Food, Inc : bientôt dans vos assiettes ?

Agoravox. 2 décembre 2009 par Olivier Bailly


De quelle manière la « bouffe » que nous ingurgitons, n’ayons pas peur de mots, est-elle fabriquée par seulement quatre poids lourds de l’industrie agro-alimentaire et comment les lobbies jouent avec notre santé, celle des animaux et ruinent l’environnement. Consommer autrement, ou plutôt vivre autrement, est-il possible ? Tel est le sujet de Food, Inc, passionnant documentaire de Robert Kenner qui sort dans les salles de cinéma, aujourd’hui mercredi 2 décembre.

Pédagogique, informé et gonflé, ce film d’utilité publique a été présenté en compétition au Festival de Toronto et au Festival du film d’environnement de Paris.
 
Dans le domaine du documentaire les sorties se suivent et ne se ressemblent pas. Après le pompeux Syndrôme du Titanic, de Nicolas Hulot, et le pamphlétaire Capitalism : a love story, de Michael Moore, voici Food, inc, de Robert Kenner, une enquête fouillée sur le monde de l’industrie agro-alimentaire, entre Iowa et Kentucky.
 
Kenner, producteur et réalisateur, a notamment réalisé Two days in octobre (2006), documentaire sur une embuscade meurtrière au Viet Nam en 1967 et sur les manifestations étudiantes qui avaient suivies aux Etats-Unis. Il a également produit et réalisé Influenza 1918 sur la terrible épidémie de grippe qui s’est abattue en Amérique au lendemain de la première guerre mondiale.

Avec Food, Inc (produit par l’équipe américaine du film Une vérité qui dérange), le réalisateur alterne enquête sur le terrain et interventions de spécialistes de l’agro-alimentaire. Il a travaillé étroitement avec le journaliste d’investigation Eric Schlosser dont l’article, puis le film, Fast food nation ont provoqué d’intenses débats outre-Atlantique, et avec le journaliste scientifique Michael Pollan, auteur du Dilemme de l’omnivore.
 
Food, inc est un peu la suite logique de Fast food nation dans la mesure où l’industrie de la restauration rapide a modifié les conditions de production de l’alimentation. Dès le départ du film, le ton est donné : puisque cette restauration est rapide, il faut intensivement fabriquer des produits destinés non pas à nous nourrir, mais à nourrir les actionnaires. Tout commence dans les années 30, époque bénie du fordisme et de la division du travail, lorsque deux frères, Mike Dick et Maurice McDonald montent leur premier stand de hot-dog. Très vite McDonald grossit. Ses besoins également. Il faut produire en abondance du maïs, des patates, de la viande, des tomates...
 
L’industrie se plie avec bonne grâce à ces exigences. Aujourd’hui les spécialistes du marketing rivalisent d’imagination pour nous vendre des produits dans des emballages aux couleurs d’antan. Mais à l’intérieur, cela a changé. Ce n’est pas une tomate que vous achetez, mais l’idée d’une tomate...Comme dit Carole Morison, courageuse productrice qui accepte de témoigner au risque de perdre son outil de travail, "on ne produit pas du poulet, mais de la nourriture". Mais que faire ? Dans le sud, après le déclin du tabac, on s’est mis à élevé de la volaille...

Pourquoi les Français, à l’image des Américains, deviennent-ils obèses ? Pourquoi le diabète augmente-t-il de façon vertigineuse ? Parce qu’aux Etats-Unis le prix d’une bouteille d’eau vendue en supermarché coûte plus cher à l’achat qu’une bouteille de coca-cola... Parce que manger des fruits et légumes s’avère ruineux pour une famille dont les parents travaillent de façon précaire.
 
Ce n’est pas seulement l’agro-alimentaire que vise Kenner dans son film, mais un système entier qui nous broie, nous mâche, nous ingurgite, nous crache.
 
Une chance : cette agriculture est gourmande en pétrole. Il ne sera bientôt plus possible de continuer à produire de cette façon. En attendant, « nous devons demander à nos décideurs de tout faire pour réduire la dépendance aux énergies fossiles de notre agriculture. L’alimentation représente aujourd’hui plus du tiers des émissions de gaz à effet de serre, en raison de tout ce que l’industrialisation de l’agriculture a amené (les engrais, les tracteurs, la transformation, l’emballage et la conservation) qui consomme du pétrole et émet du CO2" souligne aujourd’hui dans Métro Elisabeth Laville, fondatrice du cabinet spécialisé sur le développement durable Utopies.
 
A cette production intensive qui fait mal à notre bien être, qui détruit le vivre ensemble (après tout quoi de meilleur que de partager un bon repas) mais aussi qui dépense une énergie folle le film de Robert Kenner évoque les alternatives. Elles ne sont pas isolées. Gary Hirsberg, par exemple, un fermier qui fait paître ses vaches dans des champs. Incroyable lorsqu’on voit dans Food, inc les images hallucinantes de millions de bovins parqués sur des milliers d’hectares, piétinant à longueur de temps dans le purin. Ces mêmes bêtes que l’on perce de hublots que l’on envoie à l’abattoir sans trop de précaution, ni pour elles ni pour les ouvriers chargés de les abattre.
 
