Grèves dans le RER A : une vaste opération de récupération politique avant les régionales

Betapolitique. 2 janvier 2009 par Anna Ranc

 

 

Dix sept jours de paralysie en période de fin d’année sur l’une des lignes ferroviaires au trafic les plus denses du monde. Il y avait de quoi exaspérer le million d’usagers quotidiens (y compris la rédactrice de ce billet) qui a dû subir moult désagréments, contraint de trouver des solutions bis de dernière minute, d’attendre en vain sur les quais gelés ou de rester à la maison. La grève des conducteurs du RER A a été la plus longue que la RATP ait connu sur le réseau RER depuis 1995.

Pourtant, bien qu’elle ait provoquée l’ire générale, une fois l’excitation passée grâce à un effet fêtes de fin d’année, un certain recul s’impose. A trois mois des élections régionales, le gouvernement a opportunément parié sur l’impopularité du mouvement et l’a récupéré tout azimut, orchestrant tapi dans l’ombre une vaste opération de récupération à trois temps.

Acte 1 : Fermeté à l’égard des grévistes mécréants

Alors que le Président volontairement ne s’est pas positionné par rapport au conflit soit disant « pour ne pas gêner les négociations », l’air de rien l’Elysée a suivi dès le départ de très près le dossier. L’entourage du Président en a tiré minutieusement les ficelles puisque la stratégie de fermeté de la direction de la RATP face aux revendications des grévistes a été décidée de concert par le conseiller social du Président, Raymond Soubie et Pierre Mongin, le patron de la RATP jouant ici au premier de la classe. Comme l’a résumé Yannick Le Bohec de la CGT, « on a affaire à un homme téléguidé par l’Elysée ». L’idée du gouvernement était de parier sur l’enlisement des relations entre la direction de la RATP et les grévistes provoquant l’écœurement des usagers, pour mieux récupérer le conflit à son avantage :« Dans le contexte de crise, ne pas donner l’impression de céder était la seule stratégie à tenir pour éviter la contagion du mouvement à l’intérieur de la RATP et au-delà" nous explique t-on à l’Elysée. Une absence de dialogue légitimée par une soi- disante menace imminente d’un conflit social généralisé, et voilà comment en un tour de main on justifie une ligne dure patronale tout en gagnant des points favorables dans l’opinion !

Acte 2 : Bénéfices du service minimum pour tous

Après quelques jours de paralysie de la ligne, la RATP a fait appel à 80 cadres de l’entreprise pour suppléer les conducteurs grévistes à la conduite des rames aux heures de pointe. L’idée était comme le résume Eric Nabet, secrétaire général CGT Métro RER « de prouver que la direction est en capacité de répondre à une offre de service minimum, même complètement dégradée, même avec 100 % de conducteurs grévistes ». Les résultats de cette mesure ont été discutables, la fameuse ritournelle de la grève en France « qui ne se voit pas » douteuse en l’espèce. Néanmoins, François Fillon n’a pas pu s’empêcher de prendre la parole pour une petite séance de récupération narcissique en nous expliquant que la loi du 21 août 2007 sur le service minimum était bien entrée en application et que cette mesure prise par la RATP en était la conséquence directe et bénéfique. Pourtant, il est utile de souligner que cette mesure prise par la RATP préexistait à la loi, et qu’elle en était nullement la résultante … Peu importe, l’occasion de grappiller pour le premier ministre était trop belle.

Acte 3 : Passivité de la Région Ile de France

En dernière ligne, il a été question pour l’UMP de stigmatiser à coups de petites phrases assassines et simplistes Jean-Paul Huchon président de la région Ile-de-France et du STIF, pré-campagne électorale oblige. Valérie Pécresse tête de liste UMP en Ile-de-France a dénoncé entre autres « l’immobilisme et la passivité" de M. Huchon et déclaré au Monde le 22 décembre que ce dernier était « parti à Copenhague en laissant les usagers du RER A sur le quai ». Emmanuel Lamy, maire UMP de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), ville desservie par la ligne A, a pris le relais en dénonçant dans un communiqué une « prise d’otage » des usagers.

L’intéressé a répondu à ces critiques en confirmant le « pourrissement volontaire » du conflit dans le but de « faire porter le chapeau à la région ». Il s’est promis s’il était réélu de remettre en question le contrat conclu entre la RATP et le STIF (la RATP fonctionnant notamment grâce aux subsides versés par le STIF) « quand je vois Pierre Mongin et la RATP investir dans des opérations asiatiques ou exotiques les bénéfices qu’ils font, plutôt que de réinvestir sur l’Ile-de-France je ne suis pas content ».

Epilogue

Fermeté patronale + service minimum + faute rejetée sur la région = l’UMP se positionne en ardent défenseur des usagers lésés en vue des régionales. Pourtant cette récupération faite de bourdes et de provocation tout comme le cautionnement par l’Elysée des méthodes thatchériennes de la direction de la RATP peuvent avoir à long terme des effets pervers à la fois pour les salariés de la RATP (absence durable de communication avec le patronat, dégradation des conditions de travail, réitération des grèves) et pour les usagers (désagréments y afférents). Face à cela il reste un moyen simple et efficace ; Franciliennes, Franciliens, prenez votre mal en patience et gardez votre lucidité jusqu’en mars, cela pourrait changer.

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