Heurts à Montreuil lors d'une manifestation contre les violences policières

Trois articles pour cet évènement : le premier paru dans le Monde, le second paru sur Bellaciao, forcément plus engagé. Il n'y a qu'à la lecture des deux que l'on arrive à appréhender les faits plus objectivement. Le troisième est une tribune d'un jeune habitant de Montreuil.

Le Monde. 14 juillet 2009                                             

Un face-à-face s'est produit peu avant 21 heureux au niveau du marché de la Croix-de-Chavaux, opposant forces de l'ordre et manifestants.

Un face-à-face s'est produit peu avant 21 heureux au niveau du marché de la Croix-de-Chavaux, opposant forces de l'ordre et manifestants. AFP/BENJAMIN GAVAUDO

Plusieurs centaines de manifestants, qui s'étaient regroupés lundi en fin d'après-midi à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pour protester contre les "violences policières", se sont opposés aux forces de l'ordre pendant près d'une heure. La manifestation a commencé vers 19 heures place Jacques-Duclos (près de la station de métro Croix-de-Chavaux). Les manifestants protestaient contre l'expulsion, mercredi 8 juillet, de plusieurs squatters qui occupaient une ancienne clinique, au cours de laquelle un jeune homme, Joachim Gatti, a été blessé à l'œil à la suite d'un tir de Flash-Ball par les policiers.

Un premier face-à-face tendu s'est produit entre forces de l'ordre et manifestants, non loin de la mairie, durant lequel ces derniers ont tiré à l'aide de mortiers de feu d'artifice et de fusées en direction des forces de l'ordre, qui n'ont pas répliqué. Dans un souci d'apaisement, les organisateurs de la manifestation ont cherché à modifier le parcours pour éviter que le face-à-face se prolonge, repartant vers la Croix-de-Chavaux.

Un nouveau face-à-face entre manifestants et policiers s'est produit peu avant 21 heures au niveau du marché de la Croix-de-Chavaux. Les forces de l'ordre ont alors chargé la queue de la manifestation, entraînant la réplique de nombreux manifestants par des jets de projectiles, de chaises et de peinture. Les forces de l'ordre ont par la suite chargé à plusieurs reprises, faisant également usage de gaz lacrymogène et procédant à plusieurs interpellations.

Selon une témoin présente sur les lieux au moment des interpellations et jointe par Le Monde.fr, "les manifestants étaient encerclés et ils ont été sévèrement malmenés. Certains se sont retrouvés plaqués au sol avec des CRS agenouillés sur leur visage, d'autres ont reçu des coups de bouclier. J'ai vu un homme avec des béquilles tomber et se faire presque piétiner". Selon cette jeune femme, les manifestants n'avaient rien de menaçant : "Plusieurs personnes portaient des casques, notamment des filles, mais c'était un geste symbolique, un rappel de ce qui est arrivé à Joachim [Gatti, qui a perdu un œil à la suite des affrontements]. Je comprends que cela puisse paraître impressionnant, mais les manifestants étaient pacifiques."

Peu avant la manifestation, Dominique Voynet, maire (Verts) de Montreuil, avait exprimé lors d'un point de presse son espoir quant à "la discrétion et la retenue des forces de l'ordre lors de cette manifestation". "La police doit avoir le comportement le plus exemplaire possible et le plus respectueux des droits et des libertés", a par ailleurs déclaré Mme Voynet, qui a tenu à préciser qu'il n'y avait de sa part "aucune volonté d'attaquer la police, simplement les comportements non acceptables et non acceptés par la hiérarchie".

À Montreuil de nouveau la police frappe, la police mate

Bellaciao. 14 juillet 2009

Ce 13 juillet, une manifestation a réuni 600 personnes dans les rues de Montreuil (93) contre l’action de la police qui a occasionné de graves blessures par des tirs tendus de flashball mercredi, dont la perte d’un œil pour l’un des blessés. Ces tirs avaient eu lieu lors d’une déambulation en soutien à la Clinique, lieu occupé depuis janvier 2009 et expulsée le matin même. La manifestation, qui a débuté par un rassemblement et des prises de parole regroupait une foule hétérogène : habitants de Montreuil, squatteurs, élus, chômeurs, parents d’élève, résidents des foyers, enfants, intermittents, lycéens, étudiants, syndicalistes… Au vu de la violence extrême de la récente intervention, certains manifestants était casqués afin d’assurer la sécurité du cortège. Alors que la manifestation, qui tentait d’éviter les confrontations avec les escadrons de policiers stationnés un peu partout dans le centre ville de Montreuil, passait devant la place du marché — à proximité même de l’endroit des tirs de mercredi dernier — des fonctionnaires des BAC (Brigade anti criminalité) qui étaient postés sous le marché couvert ont chargé les manifestants en les matraquant à la tête. Rapidement rejoints par des CRS, ils ont scindé le cortège pour s’en prendre violemment, et de manière clairement préméditée, aux porteurs de banderole. Plusieurs personnes ont alors été matraquées puis embarquées par la police, certaines ligotées, tandis que le reste des manifestants était repoussé par des jets de gaz lacrymogène. Le cortège s’est disloqué, et les manifestants se sont retrouvés confrontés par petits groupes à la police, qui a, une fois de plus blessé à coup de flashball, puisqu’une jeune femme a été atteinte par un tir à la jambe. Nous exigeons la mise en liberté immédiate des personnes interpellées et l’abandon de toutes les poursuites éventuelles. Aujourd’hui on nous rend la vie plus difficile, on nous expulse, on nous voudrait corvéables à merci, sans broncher, acceptant un couvre feu permanent face à toute velléité de révolte, de refus de la précarité et de l’ordre répressif. On voudrait intimider par une violence extrême. Le nouveau ministre de l’intérieur est Brice Hortefeux, il semble vouloir donner le ton de son arrivée aux affaires. On le savait, après la suppression totale de libertés des sans papiers, il confirme sa volonté de supprimer toutes les libertés, libéré de toutes les contraintes limitant l’usage de la force par l’Etat. On voudrait nous dessaisir définitivement de la rue. On voudrait nous empêcher une bonne fois pour toute de nous organiser collectivement pour répondre ensemble contre un ordre répressif et inégalitaire.

