G20 Revu de presse

Après ce dernier sommet du G20, dont beaucoup attendaient de "grandes décisions", les espoirs sont décus...

Retour sur ce G20 avec trois articles qui résument assez bien ce qui s'est passé.

 

G20, J'ai fait un rêve

Mercredi, 01 Avril 2009 15:50 Christiophe RAMAUX

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Londres, Jeudi 2 avril, 21H30. Extraits du communiqué du G20 réuni ce jour :

« Le G20 demande tout d'abord des excuses aux peuples des pays les plus pauvres de la planète. Alors qu'ils n'y sont pour rien, ils sont les plus touchés par la crise économique. Or ils ne sont pas représentés au sein du G20 lequel regroupe seulement les pays les plus riches et les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.). L'Afrique du Sud y est le seul pays d'Afrique représenté. Conscient de son illégitimité à parler au nom des peuples du monde, le G20 propose la tenue de toute urgence d'une Assemblée générale extraordinaire des Nations Unies afin de changer l'ordre du monde.

Car l'ordre du monde doit être changé. La catastrophe financière et économique en cours remonte loin. Il y a un lien étroit entre cette crise, l'austérité salariale, l'explosion indécente des inégalités, le chômage et la dégradation des services publics. Depuis la fin des années 1970, les gouvernements et les institutions internationales ont imposé au monde un régime néolibéral qui reposait sur l'idée que le marché était le mieux à même d'assurer le bien-être. Les faits ont parlé : seule la richesse d'une infime minorité a été améliorée. Le régime néolibéral doit être radicalement remis en cause. Nous changeons d'époque. Parce que l'intérêt général n'est pas réductible au jeu des intérêts particuliers, l'intervention publique doit être réhabilitée. Afin que la socialisation des pertes abyssales de la finance ne soit pas suivie par le retour de ses rentes indignes, cette réhabilitation doit être complète.

Le G20 retient en conséquence les mesures suivantes.

La monnaie et la finance sont trop importantes pour être laissées aux jeux d'intérêts cupides. Il est totalement illusoire de prétendre que la finance libéralisée puisse s'autoréguler ou bien encore que le capitalisme se moralise. Ce que le marché ne peut faire, seule l'intervention publique le peut. C'est pourquoi sont prises toutes les mesures nécessaires afin de mettre fin aux paradis fiscaux, aux fonds spéculatifs et aux innovations financières spéculatives (titrisation, produits dérivés, etc.). Le contrôle public des mouvements de capitaux et des taxes sur les mouvements spéculatifs sont instaurés. La sortie au plus vite de la crise financière exige la nationalisation accélérée des banques et la mise sous contrôle public des agences de notation. Sur cette base sont constitués des pôles bancaires et financiers publics puissants et durables. Les institutions financières internationales (FMI, OMC, etc.) sont entièrement refondues avec une priorité : le soutien au développement des pays les plus pauvres, afin de garantir notamment l'accès à l'alimentation et à l'eau potable.

Le monde est en passe de plonger dans une véritable dépression. Pour l'empêcher, l'ensemble des Etats s'engagent à mettre un œuvre des plans massifs de relance. Le soutien à la consommation des couches populaires, via la hausse immédiate des salaires et prestations sociales, est le moyen le plus sûr pour soutenir immédiatement la demande. Les services publics sont partout relancés. Afin de conjuguer plein-emploi et respect de l'écologie, la relance est ciblée sur certains besoins (transports ferroviaires, rénovation thermique des bâtiments, énergie renouvelable, etc.). Alors que la zone euro était dramatiquement à la traîne en matière de relance, la France ayant le bonnet d'âne avec le plan le plus misérable des pays développés, le G20 salue le changement complet enregistré à Londres. Il salue le choix fait de revenir radicalement sur les traités de l'Union européenne et en particulier le traité de Lisbonne qui empêchaient toute intervention publique au nom de la sacro-sainte "concurrence libre et non faussée" ».

Ne rêvez plus.... engagez-vous !

 

G20, beaucoup de bruit pour pas grand chose - 2 avril 2009

Analyse d'Attac France :
G20 : Beaucoup de bruit pour pas grand-chose

 

Fallait-il attendre quelque chose de la réunion du G20 ? Sachant que les gouvernements des pays les plus riches et les plus puissants du monde avaient une responsabilité écrasante dans la dérive du système économique et financier international pour avoir mené des politiques dont les maîtres mots étaient « tout pour la rentabilité financière » et « tout par le marché », il ne fallait pas se faire d'illusion.

Mais la réalité dépasse ce que nous pouvions imaginer. Le G20 ne met en place aucun frein à la circulation des capitaux ; au contraire, il encourage la liberté des marchés et continue de prôner un libre-échange des marchandises dont l'extension démesurée a fragilisé les économies les moins performantes et détruit des pans entiers de leurs activités. Dans un cadre aussi libéralisé, il ne sera pas possible d'instaurer une taxation des transactions financières, qui serait pourtant une nécessité, d'une part pour freiner fortement la spéculation, et d'autre part pour réunir des ressources indispensables à la résolution des problèmes les plus urgents.

