Excès de zèle policier... ou dérive sécuritaire politique ?

Six policiers pour arrêter deux gamins à la sortie de l'école. Ça choque. Pour combien de gardes à vue absurdes et autres violences gratuites passées sous silence ? "Excès de zèle" hurle le gouvernement... tout en préconisant la détection des comportements déviants dès la crèche, l'emprisonnement des mineurs de 12 ans, et l'instauration d'un "GIGN des écoles"... Excès de zèle policier, vraiment ?

Dérive sécuritaire en France

Excès de zèle...

Un professeur crie un "Sarkozy, je te vois" sur le ton de l'humour, en pleine gare Saint-Charles à Marseille, et il se retrouve accusé de "tapage injurieux". Le gouvernement, par la voix de son porte-parole a aussitôt gémi contre ce "malheureux excès de zèle". Six policiers se pressent à la sortie d'une école pour arrêter deux gangsters en herbe de 6 et 10 ans... Rebelote : l'UMP juge l'attitude des poulets "inacceptable" et la ministre de l'intérieur demande une enquête interne. Cela nous rappelle aussi l'arrestation de Vittorio de Filippi, ancien directeur de publication de Libération, dans des conditions peu amènes, dont la révélation avait déclenché des volées de critiques. Bouh !

... ou dérive sécuritaire ?

Un lycéen de Ris-Orangis, surpris par les pandores en train de cracher par terre devant les grilles de son établissement, a été récemment traîné devant le tribunal de police en vertu d'un décret vichyste de 1942 interdisant de "cracher ailleurs que dans les crachoirs"... Dans le Gers, des gendarmes ont débarqué dans une école maternelle pour enquêter sur les moeurs d'un marmot de... trois ans ! A la gare Montparnasse, des collégiens et leurs enseignantes, ont été frappés par des CRS... par erreur. Dans le Sud, une descente policière musclée (avec chiens et fouilles au corps) a été menée dans un collège, à la recherche (infructueuse) de cannabis. A Paris, des adolescents se retrouvent menacés de prison avec sursis pour avoir joué au football dans la rue, le soir, avec une canette vide en guise de ballon. Tous les jours, des enfants ou des adolescents sont gardés à vue, interrogés sans leurs parents, fouillés dans des conditions lugubres, menacés, voire tirés au flash ball (voir notre dossier). Mais ils ne passent pas à la télé. Ils n'existent donc pas.

Un problème, quel problème ?

Pourtant, dans la plupart des cas, la législation a été strictement respectée et les procédures suivies à la lettre. Alors finalement, où est le problème ? Puisque les rapports des associations de défense des droits de l'homme sont systématiquement jetés à la corbeille, sans tambours ni trompettes. Puisque ceux de la très officielle commission chargée de veiller au respect de la déontologie par les forces de l'ordre s'émeuvent du nombre élevé de mineurs victimes d'actes de violences policières "illégitimes", dans un silence médiatique ahurissant. Puisque Rachida Dati veut autoriser la détention des mineurs de 12 ans. Puisque Nicolas Sarkozy souhaite détecter les comportements déviants dès la crèche. Puisque Xavier Darcos propose la mise en place d'une sorte de "GIGN des écoles". Puisque des écoles sont vidéosurveillées, sans aucune concertation préalable. Puisqu'on ne cesse de répéter, au sommet de l'Etat, qu'il faut des chiffres, des chiffres, des chiffres... et des bons !

Discrètement, le Contrat Social est en train de changer. Par défaut, l'Etat ne fait plus confiance a ses citoyens, ni jeunes, ni vieux. Mais que fait la police ? Elle (s')exécute. Où est le zèle ?

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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