François Fillon peine à trouver un nouvel emploi dans un contexte de crise

Brave Patrie. 8 septembre 2009 par Didier Kala

On annonçait la rentrée difficile sur le front de l’emploi : elle est catastrophique. Jeunes diplômés, cadres encore dynamiques et complaisants, seniors au CV de Premier ministre... tous les profils sont affectés par un contexte économique exécrable et l’hébétude des employeurs. Même en revoyant ses prétentions à la baisse, le candidat n’est pas certain de décrocher un poste pour lequel on trouvera toujours quelqu’un de moins qualifié.
Etude de cas avec François F., qui a postulé à la Mairie de Paris, à la présidence de la Commission Européenne et à un emploi d’équipier Quick à Pierre Bénite (Rhône). Sans succès.

 

Le taux de chômage actuel est un drame. Un drame pour le chômeur, qui ne peut pas réaliser son potentiel dans une société productive, et finit donc, à juste titre, par être considéré comme une sous-merde par sa femme, ses enfants et ses amis.
Un drame pour les Français qui doivent payer les factures du chômeur par ricochet. Et pourquoi paieraient-ils, eux ? Par quelle injustice ? (Que l’on se rassure toutefois : quand le dernier des Résistants ira manger des racines de pissenlit avec le dernier des Poilus, il n’y aura plus besoin de garder vivante la petite flamme d’idéaux sexagénaires et l’on pourra construire des immeubles de bureaux sur les décombres des agences du Pôle Emploi.)
Mais le chômage est surtout un drame pour le chef d’entreprise, à qui l’on n’a pas dit clairement jusqu’à quand allait durer cette sacrée récession (la pire depuis l’An Mil), quand les banquiers allaient arrêter de se jeter par milliers des fenêtres des tours de la Défense, quand les vents secs du sud cesseraient de fouetter le dust bowl que sont devenues nos régions céréalières, ou quand on pourrait enfin conduire sereinement sa C7, sans avoir à activer le radar de recul pour éviter les enfants nus qui jouent en rampant autour de la queue de la soupe populaire.
Cette crise craint.
Il est donc du devoir de l’employeur potentiel de jouer la sécurité, et d’investir dans les dividendes à son actionnaire de référence - qui lui est un pic de stabilité - plutôt que dans l’embauche hasardeuse d’un individu dont on ne sait pas si les compétences correspondent au changement de paradigme que détecteront la semaine prochaine les Echos, l’Usine Nouvelle ou le Okapi spécial orientation du mois de juin.
Prudence, donc. Ou, comme l’a dit le philosophe belge Franquin, « surtout, ne pas péter ».

Dans ces circonstances, le candidat se doit d’être irréprochable : compétent mais pas trop spécialisé, confiant mais pas trop ambitieux, ouvert mais pas trop imaginatif. Et encore, ça ne marche pas à tout les coups.
Car compétent en rien de particulier, François Fillon l’est assurément. Son ambition, il la met au service des autres, en qui il a une confiance aveugle. L’ouverture il connaît, et les idées il n’aime pas.
François Fillon est donc le candidat idéal.
Et pourtant il ne trouve pas de nouvel emploi.

Actuellement à un poste où la charge de travail est proportionnelle à la reconnaissance que lui portent ses pairs, François Fillon a malheureusement fini par ne pas bouger d’une manière qui a déplu au conseil d’administration de la France, et ce dernier l’a, une fois de plus, discrètement taclé lors de la journée d’intégration des bleu-bites du JUMP à Seignosse le week-end dernier.
Sentant sa situation précaire, François a décidé de trouver un nouvel emploi dans un organisme dont la force d’inertie est suffisante pour faire des choses sans avoir à les mettre en marche, mais au prestige compatible avec son expérience passée.

