Festival d'Assier : Edmond Kober s'exprime

Le Lot en Action. 14 septembre 2009

Les festival d'Assier a du "faire une pause" cette année, à la suite d'un coup bas du Conseil Général. Nous nous sommes déjà exprimés sur ce sujet.

Edmond Kober était l'invité de l'assemblée générale de l'association de défense de la gare d'Assier et a pu revenir sur les faits.

Vous trouverez ci-dessous le texte de son intervention.

 

Répondant à l’invitation des membres de « L’Association de défense de la gare d’Assier et promotion du rail » qui invitait l’ARCA (Association pour la Renaissance du Château d’Assier- association qui organise entre autres le festival « Assier dans tous ses états depuis 24 ans) à son AG du 27 juin 2009 à venir expliquer la décision de faire une « pause » du festival cet été, en tant que président de l’ARCA, et avec l’accord des membres du CA, j’ai bien entendu répondu favorablement à cette invitation pour aborder plusieurs points que je détaille ci-dessous.

La décision de faire une « pause » pour la partie festival (location de matériel de scène, de sonorisation, d’éclairage et rupture des accords et / ou des contrats déjà établis avec des artistes et maintien autant que possible des stages et performances sur la semaine) s’est faite rapidement, suite à un courrier daté du 21 avril, courrier nous disant que la subvention du Conseil Général était diminuée de moitié alors que le vendredi 6 février, nous avions reçu l’assurance, de la part de l’élu en charge de la culture, lors d’un entretien dans son bureau, que cette subvention serait maintenue.

Que s’est-il passé entre le 6 février et le 21 avril, qui a conduit l’élu à « revoir » son engagement ? Je n’ai pas la réponse, car en dépit de nombreuses demandes d’entretien, je n’ai jamais pu avoir un rendez-vous, et j’ai même obtenue une banale et ordinaire « fin de non-recevoir », l’élu en question me faisant savoir (pas personnellement, mais par un appel d’une employé du CG) « qu’il ne souhaitait pas répondre favorablement à ma demande de rendez-vous, car la situation ne présente pas d’éléments nouveaux ». Ce refus de donner suite à mes nombreuses demandes de rendez-vous a été à l’origine de l’article paru dans la Dépêche du Midi, et à une « réponse » qui n’en a pas été une. A un échange direct, nous avons donc du nous plier aux échanges dans la presse, ce qui est quand même une approche assez réductrice des relations entre élus et acteurs associatifs.

C’est regrettable, car pour beaucoup de citoyens engagés dans la vie associative, ne pas pouvoir être reçu par un élu en responsabilité du domaine dans lequel l’association exerce son action, équivaut à une volonté de ne pas exercer sa mission d’élu.

Bien entendu, nous réfutons les « arguments » contenus dans le courrier officiel qui nous informait de la brutale diminution de la subvention, réfutation qui ne se sera pas débattue, vu l’absence de volonté de nous recevoir.

Nous avions mis à profit ce court délai, depuis début février, pour étoffer ce qui devait être l’édition n° 24 d’un festival qui, bien que les équipes de bénévoles ont changée depuis les débuts, a toujours voulu proposer des programmations basées en partie sur des artistes en marge des circuits dominants.

La décision de faire une « pause » est devenue une évidence, dès lors où nous ne voulions pas faire un festival « au rabais », en « solde ». Il y a des niveaux d’exigences artistiques et techniques qui font que certains coûts sont inévitables et qu’il est impossible de diminuer. A moins de vouloir s’enfoncer dans la spirale des dettes, ce qui n’est pas notre cas. Pour mémoire, je voudrais rappeler l’énorme déficit du festival, il y a plus de dix ans, alors même qu’il était doté de subventions très importantes, beaucoup plus que maintenant. Aujourd’hui, alors que nous avons perdus en 5 ans près de 75 % de subventions (l’état s’est complètement désengagé), nous avons une situation en trésorerie saine.

Sans vouloir trop entrer dans le détail, je voudrais toutefois aborder les deux reproches qui nous ont été faits dans le courrier en date du 21 avril, comme pour « justifier » une sorte de « punition » que nous aurions mérités.

