Grèce : les Athéniens racontent les émeutes

Rue89. 07 mai 2009
Manifestant devant la police anti-émeutes à Athènes le 7 décembre 2008 (John Kolesidis/Reuters).

 

C'est le ton navré qu'Un Américain à Athènes livre le récit des émeutes en Grèce de ces deux derniers jours.

« On a vu ces derniers jours une résurgence de la criminalité incluant : un kidnapping, une prise d'otages, des manifestations, des émeutes et une fusillade dans la capitale grecque [plusieurs faits divers ont eu lieu à Athènes ces derniers jours, dont l'explosion d'une bombe dans les locaux de l'AFP, ndlr]. Ajoutons à cela la grève générale prévue mercredi et on a de très bonnes raisons de redouter la semaine qui arrive alors qu'on n'est même pas encore lundi. C'est ça la vie en Grèce. »

Samedi soir, vers 20 heures, à l'issue d'une rixe entre une trentaine de jeunes et des policiers, l'un d'eux a tiré trois balles en direction d'un adolescent de 15 ans qui n'a pas survécu. (Voir la vidéo)


Depuis, des affrontements opposent manifestants et policiers. Dimanche après-midi, à Athènes et dans d'autres villes du pays, des groupes ont saccagé et incendié des magasins à l'aide de cocktails Molotov.

[Dimanche soir, dans un geste d'apaisement en direction des jeunes, deux policiers, dont celui soupçonné d'avoir tué un adolescent, ont été arrêtés et placés en garde à vue, le premier pour « homicide volontaire » et le second pour « complicité ».]

« On savait que ce ne serait pas une marche pacifiste »

Sur un blog d'inspiration anarchiste, un des 5000 manifestants d'Athènes a publié des photos de la manifestation et raconte :

« Beaucoup de gens sont venus, écolos, gauchos, anarchistes. C'est la plus grosse marche de ce genre à laquelle j'ai jamais assisté. (…) Dès le départ, l'atmosphère était éléctrique, on savait que ce ne serait pas une marche pacifiste mais personne n'allait partir à cause de ça.

Tout le long, la marche était emplie de colère. Il y a eu du feu, des bombonnes de gaz. On a été battu et on nous mis en pièces mais certains se sont débrouillés pour avancer vers le commissariat central à la fin de la marche. Les gens ont essayé de reformer des groupes, certains ont décidé d'aller au parlement, finalement, après trois heures, on est retourné à l'école polytechnique, déjà occupée. »

34 personnes ont été blessées, dont une femme qui est dans un état grave. Plusieurs universités sont occupées par des étudiants. (Voir la vidéo)


« Ces anarchistes en ont quelque chose à faire de la mort de cet ado ? »

Exarchia, le quartier où s'est déroulé le drame, connait régulièrement des heurts entre forces de l'ordre et jeunes. Lesquels sont accusés par EllasDevil, un blogueur athénien, d'instrumentaliser la mort de l'adolescent uniquement dans l'objectif de créer davantage de désordre :

« Ils ont franchi un stade avec ces voitures et commerces incendiés. Ils ont mis des messages sur les sites anarchistes et le résultat sont ces manifestations de sympathies qui éclatent dans toutes les villes de Grèce- le meilleur moyen de manifester son respect à un adolescent mort ?

Pensez-vous vraiment que ces anarchistes en ont quelque chose à faire de la mort de cet ado ou pensez-vous qu'ils se frottent allègrement les mains parce qu'ils ont une excuse pour justifier leurs dommages à grande échelle ? »

En dépit de l'arrestation du policier responsable de la mort de l'adolescent et des appels au calme du gouvernement, l'ambiance semble toujours explosive dans les grandes villes grecques.

Un professeur d'anglais, installé au nord du pays, explique que la situation continue de se dégrader au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête :

« On parle désormais davantage de meurtre de sang-froid que de légitime défense (…) Pour tout vous dire, cette grave accusation ne m'étonne pas, tant la police a la terrible réputation de faire usage de la violence. »

Athènes, ce dimanche soir, ne connait toujours pas le calme. Sur les blogs anarchistes, les appels à la mobilisation contre les violences d'Etat se poursuivent.

► Mis à jour le 07/12/08 à 23h00 avec l'arrestation de deux policiers.

Photo : manifestant devant la police anti-émeutes à Athènes le 7 décembre 2008 (John Kolesidis/Reuters).

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