Parfaitement cohérent avec lui-même, mais dans l'indifférence totale des aspirations des citoyens, le G20 n'envisage pas d'interdire véritablement les paradis fiscaux et judiciaires, puisque les principaux d'entre eux, à commencer par la City de Londres, poursuivront leurs pratiques. Entourés de multiples zones de non-droit qu'ils tolèrent, voire favorisent, les principaux pays du G20 ont échoué au test qui leur était proposé : établir et publier ce jour même la liste exhaustive des « pays non coopératifs », en n'en omettant aucun, surtout quand ils constituent le cœur même de la finance mondiale.

Alors que le système monétaire international dans lequel le dollar impose sa loi a failli, le G20 décide de conforter le Fonds monétaire international auquel on doit, avec sa sœur jumelle la Banque mondiale, d'avoir écrasé la plupart des pays du Sud sous le poids de la dette et des plans d'aménagement structurel.

Les velléités de régulation internationale s'évanouissent dès lors qu'est laissée de côté l'extraordinaire explosion des inégalités dans le monde, dont la cause essentielle réside dans un partage indécent de la richesse produite à l'avantage du capital. Ce n'est pas la décision d'injecter 1100 milliards de dollars supplémentaires dans la relance économique et dans le FMI qui sera capable de remédier à cette situation. Au contraire, la fuite en avant d'un système fondé sur le profit et la démesure ne peut qu'aggraver les tensions sociales et les risques écologiques. Les tensions sociales, parce que rien n'est prévu pour stopper la baisse des salaires et de l'emploi et la destruction des systèmes de protection sociale bradés entre les mains des compagnies privées. Les risques écologiques, parce que, pendant que la liberté des marchés financiers est de nouveau proclamée, des fonds spéculatifs d'un genre nouveau apparaissent pour parier sur la dégradation du climat.

Attac France estime que les raisons qui ont amené de très nombreux citoyens à se mobiliser contre les palinodies préparatoires au G20 sont renforcées au vu des résultats. En réalité, le directoire autoproclamé du monde nie la gravité de la crise. Ce déni accroîtra la détermination des citoyens à s'engager en faveur de la solidarité à la place de la concurrence et de la rentabilité.

 

Le collectif français "Nous ne paierons pas leurs crises", qui regroupe plus de 30 organisations françaises et dont Attac est membre, a également réagi de façon très critique face aux conclusions du G20. Pour celui ci "De manière évidente les chefs d'Etats et de gouvernements des 20 pays considérés comme les plus puissants ont choisi, à travers leur déclaration finale, de relégitimer un système pourtant en crise structurelle et de renforcer le rôle de ses institutions les plus contestées." Il communiquera sa réaction dans les heures à venir.

Attac France,
Montreuil, le 2 avril 2009

 

G20 : notre combat n'est pas vain

Lundi, 06 Avril 2009 14:30 Christophe Ramaux

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Quel sens donner aux résultats du G20 qui s'est achevé à Londres ?

Pour y répondre, il faut prendre les questions par la racine. Les années 2008-2009 marqueront un tournant dans l'histoire. Nous pourrons dire à nos enfants et petits-enfants « oui, nous avons connu ces années là ». Sous nos yeux, explose en plein vol le régime néolibéral imposé à la faveur de la « révolution conservatrice » de la fin des années 1970. Un changement d'époque s'opère. Vers quoi débouchera-t-il ? C'est tout l'enjeu des prochains mois.

 

Durant les Trente Glorieuses tout était loin d'être rose. Dominait néanmoins l'idée que l'intervention publique massive était nécessaire pour faire ce que le marché ne savait, à l'évidence, la crise des années 1920-1930 l'avait suffisamment démontré, pas faire. Grâce à cette intervention, le monde a connu une croissance inédite du pouvoir d'achat et le quasi plein-emploi. Des inégalités méprisables continuaient certes à exister, mais elles étaient contenues par une politique fiscale redistributive (aux Etats-Unis même le taux d'imposition sur les hauts revenus était de 91 % entre 1941 et 1964 puis encore de 77 % jusqu'en 1970). Quant aux crises financières majeures : le monde n'en a connu aucune pendant plusieurs décennies.

Avec le régime néolibéral des années 1980-2000, le primat a, au contraire, été accordé en tous lieux au marché, et plus précisément en fait aux intérêts d'une minorité de nantis. Dénigrée comme ringarde, l'intervention publique n'était plus tolérée qu'au service du... marché. Pendant des années, nous avons été minoritaires à pointer le mélange d'injustice mais aussi d'inefficacité pour le plus grand nombre que recelait ce régime. La mode était au « Enrichissez-vous ! » et, pour les laissés pour compte, au « Vive la crise ! ».