D’abord celui de la perte de « rayonnement » du festival. Celui qui nous fait ce reproche par courrier, quand nous lui avons parlé de ce que nous faisions et de nos projets, n’avait pas la moindre idée de ce dont il était question. Comment peut-il alors émettre un « avis » de perte de rayonnement, alors que nous nous sommes clairement positionné sur le refus de programmer des « têtes d’affiches » proposées par des « tourneurs » qui ne font que « vendre » des spectacles.

Si la politique culturelle du département, en période estivale, est de soutenir les projets de festivals où des têtes d’affiches sont programmées pour tenter de faire venir un public de consommateurs de ce genre d’évènements (et plus la tête d’affiche sera « vue à la télé », plus il y aura de spectateurs), que les gens en charge de cette politique culturelle (que j’appelle « libérale », car elle ne fait que véhiculer un propos de consommation) le disent clairement et ainsi ceux qui, comme nous, tentons de faire exister d’autres espaces où une expression artistique singulière peu s’exprimer, en tirerons les conséquences et nous cesserons immédiatement nos activités. Mais qu’on nous le dise, au lieu de nous faire croire qu’il y a des espaces pour une approche différente de la rencontre entre un public fragile et des artistes qui ne participent pas à la grande messe de la « culture paillette », et après, qu’on nous en fasse le « reproche », comme si la quantité (de spectateurs) était le facteur d’une action culturelle réussie.

Ensuite, il nous a été aussi reproché (paternalisme pas mort) « d’avoir un projet à l’année pas encore abouti ». Je ne vais pas approfondir ce point, car j’aimerais bien que l’on me montre une association équivalente, dans une zone rurale, qui, seulement au bout de 2 années, aurait un projet « abouti ». Et in fine, que l’on me donne aussi la définition d’un projet « abouti ».

Mais bien plus qu’une esthétique singulière, nous défendons d’abord avant tout, par nos engagements associatifs et donc politiques, une volonté de vivre dans (et faire vivre) un territoire rural. La culture (que nous ne mettons pas sur le même plan que le divertissement qui n’est que distraction) n’est qu’une des clés.

Par nos engagements nombreux, nous sommes aussi aux côtés de toutes les personnes qui ne veulent pas que nos campagnes deviennent des déserts, comme c’est hélas le cas dans d’autres lieux, où rien ne rend les campagnes attractives. Où les liens se délitent, où les gens deviennent de plus en plus isolés.

La défense du service public du rail (et de tous les services publics), l’engagement pour une culture non assujettie aux dogmes du libéralisme qui s ‘accommodent très bien de la « distraction », le combat contre la dérive sécuritaire et le fichage tout azimut, … ces trois exemples de lutte montrent bien qu’il n’est plus temps de séparer pour affaiblir mais bien de rassembler sur des objectifs clairs d’un mieux-vivre ensemble qui passe par des reconquêtes, sur nos territoires ruraux que des technocrates et des élus n’arrivent pas à considérer comme viables. L’hypothèse de la désertification n’est pas une chimère, mais bien une évidence de plus en plus forte.

S’emparer sérieusement de la question culturelle procurerait à la gauche une force que la droite ne pourrait pas lui enlever ni, à plus forte raison, lui disputer. Vous imaginez les ultralibéraux tenir un discours culturel crédible ? Culture vs libéralisme, où comment aider et soutenir la culture pour mieux démonter l’escroquerie libérale.

Le fait que «l’Association de défense de la gare d’Assier et promotion du rail » nous invite à son AG montre bien qu’il faut plus que jamais dépasser les barrières artificielles, et que nous menons un même combat, celui d’un mieux-vivre ensemble dans nos zones rurales qui sont négligées (et le mot est faible) par des « élites » urbaines et technocratiques qui n’ont pas le moindre projet de développement dans leurs cartons, si ce n’est ceux qui sont à la base du délitement des liens et des structures.

Nous ne savons pas encore ce que sera l’esquisse de festival cet été, fin juillet, alors que nous avons été contraints de mettre la clé sous la porte, mais ce n’est pas cette maladresse (je veux encore penser que s’en est une) qui va ébranler nos volontés mutuelles de ne pas abandonner.

Encore merci de nous avoir invité à votre AG et aussi pour le soutien que vous nous témoignez ainsi. Rendez-vous est pris pour la suite.

 

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