Hommage à Allain Leprest

Le Lot en Action mag n°42. Le 21 octobre 2011 par Karine


ico-culture-allain-leprest.jpgJ’ai voulu lui rendre un hommage écrit même si je ne serai jamais à la hauteur de ses mots. J’ai vraiment eu les frissons dans le dos quand j’ai appris son décès. Vous connaissiez Allain Leprest ? Quel artiste ! Quel bel homme ! Quel beau poète ! Que d’humanité ! Que de sincérité ! Que d’authenticité ! Que de maux … Un des grands chanteur de la chanson française, « presque » oublié.

En fait, ce grand monsieur s’est suicidé le 15 août 2011 à Antraigues-sur-Volane en Ardèche où Jean Ferrat, son pote, habitait. Il avait 57 ans. Il était inconnu du grand public mais reconnu par ses pairs. Allain Leprest a commencé la chanson à 16 ans, en Normandie, son terroir natal, où il s’était rendu compte que c’était si facile d’écrire des chansons. Alors il a décidé d’écrire et d’interpréter ses propres strophes.

Allain Leprest préférait se produire dans les petites salles, les petites villes, où les prix sont abordables et les gens accessibles. Les petites gens. D’abord en Normandie puis à Paris, où il poussa les premières portes des cabarets, en 1982, où il raconte que c’est là qu’il a appris son métier, là qu’il a appris à prendre « des bides » et où il a appris à « racler la scène » avec humilité. Allain Leprest est très reconnaissant de ces petits lieux et c’est grâce à eux qu’il a grandi et qu’il s’est fait connaître. Sa chanson est simple, point de folklore. Un violoncelle, un piano, un accordéon et presque pas de lumière, juste une voix, une voix qui en dit long. Un ton rocailleux, une voix sèche qui a soif de vin et de poésie. Un artiste sensible et à l’écoute émotive. Pour lui, [une chanson] « à l’état brut, c’est un objet rond, fermé. C’est un centre de repos, de colères et d’émotions, en qui chacun se retrouve. Et une chanson réussie, c’est lorsque les gens se disent : « j’aurai aimé écrire ça ! » C’est un peu comme s’ils vous reconnaissaient le droit de l’avoir composée pour eux. »

C’est en 1985 que sa carrière est lancée, au Printemps de Bourges où le succès est au rendez-vous. Il se produit même à l’Olympia à Paris, en 1995, où la salle est bondée.

Mais Allain Leprest reste connu surtout pour ses talents d’écriture. Il compose des textes pour des artistes tels que Juliette Gréco, Francesca Solleville, Isabelle Aubret, Romain Didier ou Enzo Enzo. Ces derniers appréciaient Allain Leprest dans « sa façon de se saisir des choses de la vie ». Claude Lemesle, vice-président de la Sacem et parolier de Joe Dassin ou Serge Reggiani, saluait « son souffle poétique et sa technique du verbe ».

Puis viennent les prix : les prix de la réussite et de la reconnaissance. En 1993, Voce a Mano, l’album le plus réussi de sa carrière remporte le Prix de l’Académie Charles-Cros. S’en suivent de nombreuses récompenses : Grand Prix national de la musique en 1999, Grand Prix de l’Académie Charles-Cros en 2008 pour l’ensemble de sa carrière, Grand Prix des poètes de la Sacem en 2009, etc.

Allain Leprest vivait dans l’ombre, en dehors des plateaux télévisés et des médias. Claude Nougaro disait de lui que c’était «  l’un des plus foudroyants auteurs de chansons que j’ai entendus au ciel de la langue française » mais jamais reconnu, à son plus grand regret. Certains l’appelaient « le Rimbaud du XXème siècle ». Pour Claude Lemesle, « il était le plus grand poète vivant » et « aura la reconnaissance publique posthume qu'il mérite, à l'instar de Bobby Lapointe ou Boris Vian ». Oui, maintenant qu’il est mort, nous allons le faire connaître et lui rendre un bel hommage !! Quel honte ! Les médias sont complices de ce silence radio car un encarté du parti communiste, ça ne se voit pas mais surtout ça ne s’écoute pas ! Mais il se rassurait en disant qu’il préférait « être un chanteur inconnu qu’un chanteur qui n’est plus connu ».

Eh oui, Allain Leprest était communiste, engagé mais peu revendicatif. Il ne souhaitait pas se servir de la scène comme une vitrine politico-musicale. C’était un grand fidèle du journal L’Humanité et de sa fête tant connue. D’ailleurs, vous l’avez peut-être vu en spectacle à la fête de l’Humanité où il s’est produit plusieurs fois ?

Hélas, tout a une fin. Allain Leprest était atteint d’un cancer des poumons depuis de nombreuses années qu’il noya sur les comptoirs. Pourtant, en 2007, il fit un retour sur scène en invitant quantité de chanteurs (Michel Fugain, Olivia Ruiz, Jacques Higelin, La Rue Ketanou, etc.) sur l’album Chez Leprest, pour revisiter son répertoire musical. Le deuxième volume de cet opus sortit deux ans plus tard.

Sa maladie était en rémission depuis quelques mois, et Allain avait prévu de faire une tournée en France, à la fin de cette année 2011. Un soir du mois d’août dernier, il a décidé de se donner la mort après avoir rendu un bel hommage musical à Jean Ferrat, son grand ami. 

A mon plus grand regret, je ne l’aurai jamais vu sur scène. Peut-être dans une autre vie ? A la tienne l’artiste !

 

 

 

 

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Le Lot en Action, 24 avenue Louis Mazet, 46 500 Gramat. Tél.: 05 65 34 47 16 / contact@lelotenaction.org