C'est terminé : tel le poisson qui pourrit toujours par la tête, le libéralisme explose par sa clef de voûte : la banque et la finance libéralisées. Le bilan est accablant : l'Organisation Internationale du Travail annonce d'ores et déjà 50 millions de chômeurs en plus sur la planète.

Les institutions et réunions internationales (Fmi, Banque mondiale, Omc, Ocde, Commission européenne, G7, G8, G20...) ont pendant des années été à la pointe du libéralisme. On le conçoit : comme il n'existe pas de république mondiale (quel monstre bureaucratique serait-elle d'ailleurs !), la citoyenneté, la démocratie, le pouvoir du peuple ne pèsent pas directement sur elles. Libéralisation financière et commerciale, remise en cause de la protection sociale, des services publics et du droit du travail, condamnation des politiques économiques keynésiennes  (budgétaire, monétaire, industrielle, etc.) : pendant des années, ces instances internationales n'ont cessé de promouvoir ces différents piliers, parfaitement cohérent entre eux, du puzzle libéral. Les gouvernements acquis au libéralisme ont trouvé là une ressource précieuse : ce qu'ils pouvaient difficilement imposer à leur peuple, ils l'imposaient via ces instances (« nous n'avons pas le choix »), dont ils sont pourtant responsables.

Le cataclysme financier et économique marque pour longtemps la faillite du libéralisme.

Qui l'eut cru il y a deux ans ? Les paragraphes du communiqué final du G20 de Londres ressemblent étrangement aux têtes de chapitre d'un tract antilibéral : paradis fiscaux, fonds spéculatifs, agence de notation, normes comptables, etc. : tout y est ou presque (on continue tout de même à fustiger ceux qui osent remettre en cause le libre-échange commercial !).

Le loup, comme par miracle, se serait-il fait agneau ?

Le problème comme toujours se niche dans les détails. Pas seulement dans ce serment, repris dès le début du communiqué, en faveur des « principes du marché ». Sur chaque domaine, les problèmes sont listés, mais aucune disposition contraignante, ou bien peu, n'est prise. Et la somme des détails fait finalement système : le G20 propose, au fond, de rendre plus « transparent », de mieux « surveiller », de mieux « réguler » des pratiques (libres mouvements de capitaux, titrisation, etc.) et des institutions (fonds spéculatifs,  etc.) qui ont montré toute leur nocivité, mais que l'on se refuse à interdire, alors que pendant des décennies le monde à fonctionner sans elles et plutôt mieux. De même, si des lignes de crédits sont accordées au FMI afin de venir au pays en difficulté mais aucun changement radical de ses pratiques - l'octroi de crédit en échange du démantèlement des services publics depuis longtemps dans les pays du Sud et aujourd'hui en Hongrie ou Lettonie - n'est envisagé.

On ne saurait, au final, s'étonner de ces piètres résultats : la finance avec toutes ses composantes (banquiers, fonds spéculatifs, agence de notation, paradis fiscaux, etc.) défendra jusqu'au bout ces intérêts et on peut difficilement demander aux zélotes du libéralisme de rompre avec ce qui fait le fond de leur pensée : l'idée que l'intérêt général est réductible, la concurrence aidant, au jeu des intérêts particuliers.

Ce qui vaut pour la réglementation du système financier, vaut pour les plans de relance nécessaires pour faire face à la dépression qui menace de plus en plus lourdement. La zone euro, prisonnière de ses institutions et Traités ultralibéraux, est totalement à la traîne en la matière. La France l'est plus encore, elle dont le plan de relance est le plus misérable de tous les pays développés (combien pour les salaires, les retraites, les allocations afin de soutenir la demande ?). Le G20, pour qui veut bien réfléchir, aura au moins permis une chose : confirmer, pour qui en douterait encore, que N. Sarkozy est bel et bien roi en son domaine, celui de l'imposture. Il sait que la demande est au retour de l'Etat. Il gesticule en ce sens. C'est ce qu'il a fait à la veille du G20 en menaçant ni plus ni moins (mais qui pouvait le croire ?) qu'il ne signerait pas le communiqué final. Cela lui a permis de détourner l'attention sur un sujet qui fâche y compris du côté américain : la faiblesse insigne du plan de relance français ! Et comme si cela ne suffisait pas, les caméras étant fixées sur Londres, le gouvernement annonce en catimini, aujourd'hui même, qu'il va à nouveau réduire l'ISF !

En les énumérant, le G20 a, à sa façon, reconnu les problèmes. C'est aux peuples, à présent et comme toujours, d'imposer dans la rue et par les urnes que des solutions soient prises. Notre combat, décidément, lui n'est pas vain.

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