A l’aide d’une caméra cachée, Kenner pénètre chez Smithfield, le plus grand abattoir du monde. Dans les années 50 les ouvriers de usine à mort avaient le même statut que les ouvriers du secteur automobile. On les considérait alors, pendant cette période faste, comme l’aristocratie du prolétariat.
 
Aujourd’hui ils sont misérables. Ce sont souvent des immigrés clandestins. Smithfield les traite comme les porcs qu’ils abattent. Ils en dénoncent régulièrement quelques-uns à la police pour éviter que cette dernière ne viennent mettre son nez dans l’usine.

Voilà démontées preuve à l’appui l’effrayant mécanisme qui permet à une industrie de fleurir en méprisant le vivant. Un mécanisme qui pousse le cynisme jusqu’à ne pas considérer les fermes industrielles de production de masse comme de véritables usines et qui, selon la loi américaine, ne sont pas soumises aux mêmes standards concernant les émissions de gaz à effets de serre. Autre scandale : le fait que 70% des produits alimentaires soient génétiquement modifiés et que la loi n’oblige pas à les producteurs à le mentionner sur les étiquettes.

Curieusement, alors que des petits fermiers ou producteurs de volaille témoignent courageusement, les représentants de l’industrie, eux, n’ont pas donné suite aux demandes d’interviews de Robert Kenner. Combien d’hommes et de femmes politiques influents, au Sénat et à la Maison blanche, émargent aux conseils d’administration ? Robert Kenner explique que pour faire ce film, qui lui a pris deux ans et demi, l’accès à de nombreux protagonistes lui a été refusé. De fait, aucune représentant de l’agro-alimentaire n’a souhaité se montrer face à la caméra.
 
Le témoignage le plus touchant vient sans nul doute de Barbara Kowalcyk dont le fils de deux ans est mort subitement d’une infection E.coli après avoir mangé un hamburger. Tout simplement parce que cette viande provient d’un animal nourri au maïs qui développe l’e.coli. Le maïs n’est pas et ne devrait pas être la nourriture de base des bovins... Mais, précise le film, 30% des terres américaines sont couvertes de maïs et 90% des produits vendus en supermarché contiennent du maïs ou du soja...fabriqués principalement par Monsanto dont on connaît les liens étroits avec l’administration Bush (et probablement Obama).
 
75 détectives payés par la firme sillonnent le pays et sont chargés de dénoncer les fermiers qui « nettoient » leurs graines pour les réutiliser. Food, Inc donne la parole à l’un de ces agriculteurs ruinés...

Barbara Kowalcyk, la mère du petit garçon mort à cause de la bouffe empoisonnée remue ciel et terre pour comprendre et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. La croissance annuelle du bio est de 20%. Wal-mart, par pure stratégie, certes, vend du bio. Tout simplement parce que ses clients le demandent. Gary Hirshberg et Joe Salatin, deux fermiers alternatifs, nous expliquent comment ils ont refusé d’écouter les sirènes du grand capitalisme.
 
David contre Goliath ? Vu de France ça y ressemble. Mais aux Etats-Unis la force de mobilisation citoyenne est à la mesure des puissances financières. Après tout, des industries puissantes comme le tabac ont reculé devant les consommateurs. Il faut mettre à bas le mythe de la nourriture à bas prix. Il faut « perdre » son temps à cuisiner des choses saines. Les choses ont un coût, mais coûtent-elles davantage que nos vies ?

Les révolutionnaires avaient des fourches. Il nous faut nous battre avec nos fourchettes ! 


 

 



 

Commentaires (1)

1. Florence 03/12/2009

Projet d'étiquetage pour les OGM :
"Pour les produits animaux (lait, viande, fromage, oeufs), le HCB (le Haut Conseil des Biotechnologies) recommande une mention "nourri sans aliments OGM" qui sera réservée aux animaux nourris avec des aliments contenant moins de 0,1 % d'ADN transgénique.
Les produits issus d'animaux nourris aux OGM resteraient non étiquetés, conformément à la réglementation européenne."

Donc pour TOUS les produits animaux sans exception, où rien ne sera précisé sur l'étiquette, cela voudra dire : nourris aux OGM. Rappelez-vous en !
La France importe massivement des protéines végétales pour nourrir les animaux d'élevage, et ces protéines, sont pour la plus grande part du soja et autres céréales OGM, arrosées de pesticides pendant leur croissance...
Si on en croit David Servan Schreiber et son livre "Anti Cancer", les animaux nourris aux grains et à la farine, et pas à l'herbe, produisent beaucoup plus d'omega 6 que d'omega 3, alors que pour une bonne santé ils doivent être à égalité, ils le sont avec l'herbe. Une surdose d'omega 6 entraîne pour les humains le développement des cellules adipeuses, et aussi favorisent le cancer, entre autres...

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