Fainéants ou bosseurs : quel est le bilan des eurodéputés ?

Rue89 a mesuré le travail réalisé cinq années durant par les élus français. La prime aux travailleurs est loin d'être systématique.

La majorité des candidats aux élections européennes en France n'a jamais siégé au Parlement européen. Ce renouvellement effectif ne doit toutefois pas cacher un biais important parmi les « survivants » : ce ne sont pas forcément les plus travailleurs qui seront en position d'être réélus le 7 juin prochain.

Qui les partis ont donc choisi de reconduire ? Quel est leur bilan lors de cette dernière législature ? Pour y répondre, Rue89 a élaboré un classement des eurodéputés français sortants ayant effectué la totalité de leur mandat. Au-delà de la présence en scéance des parlementaires (un indicateur faussé car largement basé sur la présence lors des votes, qui est plus importante qu'en temps normal), nous avons calculé leur travail réel.

A partir des statistiques disponibles sur le site du Parlement européen, nous avons additionné le nombre d'actes parlementaires réalisés par chacun des élus et pondéré le total en fonction de la difficulté de ces actes. Ainsi, les députés européens ont reçu un point par question posée ou par déclaration écrite, deux points par avis ou intervention en séance plénière, trois points par proposition de résolution ou par rapport.

Au final, ce n'est pas la la prime au travail. Sur les 33 plus productifs selon notre classement, 17 eurodéputés ne seront pas reconduits, dont 11 contre le gré. Alors que sur les 33 derniers, 14 ne seront pas reconduits, dont 7 contre leur gré.

PS : on récompense les fainéants

PSDans les premiers partis à dégainer leur liste, le Parti socialiste n'en a pas pour autant été exempt de polémiques. Henri Weber, parachuté dans la circonscription du Centre, a d'abord été retoqué par les militants avant d'être imposé aux forceps par la direction.

Mais la constitution des listes démontre également l'absence de prise en compte de l'investissement européen des députés sortants. Ainsi, comme l'écrivait déjà Rue89 en mars, sur 24 députés européens socialistes classés, les 55e, 61e, 63e et 64e sont rééligibles, alors que les 12e, 18e, 32e et 33e se voient recalés contre leur gré.

Dans les six derniers du classement, on retrouve même deux têtes de liste socialistes aux élections européennes de juin prochain : Henri Weber (61e sur 66) dans le Centre et Vincent Peillon (63e sur 66) dans le Sud-Est….

UMP : on garde les UMP, on jette les apparentés

UMPAprès l'annonce des têtes de liste le 25 janvier, l'accouchement du reste des troupes a été long, très long. Il a fallu attendre le 7 mai pour que les alliances avec les autres partenaires de la majorité soient actées, sous le haut patronage de l'Elysée.

Des négociations qui n'ont pas particulièrement profité aux députés européens apparentés UMP. Sur quatre dans notre classement, seul un est de nouveau rééligible : Jean-Marie Cavada, numéro trois en Ile-de-France sous l'étiquette Nouveau Centre. Ses deux collègues d'Avenir démocrate n'ont cependant pas eu cette chance (ni passage au Nouveau Centre ni place rééligible). Quant au radical de droite Thierry Cornillet, lui non plus ne sera pas reconduit, contre son gré également.

Quant aux quinze eurodéputés UMP classés, dix souhaitaient continuer. Il ont quasiment tous obtenu gain de cause, mis à part Margie Sudre dans l'Outre-mer, qui a jeté l'éponge après s'être vu refuser la tête de liste, et Jacques Toubon en Ile-de-France, qui déplore tout simplement d'avoir été « oublié ». Au final, huit devraient donc continuer, mais il est difficile, là aussi, de parler de prime au travail : trois UMP seulement figurent dans les vingt premiers de notre classement.

MoDem : on garde les rares élus

MoDemSi le MoDem, et surtout François Bayrou, semblent très affairés à mener campagne contre Nicolas Sarkozy, c'est toutefois pour mieux capitaliser sur le vote sanction lors de ces élections européennes. Car ils n'en négligent pas pour autant l'enjeu qui est le leur.