 

CIP-IDF.org. 14 juillet 2009

MAIS QUE FAIT LA POLICE?

 

Et oui, ma bonne dame, mon bon monsieur, que fait la police ?

Nous sommes bien à Montreuil, vous et moi : Montreuil, Seine-Saint-Denis. Qu'on y habite ou qu'on y passe, on a des yeux pour voir que ça ressemble peu à l'image qu'en donnent les journaux et les politiques. Aucune ville ne saurait ressembler à ces images abruties(-santes), alors j'ai décidé de commencer à décrire ce que c'est, aberrations optiques comprises.

Montreuil, c'est grand, ça fourmille de monde, c'est très complexe et c'est étonnamment tranquille. Sinon, ça ressemble beaucoup aux autres villes où j'ai vécu : l'Etat est partout et son administration nous octroie (ou pas) le droit d'être là, au prix de tous ces comptes à rendre sans cesse en montagnes de paperasse et de justifications d'existence. Il fait régner sa loi, sous l'infinie variété de ses uniformes, pour assurer le maintien d'un ordre réglé par le profit.

Comme partout ailleurs, c'est ça que fait la police.

L'argent est partout, mais pas pour tout le monde, évidemment. Le travail ne manque pour personne - il faut réussir à survivre dans la métropole -, c'est le salaire qui est rare, puisqu'on n'arrive pas à échapper vraiment à toute cette marchandise qui s'étale. Même les besoins les plus primaires, se nourrir, se loger, se déplacer, sont soumis à la propriété que tout l'arsenal répressif sert à protéger.

Comme partout ailleurs, c'est ça que fait la police.

Malgré cela, ici, je connais des gens un peu partout. Ils sont très différents les uns des autres, mais ils me ressemblent plus que ceux des panneaux publicitaires (que l'on trouve en nombre grandissant dans la commune voisine de P., et qui sont blancs, jeunes, actifs...). En général, à leur façon, ils font comme moi : ce qu'ils peuvent. Et ils s'entraident. Ils s'organisent pour ne pas (trop) subir face aux patrons, aux Assedic, aux HLM, aux contrôleurs de tous poils. Souvent, ils travaillent à construire quelque chose qui leur plait : une maison, une crèche, un livre... Parfois, on partage une aversion certaine pour tout ce qui précède, on essaye de comprendre comment s'en débarrasser et quand on trouve une petite idée, on s'empresse de la mettre en oeuvre. ça non plus, ce n'est pas vraiment une pratique spécifiquement montreuilloise. Ces derniers temps, ça a donné en vrac : des occupations de maisons, de CAF, de tours de la mairie, des manifs, des actes de résistance aux rafles de sans-papiers, de solidarité avec des grévistes, des assemblées, des bouffes, des chansons... et j'en passe...

Mercredi soir, à Montreuil, c'est sur tout cela que la police a tiré au flash-ball. Dans la tête. Ce qui s'est passé ce soir-là arrive dans beaucoup d'autres villes et dans des situations très diverses (manifestation, intimidation des habitants de certains quartiers...). Une fois de plus, parler de bavure serait tout simplement mensonger.

Car elle fait quoi la police, hein? Qu'est-ce qu'elle fait la police à Montreuil?

Elle joue au ball-trapp dans les rues de la ville, mon bon monsieur, ça tire sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui ne rentre pas dans le rang. Avis aux amateurs de démocratie participative : pour garantir la pérennité de ce beau système, la police républicaine vise à la tête!

Et oui, la police républicaine.

Celle qui fait des auto-temponeuses avec les mobylettes des adolescents – moratoire sur les voitures de police! -, celle qui charge dans les avions des paquets humains en les étouffant avec des coussins – moratoire sur les coussins! -, celle qui tamponne un procès-verbal de mise en garde à vue à 22h et un certificat de décès à 6h du matin – moratoire sur les gardes-à-vue! - etc... La spécificité du recours systématique aux tirs de flash-ball, qui ont l'avantage pour les policiers qui les utilisent de mutiler sans tuer - ce qui les exposerait à quelques tracasseries administratives et à une légère prise de retard sur leurs points retraite -, doit être prise en compte mais il faut être particulièrement obtus ou parfaitement de mauvaise foi pour soutenir que la question de la violence de la police se résume à cela. Car au fond, ma bonne dame, mon bon monsieur, tout le monde sait ce qu'elle fait la police.

Tout le monde le voit, ça crève les yeux.

Un chat sauvage de la Boissière

 

 

Commentaires (1)

1. jacques 14/07/2009

Le sentiment qui m'anime, à la vue des évènements de Firminy et de ceux de Montreuil est complexe : La première émotion qui m'assaille est de la colère. Envie de me révolter et d'aller sur place pour que l'affrontement est lieu. Le second est plus nuancé, peut-être guidé par l'expérience. Vous avez raison, je pense, quand vous dites que Sarko n'attend que cela pour ecraser toute rébellion et glisser encore plus vers le sécuritaire.
Il faudra malheureusement encore beaucoup de bavures, beaucoup de morts innocentes pour que les gens se réveille. J'aime votre cri de colère (Réveillez-vous).
Continuez, votre travail est remarquable. Continuez tant que vous le pourrez, car la liberté d'expression est encore d'actualité, même si avec Hadopi et le WEB2 on peut redouter le pire.

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