Et si Sarkozy devenait le candidat de la gauche en 2012?

Marianne2. 19 octobre 2009 par Philippe Cohen

Affaire Jean Sarkozy, Frédéric Mitterrand, RSA jeune, taxes à gogo, c'est un fait, le Président sera bientôt grillé à droite. A gauche en revanche.... Attention, accrocs du premier degré s'abstenir.



Rodho

Stop ! Fuyons un instant la tyrannie de l’actualité. Oublions les polémiques Mitterrand, Jean Sarkozy, Hirsch. Prenons de la hauteur. Et que voyons-nous, juchés sur notre ballon dirigeable mental ? Nicolas Sarkozy, élu sur la promesse d’une rupture avec le radicalisme bon teint de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, qui appelait chat un chat, immigré un immigré, voyou un voyou (Oui je sais ce n’est pas très poétique, mais le programme présidentiel de l’impétrant ne l’était pas non plus), Nicolas Sarkozy, donc, s’est éloigné de sa base.

La droite ne le hait pas encore, mais elle le perçoit déjà comme un étranger, presque un imposteur, voire un traître. Elle a élu un homme qui choyait dans sa mémoire les défilés du 14-Juillet où, perché sur les épaules de son paternel, il apercevait la nuque raide du général de Gaulle. Elle découvre avec stupéfaction un président complaisant avec les déviants sexuels amateurs de bordels exotiques, l’époux d’une « fumeuse de shit  » (1), qui préfère le XVIe arrondissement aux appartements  de l’Elysée et le Cap Nègre au fort de Brégançon.

Elle croyait avoir élu celui qui allait venger le libéralisme des outrages que la France, de droite ou de gauche, lui fait subir depuis trente ans. Et elle découvre le créateur ravi d’un quasi-RSA jeune, l’homme qui paiera les enfants pour aller à l’école… Elle était heureuse d’avoir imposé à l’Elysée un ennemi farouche de l’impôt. En regardant sa feuille d’imposition foncière bonifiée de 30%, elle médite aujourd’hui sur l’inventeur d’une bonne vingtaine de taxes. Le tout en deux ans !

Bref, en un mot comme en cent, Sarkozy est désormais grillé à droite. Qu’il ne bouge pas et l’actualité politique disposera bientôt sur la scène d’un challenger de son camp qui séduira les médias, puis les sondages avant d’empêcher la réélection du Président. Ce scénario appartient au patrimoine du déjà vu, comme on disait à New York quand la France y était encore à la mode. Ce fut celui de Giscard en 1981, celui de Balladur en 1995.

Une autre option, plus surprenante – mais Sarkozy adore la surprise – s’offre à notre Président. Changer de camp. Passer à Gauche, et vite, en profitant de l’absence totale de leader dans ses rangs. Oublions d’abord l’irréalisme apparent de cette idée. Oublions Badiou (De quoi Sarkozy est-il le nom ?), Plenel et leurs anathèmes. Concentrons-nous sur la tactique. Devenir le candidat de la gauche permettrait d’éliminer le danger Bayrou et Royal d’un seul coup d’un seul.

Maintenant, galvanisés par cette perspective de « niquer » les deux principaux ennemis de Sarko, réfléchissons. Comment Sarkozy pourrait-il devenir le candidat de la gauche en 2012 ? C’est simple, en montrant d’abord à ses électeurs que comme François Mitterrand en son temps, son itinéraire, de Marie-Dominique Culioli à Carla Bruni et de Neuilly à Gandrange, le mène de la droite obtuse à la gauche généreuse.

Deuxième volet de l’argumentaire, le bilan de gauche de Sarkozy n’est pas négligeable non plus. Ses discours sont écrits par un homme chassé, en 1998, du commissariat au Plan  par Lionel Jospin pour son gauchisme étatiste, j’ai nommé Henri Guaino. Sarko a rétabli l’idée de politique industrielle que la gauche avait bannie par son ralliement aux idées néolibérales. Il a dénoncé les patrons voyous que la gauche ignorait, expédié les banquiers au piquet. Il a rétabli le dialogue entre le gouvernement et la CGT, et le tutoiement avec ses dirigeants. Bien conseillé par Carla Bruni, il a endigué les velléités de contrôle par ADN des candidats à l’immigration. A son actif de gauche encore, la critique radicale de la justice américaine à propos de l'affaire Polanski, un combat homérique contre les paradis fiscaux et la fermeture de Sangatte.

Certes, Sarko devra se faire pardonner le bouclier fiscal et la complaisance envers Kadhafi. Pour le bouclier fiscal, il n'aura qu'à « benchmarquer  », comme dit Christine Lagarde : ledit bouclier a été mis en place par la gauche en Angleterre et le SPD l'a adopté en Allemagne. Pour Kadhafi, il suffira de promettre qu'il ne recommencera pas (de toute façon Kadhafi non plus, car son séjour parisien n'est pas un bon souvenir).
 
Enfin, en matière de culture, le bilan de Sarkozy anticipe merveilleusement son deuxième quinquennat à gauche. Il a re-nationalisé la télévision publique en augmentant ses subventions pour la rendre moins dépendante de la publicité. Les auteurs et les acteurs lui sont reconnaissants d’avoir défendu leurs revenus avec Hadopi. Pour les créateurs, l’arrivée de Frédéric Mitterrand sur son scooter met fin au cauchemar qu’ils vivaient depuis le départ de Jack Lang, qui, bien entendu pourrait lui aussi revenir au gouvernement dès que Sarkozy aura profité des primaires pour s’imposer comme le candidat pour 2012.

Au fait, que pourrait faire l'UMP si Sarkozy congédiait Patrick Buisson et choisissait cette option ? Cela pourrait faire l’objet d’un prochain article, mais je vous le donne en mille : se rabattre sur Eric Besson. Sarkozy-Besson, ce serait classe comme affiche en 2012, non ?

(1) Une relectrice attentive me dit que l'on ne peut pas écrire cela sauf à avoir la preuvre; Mais si j'ignore totalement si la dame de l'Elysée s'adonne ou non aux joies de la marijuana, je suis certains que la droite Neuilly-Passy-Auteuil la perçoit bien comme ça.

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