Au Parlement européen, le Mouvement démocrate compte sept élus classés, soit plus du double qu'à l'Assemblée nationale en France. Hors de question de risquer de perdre les rares élus de premier rang du parti. Excepté l'ex-général Philippe Morillon, qui tourne la page à 73 ans, tous sont donc rééligibles.

Peu importe cependant l'ampleur du travail réalisé lors de cette législature finissante. Un travail très disparate. Les eurodéputés MoDem se classent aux 16e, 24e, 33e, 35e, 44e et 48e rangs. Il y en a bien un en 14e position, mais il s'agit justement de Philippe Morillon. Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers…

FN : on ne prête qu'aux Le Pen

FNUne chose est sûre : le Front national ne parviendra pas à conserver ses six élus classés au Parlement européen. La faute à une nouvelle scission intervenue dans le camp frontiste : Carl Lang et Jean-Claude Martinez, qui se classent respectivement 15e et 16e, font désormais bande à part au sein du Parti de la France.

Mais ces travailleurs n'ont que peu de chances de retrouver leur fauteuil. Leur Parti de la France n'est en effet crédité que 0,5% des intentions de vote dans un sondage Ipsos paru dans Le Point daté du 19 mars.

Restent donc quatre eurodéputés frontistes classés, qui se représentent tous. Si Bruno Gollnish (tête de liste dans l'Est) obtient la quatrième place, ses trois collègues sont nettement moins bien classés que les deux récents exclus. Lydia Schenardi (numéro 2 dans le Sud-Est) est 35e, Marine Le Pen (tête de liste dans le Nord-Ouest) est 51e et Jean-Marie Le Pen (tête de liste dans le Sud-Est) est 58e sur 66.

Europe Ecologie : pas avec tous les bosseurs

Europe EcologieSur les trois eurodéputés français Verts classés, Europe Ecologie (la liste menée par Daniel Cohn-Bendit dont les Verts sont partie prenante) n'en n'a repris qu'un : Hélène Flautre, tête de liste dans le Nord et seconde de notre classement.

Très actifs au Parlement européen, les Verts trustent également la première place en la personne de Gérard Onesta. Mais après trois mandats d'eurodéputé et la vice-présidence du Parlement européen depuis 1999, il a décidé de laisser la place.

Ce n'est pas le cas de sa collègue Marie-Anne Isler-Béguin. Pourtant sixième élu le plus actif, celle qui a été également vice-présidente du Parlement a été contrainte de ne pas se représenter. La constitution des listes s'est déroulée sans même qu'elle ne soit consultée. Dans sa circonscription de l'Est, Sandrine Bélier, ancienne directrice fédérale de France Nature Environnement, lui a été préférée.

Libertas : on se mélange pour être plus riches

LibertasLa campagne européenne, divisée en huit circonscriptions, est l'une des plus difficiles pour les petits partis. Financièrement parlant. Le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers n'y échappe pas. Pour y remédier, il a fondu son parti avec celui de Chasse, pêche, nature et traditions à l'intérieur de Libertas, formation menée par le milliardaire irlandais Declan Ganley.

Le très peu bosseur Philippe de Villiers (58e sur 66 dans notre classement) et son collègue Patrick Louis, un peu plus productif (31e), espèrent y trouver le moyen de continuer à siéger au Parlement européen. Mais il leur faudra encore éviter les flèches décochées par le troisième élu MPF classé, qui lui n'est pas de la partie.

Paul-Marie Couteaux ne se gêne pas en effet pour dézinguer le MPF à vue sur son blog et reprend à son compte tous les posts venimeux circulant sur le Web. Dans le dernier, sont pointées l'alliance avec CPNT qui « apparaît comme contre-nature » et « surtout les positions même de Libertas qui sont de nature à faire douter les plus fervents villieristes ».

Front de gauche : on renouvelle tout

Front de gaucheImpossible de jauger les élus du Front de gauche (PCF, Parti de gauche, Utopia…) à l'aune de leur bilan : aucun n'a effectué de mandat complet au Parlement européen lors de la dernière législature. Un seul communiste figure dans notre classement, Francis Wurtz. Député européen depuis 1979 et président du groupe parlementaire Gauche unitaire européenne et gauche verte nordique depuis 1999, il a cependant choisi de ne pas se représenter.

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