Hôpitaux : Les « mandarins » sonnent le tocsin.

Scalpel / mardi 28 avril par Simon Piel

Bachelot a fait descendre tout ce que compte l’hôpital public dans la rue. Pour autant, chacun des corps n’oublient pas de défendre ses propres intérêts. Les pontes de l’AP-HP en tête de cortège.

En plus de son goût immodéré pour les chaussures en plastique rose, Roselyne Bachelot se plaît à vouloir réformer l’hôpital. Et réussit le tour de force, ce mardi, de réunir contre elle tous les métiers de l’hôpital. Des personnels non-soignants aux « mandarins » de l’AP-HP ((la crème de la crème des hôpitaux parisiens) en passant par les praticiens et les internes. Une marche à pied pour dire non au projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires » qui doit être examiné le 11 mai au Sénat.

« Le fait que des médecins fassent grève côte à côte avec des personnels soignants est historique, on n’a jamais vu ça », assure même Bernard Granger, psychiatre et initiateur du Mouvement de défense de l’hôpital public. Mais derrière cette unanimité hypocratique, des voix s’élèvent pour annoncer la vraie couleur : dans cette colère des hospitaliers, chacun prêche pour sa paroisse. Et les « mandarins », ces faux chinois que l’on croyait mort en Mai 68, montrent qu’ils sont bien vivants, et criants eux aussi. Forts de plein de bonnes volontés, ils s’assurent au passage qu’on ne leur retire pas leurs prérogatives (ou leur privilèges, question de point de vue).

Une loi « dangereuse »…

Ainsi, le 16 avril, 25 pontes de l’AP-HP lançaient dans le Nouvel Observateur un appel contre le projet Bachelot dénonçant « une loi qui cale l’hôpital sur l’entreprise ». Consciente de la puissance du lobby des professions médicales et para médicales à l’Assemblée, dame Roselyne n’a pas tardé à répondre point par point dans le Figaro. Elle le sait, texte ne passera pas sans eux. D’ailleurs, signe du ciel, le gouvernement a déjà plié sur deux points. Les dépassements d’honoraires et la liberté d’installation. Pas suffisants pour calmer la grogne de ces as du bistouri et du clystère.

C’est que les attributions des directeurs d’hôpitaux prévues par le projet de loi font débat. Le grand professeur Lantiéri, très occupé à refaire des visages, a même pris le temps de s’insurger contre cette nouvelle organisation qu’il juge « dangereuse ». Ce que taisent pudiquement, quelques unes des supposées stars du scalpel et de la potion, c’est la peur qu’ils ont que ces nouveaux directeurs interdisent certaines pratiques encore en vigueur au sein de l’hôpital public. Comme le droit à traiter une clientèle privée tout en étant professeur à l’hôpital public ! Des règles définies à l’origine pour ramener la fine fleur de la médecine dans le giron de l’AP, mais qui a donné lieu à de nombreux abus.

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© Oliv’

Un cadre d’un grand hôpital parisien tempère auprès de Bakchich : « Il est vrai qu’il y a eu des abus, mais si le directeur de l’hôpital est le seul à tout décider comme le veut la loi Bachelot, il n’y aura plus de contrôle médical. Avec ce que ça implique sur le plan éthique. Et la gestion ne sera plus qu’administrative. Bien sûr, chaque corps défend ses acquis en descendant dans la rue (ce mardi), mais la loi Bachelot propose un changement historique qui mérite l’unité contre elle ».

La baronnie en marche

Le 17 février dernier, Martin Winckler, médecin-écrivain-chroniqueur de son état, écrivait sur son blog un article intitulé : « La caste hospitalo-universitaire française est l’ennemie du système de santé », expliquant que les « hospitalo-universitaires les plus influents n’ont pas intérêt à ce que les choses changent. » De quoi donner du grain à moudre à la ministre de la Santé, certes, mais aussi au syndicaliste François Chérèque. La CFDT, en effet, est la seule organisation syndicale qui ne prendra pas part au défilé ce mardi. Pour son leader « aujourd’hui les médecins se battent surtout pour leur activité libérale, or je ne suis pas sûr qu’en défendant le pouvoir des médecins, on défende l’hôpital. » Une position isolée, mais à lire les commentaires des internautes à « l’appel des 25 » parus sur le site du Nouvel Observateur, il semble que les pontes de l’AP-HP ne soient pas aussi représentatifs qu’ils ne veulent bien l’affirmer.

Pour François Malye, journaliste au Point et co-auteur du livre noir des hôpitaux [1], « c’est symptomatique d’une certaine baronnie qui règne au sommet de l’hôpital public. A chaque réforme, le gratin du gratin, les plus influents auprès des politiques sortent de leur silence et se mettent en travers. Souvenez-vous Juppé, « le meilleur d’entre nous », s’est fait carboniser en 1996 quand il a tenté de réformer l’hôpital. Une fois de plus l’hôpital va être victime de corporatistes. Car il y a une différence entre devenir rentable et arrêter de perdre de l’argent ».

Car avec 104 millions d’euros de déficit prévu pour l’année 2009, contre 20 millions en 2008, l’AP-HP tire la langue. Après les sommes abyssales, en fonds publics, mis par l’Etat dans les banques, le trou de la sécu fait un peu racho. Mais vaut pourtant qu’on s’y intéresse.

Et en interne ?

L’occasion de revenir sur le reportage réalisé en mars par Bakchich au CHU de Montpellier pour voir comment les personnels hospitaliers se débattent avec leur déficit.

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