mistral à Grenoble, classé zone urbaine sensible (ZUS), il devrait aboutir à l'ouverture d'un complexe de 80 places à la rentrée 2011.

Un plan architectural a d'ores et déjà été adopté qui donne un aperçu des seize futurs appartements communautaires : construits selon les normes haute qualité environnementale, ils seront répartis dans deux bâtisses de quatre étages, pour une capacité d'accueil de cinq à six locataires chacun.

En principe, à chaque étage correspondra un projet social à mener, mais des espaces communs (salle de réunion, foyer, terrasse) permettront aussi les échanges entre les membres des différents kots.

Côté prix enfin : les loyers devraient être indexés sur ceux proposés par le Crous. Car si le critère social sera pris en compte pour l'attribution d'une partie des places, il est question que tous les étudiants puissent intégrer la résidence.La motivation et la capacité d'engagement resteront donc essentielles.

Stéphane Letexier, directeur de l'action territoriale pour la ville de Grenoble, explique :

« L'objectif est de développer la mixité sociale dans une zone extrêmement précaire, d'abord avec l'implantation d'une école d'infirmières au Mistral. Puis qu'avec l'Afev, déjà active dans le quartier, nous avons réfléchi aux moyens d'intégrer du logement étudiant sur le modèle des KAP. »

Des montages complexes à mettre en place

La plus grande difficulté résidant, selon Nicolas Delesque, dans le montage financier :

« Le bouclage du budget pour la construction du bâtiment s'est fait rapidement, grâce au soutien de la Caisse des dépôts. Mais définir un modèle de financement capable d'assurer le fonctionnement futur des kots se révèle plus compliqué. »

L'université en France ne dispose en effet ni des espaces, ni des moyens nécessaires à la gestion d'un système aussi spécifique, caractérisé par des loyers faibles, l'absence de régime de caution solidaire, une organisation très structurée pour l'attribution des appartements et l'encadrement des projets…

« Tout est encore à inventer pour convaincre les investisseurs », conclut Nicolas Delesque. In fine, le projet du Mistral aura nécessité un budget global de quatre millions d'euros et mobilisé près d'une dizaine d'acteurs :

« Le jour où la résidence ouvrira, l'objectif est qu'il y ait déjà plus d'une centaine d'étudiants volontaires impliqués dans des programmes de tutorat dans le quartier.

Nous travaillons aussi depuis un an avec l'école d'infirmières pour qu'elle propose à ses élèves d'y mener des stages d'éducation à la santé. C'est le seul moyen de ne pas être vus comme des intrus ».

Ce que l'on peut faire

En parallèle, l'Afev continue de promouvoir ces « logements solidaires » ailleurs qu'à Grenoble. Paris, Lyon, Poitiers, seront bientôt le théâtre de nouveaux chantiers …

Le pari est risqué mais il vaut la peine d'être relevé quand on sait qu'en France, 30% de la population étudiante opte pour la colocation. L'enjeu, c'est de convaincre les décideurs politiques de miser sur un système peu connu et qui ne fait pas toujours l'unanimité.

Ainsi pour l'Unef, principal syndicat étudiant, la priorité reste de créer ou réhabiliter du logement social indépendant. Hugo Bardet, président de section à Grenoble, précise :

« Les attentes des étudiants vont plutôt dans le sens d'accéder à l'autonomie. Nous ne sommes pas contre l'idée de la colocation, et encore moins de l'engagement citoyen, mais tout le monde ne peut pas s'impliquer de manière obligatoire dans des activités extra-scolaires. »

Photo : à Louvain-la-Neuve (Jean-Pol Grandmont/Wikimedia Commons)

► Rectifié le 5/11 à 00h00. Photo changée (cf. commentaires)

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