Faim : la barre du milliard

L'Humanité. 24 juin 2009

Le nombre de personnes souffrant de la faim sur la planète a franchi un cap historique. La spéculation provoque l’insolvabilité des consommateurs pauvres.

La barre du milliard de gens qui souffrent de la faim dans le monde vient d’être franchie, soit une progression de 15 % en deux ans. Ce chiffre nous éloigne de l’objectif du millénaire visant à ramener à 420 millions, le nombre des affamés en 2015.

La mise en concurrence frontale des agricultures de la planète dans le cadre de la mondialisation des échanges de produits alimentaires accroît la sous-alimentation. Ce qui s’est passé depuis l’automne 2007 est très révélateur à cet égard. La récolte céréalière avait été bonne dans l’hémisphère Nord. Mais le bas niveau des stocks (hormis en Chine) donnait des idées aux détenteurs de capitaux spéculatifs. En quelques mois, les prix du blé et du riz doublaient sur les marchés internationaux, la spéculation sur le marché à terme de Chicago donnant la tendance pour l’évolution des prix sur les marchés physiques de manière quasiment instantanée. Le soja n’était pas en reste, ce qui renchérissait le prix de la viande et celui des produits laitiers. Le prix du maïs avait déjà flambé pour cause de production massive d’agrocarburants aux États-Unis.

Les prix élevés - parallèles à ceux du pétrole et des matières premières minières - duraient jusqu’au milieu du printemps 2008. Puis, les détenteurs de capitaux spéculatifs durent déboucler en catastrophe des positions prises sur les matières premières, leurs portefeuilles étant plombés par les actifs toxiques issus de la titrisation des prêts consentis aux États-Unis à des accédants à la propriété devenus insolvables. Du coup, les prix des céréales au départ de la ferme sont redescendus à leur niveau de 2006 à la fin du printemps 2008. Mais les prix payés par les consommateurs dans les pays pauvres importateurs nets de céréales sont aujourd’hui supérieurs de 24 % à ce qu’ils étaient en 2006. Les conséquences de la récession économique sur l’emploi et les revenus du travail ont fait le reste.

Nous ne sommes pas - du moins pas encore - dans une situation où la planète n’aurait plus les moyens de nourrir la population mondiale. La faim progresse parce qu’une insolvabilité croissante touche de plus en plus de gens à travers le monde. Dans les pays capitalistes développés, les plus pauvres se tournent vers le hard discount et vers les organisations caritatives pour se nourrir au quotidien. Dans les pays pauvres, on diminue le nombre de repas par jour et la qualité nutritive de ces repas.

Voilà qui devrait interpeller les décideurs politiques, dont les plus influents se réunissent du 8 au 10 juillet en Italie à l’occasion d’un G8 élargi consacré à l’alimentation. Plutôt que de favoriser la spéculation par une nouvelle libéralisation des échanges à l’OMC, il leur faut désormais favoriser les marchés de proximité, aider les pays pauvres à investir dans l’agriculture, permettre aux paysans de gagner leur vie en instaurant des protections douanières quand cela est nécessaire, garder en silos des stocks céréaliers de sécurité, renouvelables d’une récolte à l’autre. C’est la seule manière de répondre aux coups durs et de casser la spéculation en cas de mauvaises récoltes. Faute de quoi, nous allons vers les deux milliards d’affamés dans le monde.

Gérard Le Puill

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