C’est ainsi qu’il a d’abord postulé à la Mairie de Paris en mettant son CV sur Facebook.
François Fillon est conseiller municipal de Solesmes, à la campagne. Il est donc parfaitement qualifié pour devenir maire de Paris.
Malheureusement, crise oblige, cet emploi est un emploi positif, c’est à dire réservé à une minorité sous-représentée dans le monde de l’entreprise. Si l’objectif des emplois positifs est louable - maintenir le calme dans les cités en faisant artificiellement baisser le taux de chômage qui y règne - ses effets de bord sont regrettables : on écarte des gens de bonne famille du monde de l’emploi de prestige sur la base de critères physiques, ethniques ou sexuels.
Les derniers titulaires de la fonction étaient respectivement Corse et pédé, et ce sera probablement une femme arabe la prochaine fois. François Fillon aura ses chances en 2026 s’il perd ses jambes dans un accident d’automobile aux 24 Heures du Mans, mais il aura alors 72 ans et ne sera plus qu’à huit ans de la retraite, ce qui ne lui permettra pas d’effectuer deux mandats.
Pas jouable.

Il a alors jeté son dévolu sur la présidence de la Commission Européenne, un travail qui permet de voyager et de rencontrer des people comme le Dalaï Lama, avec en prime des bureaux dans la ville du Manneken Pis, qui porte souvent des costumes différents pour égayer la pause déjeuner des fonctionnaires européens. Un job en or, quoi.
Malheureusement, l’Union Européenne est actuellement en phase de réduction de coûts et n’a pas de plan stratégique clairement défini. Pour ces deux raisons, elle a donc choisi de garder en poste un Portugais, qui n’en fait pas des tonnes côté projets de société mais ne coûte pas très cher non plus et est de bonne composition.
(Jusqu’à ce qu’il se rende compte que M. Fillon a essayé de lui piquer son travail, et on pourra alors attendre des bastons monstres au sein du groupe PPE du Parlement, mais nous n’en sommes pas encore là.)
Nouveau refus, donc, mais cette fois c’est la faute aux immigrés.

La mort dans l’âme, François Fillon a donc fait comme tant de Français pas mauvais dans leur boulot mais pas trop bons non plus, qui ne crachent pas sur leur emploi mais qui n’en rêvent pas la nuit non plus : il a surfé sur Monster au bureau.
Après moults essais, il a jeté son dévolu sur un emploi qui en jetait et qui correspondait parfaitement à ses rêves de jeunesse : goût des contacts, sens du service clients, travail en équipe, évolution possible si l’on a envie de réussir et d’entreprendre... François Fillon a postulé pour devenir équipier Quick.
Las : victime d’une autre tendance créatrice de chômage, le jeunisme, sa candidature a été rejetée.
Bien entendu, les managers de Quick ont invoqué d’autres raisons afin de ne pas êtres taxés de discrimination à l’embauche, comme son absence d’envie de réussir et d’entreprendre, mais personne n’est dupe.

François Fillon n’est certes pas au chômage. Pas encore.
Ces mésaventures lui ont toutefois donné des sueurs froides et devraient constituer une leçon pour tous les Français : vous vous emmerdez peut-être au travail, et vous avez peut-être à supporter des chefs surexcités et versatiles. Vos prérogatives vous semblent peut-être inférieures à ce qu’elles devraient être, et vous en avez peut-être assez de passer tellement de temps dans les transports.
Mais soyez réaliste : vous êtes trop normal, trop cher ou trop vieux pour trouver ailleurs.
Réfléchissez donc bien avant de claquer votre dém’, et quand vous aurez pris votre décision oubliez-la et écrivez à la place une lettre de louanges à votre patron. Remerciez-le pour sa prudence, pour son approche zen de l’audace et pour les bons rapports qu’il entretient avec la déité qui détient 51% du capital de la boîte en la nourrissant avec ses 12 ou 13% de rentabilité [1], même si celle-ci veut dire qu’il n’y aura pas d’investissements cette année.
Comme François Fillon, souvenez-vous qu’il fait froid dehors et que quand on à le cul au chaud, ben à tout prendre le statu quo n’est pas si désagréable.
Courage François, courage lecteur, courage lectrice, la Reprise viendra et là tu leur montreras.
En attendant, retourne à ton fichier Excel, et plus vite que ça.

Notes

[1] Ce qui n’est pas réellement le cas dans l’entreprise de M. Fillon, où l’on privilégie plutôt la rentabilité négative, mais en valeur absolue c’est à peu près équivalent.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau