G8 de l'agriculture : Un milliard d'affamés abandonnés...

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Un homme tombe dans la rue, devant vous. Crise cardiaque. Il suffoque... Mais vous êtes pendu au téléphone, vous ne l'aidez pas. Vous finissez calmement votre conversation en lui faisant signe d'attendre encore un peu... Vous. Oui, vous. Moi aussi. Et nos gouvernants, surtout, qui ne se lassent pas depuis des années de remettre à plus tard le problème de la faim dans le monde.

Famine et crise alimentaire : résultats du G8 de l'agriculture

Ce Week-End s'est tenu une sorte de G8 de l'agriculture, à Cison Di Valmarino, au nord-est de l'Italie. Etats-Unis, Russie, Allemagne, Japon, France, Canada, Grande-Bretagne et Italie ont consacré trois jours à discuter de la crise alimentaire. Y étaient aussi conviés les membres du G5 (Brésil, Chine, Inde, Mexique et Afrique du Sud) ainsi que l'Argentine, l'Australie et l'Egypte. Une "première", qui, à elle-seule, a constitué un grand motif de (auto)satisfaction pour les ministres présents. Le seul, car les conclusions sont à pleurer.

Le G8 de l'agriculture

En fait de "première", l'exercice se reproduit tous les ans, au cours des réunions traditionnelles du G8. Mais le sujet, s'il y est évoqué, est systématiquement écarté, à l'image de la sauterie de juillet 2008 au Japon. Il fallait donc créer un G8 de l'agriculture pour corriger le tir. Et... ça marche ? "Les participants ont pu parler franchement, même s'ils ne se sont pas entendus sur tout" a souligné la délégation française. Et... sur quoi se sont-ils entendus ? Sur la nécessité d'"accroître la production agricole", l'idée d'élaborer un "code de conduite" concernant l'acquisition par des pays étrangers de terres arables dans d'autres pays, et le besoin de mettre sur pied un système de "surveillance et [d']analyse des facteurs qui affectent potentiellement la volatilité des prix". Voilà. Donc rien de neuf et retour à la case départ, car cette déclaration est (uniquement) vouée à nourrir les réflexions du prochain G8.

"Les mots ne sont pas importants"

"Nous sommes vraiment très satisfaits de la déclaration" finale, a commenté la délégation française, précisant que "ce ne sont pas que les mots qui sont importants mais la tenue de la réunion elle-même". Juste une façon de voir les choses... En attendant, 75 000 personnes sont mortes de la faim pendant ces trois jours de discussion. Presque 10 millions tous les ans. En attendant, les "Objectifs du Millénaire" élaborés dès 1996 et formalisés en 2000, par lesquels les membres de l'ONU s'engagent à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de malnutrition à l'horizon 2015, sont renvoyés aux calendes grecques. Selon les évaluations de la FAO, cet objectif ne sera, au rythme actuel, pas atteint avant 2150 !

Un cinquième de l'aide agricole promise

Selon l'Oxfam, l'association qui lutte contre la pauvreté dans le monde, "les pays riches fournissent tous les ans plus de 125 milliards de dollars en subventions directes à leurs propres agriculteurs [...] En revanche, les pays du G8 ont fourni moins d'un cinquième des 20 milliards de dollars d'aide agricole promise lors du Sommet de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Rome en 2008". Selon la FAO, 30 milliards de dollars sont nécessaires chaque année pour soutenir les agriculteurs des pays en développement. D'autant qu'à reporter systématiquement les décisions, les problèmes s'accumulent et le nombre de personnes touchées par les crises climatiques pourrait atteindre les 375 millions dans les six prochaines années, soit une augmentation de 54 pour cent, menaçant lourdement le système d’aide humanitaire.

Un milliard d'affamés qui devront prendre leur mort en patience

Le prix des céréales a augmenté de 71 % par rapport à 2005, en partie à cause de la flambée des agrocarburants décrétée par les pays riches, et rien ne semble arrêter cette hausse. Le nombre de personnes sous-alimentées atteint maintenant le milliard, 150 millions de plus qu'en 2007. "Aujourd'hui, un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes. Ce seul fait devrait pousser les ministres de l'Agriculture des pays les plus riches au monde à agir" annonçait Oxfam International avant la réunion. Désillusion. Suite à la publication de la déclaration finale, l'ONG fustigeait ce G8 qui "abandonne aujourd’hui un milliard de personnes affamées dans le monde".

La discussion est terminée. Vous avez fini votre appel, mais c'est trop tard. Juste une façon de voir les choses...

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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