Hortefeux-la-honte, démission

Plume de Presse. 22 avril 2010 par Olivier bonnet


bh nsMais qu’il est insupportable ! Comme son maître avant lui, Brice Hortefeux fait du ministère de l’Intérieur celui de la communication, de l’affichage et des gesticulations bellicistes. Il faut dire que le président lui met la pression. "J’ai entendu le message des Français sur la sécurité. Mais que voulez-vous ? J’ai beaucoup d’affection pour le ministre de l’Intérieur, mais je l’ai été pendant cinq ans et je ne peux plus l’être", cite Le Monde. Et Le Figaro raconte, sous un titre qui fleure bon la Pravda UMPiste, Sarkozy reprend en main sa majorité, "Même son ami Brice Hortefeux a fait les frais d’une remarque ironique : « J’ai tué le métier de ministre de l’Intérieur », a dit le chef de l’État, en laissant entendre que « Brice » n’était pas aussi efficace que lui entre 2002 et 2007." Efficace, Sarkozy ? Même si l’article date du 1er avril, la blague est énorme ! En réalité, il s’est montré impuissant à juguler la criminalité, se contentant d’une absurde multiplication des lois, toujours plus répressives, sans que cette surenchère législative sécuritaire n’ait d’autre impact que sur les gogos d’électeurs nationaux-UMPistes. Par ailleurs la police, de plus en plus dépourvue de moyens, est contrainte par son imbécile politique du chiffre pour le chiffre à délaisser les vraies priorités : plutôt que de lutter réellement contre la délinquance, on oblige les policiers à concentrer leurs efforts sur les fumeurs de shit, les prostituées, les étrangers en situation irrégulière et les contrevenants au code de la route (lire L’homme qui faisait semblant de combattre l’insécurité). Mais si Sarkozy a été "efficace", c’est assurément par contre comme pompier pyromane. Ses provocations verbales - on l’entend encore promettre de "nettoyer au kärcher" les "racailles" - et ses attitudes de matamore ont eu pour effet de créer un climat détestable entre la police et la population, notamment des zones sensibles.

Si l’on veut juger carte  police sarkol’efficacité de Sarkozy, voyons alors son bilan : "Que disait-on il y a deux ans quand je suis arrivé au ministère de l’Intérieur ? Il va jouer au superflic. Les banlieues vont s’embraser. Résultat : il n’y a pas eu de révolte et la criminalité a baissé sensiblement", écrivait-il en 2004 dans son livre La République, les religions, l’espérance. Un an plus tard éclataient les émeutes de banlieues, 45 500 voitures brûlaient et le gouvernement décrétait le couvre-feu et l’état d’urgence ! Les mêmes causes étant appelées à produire les mêmes effets, il est vraisemblable que le feu qui couve toujours s’embrase à nouveau, un jour ou l’autre. "La plupart des conditions qui ont amené, il y a un an, un déclenchement de la violence collective, sur une grande partie du territoire métropolitain, sont toujours réunies", annonçait le rapport des Renseignements généraux baptisé État des lieux dans les quartiers sensibles, document confidentiel défloré par Le Figaro en octobre 2006. Qu’en est-il aujourd’hui ? Affirmer que la situation s’est améliorée serait gravement faire preuve d’angélisme... Et ce n’est certes pas Hortefeux qui va apaiser les tensions.

Comme son mentor, impuissant à obtenir de vrais résultats contre la bhdélinquance, il choisit de pratiquer l’escalade verbale : "Ce ne sont pas les petites crapules qui vont faire la loi dans les quartiers", croit-il judicieux de lancer. "Ce n’est pas parce que le combat que nous avons engagé contre la drogue dérange les activités de quelques voyous que nous allons y renoncer (...) le business tranquille, c’est fini ! (...) nous ne lâcherons rien, nous allons densifier nos actions, multiplier les initiatives, les petites crapules ne sont pas propriétaires de leurs quartiers"*. Ça va plaire aux bas-du-front, ça, "les petites crapules". Mais pour quel autre résultat qu’électoraliste ? De grands moulinets avec les bras pour faire du vent. Seulement de la communication, comme le 14 avril dernier, comme le relatent Les Echos : "le ministre de l’Intérieur a mis en avant hier les chiffres de la délinquance observés par ses services pour le premier trimestre 2010. Le ministre a souligné qu’ils confirmaient «  la tendance à la baisse de la délinquance pour le sixième mois consécutif ». Selon ces chiffres, les atteintes aux biens ont baissé de 3,8% par rapport au premier trimestre 2009. En revanche, le nombre d’atteintes aux personnes a encore augmenté de 1,24%. Mais Brice Hortefeux veut voir dans ce dernier chiffre une «  stabilisation  » puisque, a-t-il noté, «  la hausse des faits constatés a été, selon l’Observatoire national de la délinquance, divisée par deux en quatre mois". Les violences aux personnes continuent d’augmenter, mais moins vite : formidable ! "Brice Hortefeux a une nouvelle fois insisté sur l’importance de la vidéosurveillance - «  notre meilleure alliée". Ben voyons.

logoOn connaît la ritournelle sarkozyste, serinée en novlangue pure et dure puisqu’ils n’oublient jamais de dire "vidéoprotection". De qui se moque-t-on, titrions-nous à ce sujet, dévoilant un rapport qui conclut à l’inefficacité de la vidéosurveillance dans la lutte contre la criminalité. Nous concluions ainsi : "pendant que les sarkozystes prétendent vous protéger en déployant partout leurs caméras, alors même qu’il est établi que leur effet est inopérant, ils persistent à diminuer les moyens de la force publique : la suppression de 9 000 postes de police et gendarmerie depuis 2008 ne leur suffit pas, 4 800 sont encore prévues d’ici 2013. Dormez, braves gens, Sarkozy veille sur votre sécurité..." Comme son seigneur, Hortefeux ne jure donc que par ses caméras magiques et s’escrime par tous les moyens à les "vendre" à l’opinion. Il a ainsi fallu le voir se précipiter le lundi à Grenoble, après l’agression d’un jeune homme par une quinzaine de voyous dans un tramway le vendredi précédent, avec passage dès le dimanche sur i-télé pour annoncer qu’onze des agresseurs avaient été reconnus grâce aux caméras de vidéosurveillance, ajoutant que certains avaient déjà été interpellés. "Après cette intervention, le procureur de Grenoble a remis les points sur les i, rectifie Le Post. Non, il n’y a eu aucune arrestation, a-t-il déclaré en fin d’après-midi, rapporte Le Dauphiné Libéré". Mais pour notre ministre, il fallait dégainer plus vite que son ombre. Où en sommes-nous aujourd’hui dans cette histoire ? Sept (et non onze) personnes sont mises en examen, comme le récapitule Le Dauphiné libéré. Les caméras ont semble-t-il joué un rôle important dans l’enquête. Pour autant, demandons au jeune homme quasiment lynché à grands coups de pieds dans la tête et deux coups de couteau, dont l’un lui a perforé le poumon, s’il s’est senti protégé par les caméras !

logoLe dernier paragraphe d’un article du Journal du dimanche, par ailleurs servant insidieusement la soupe hortefesque, est à cet égard intéressant, le journaliste s’étant quand même senti obligé, dans les ultimes lignes de son papier, de se faire l’écho des voix discordantes : "Ce n’est pas la vidéo qui va interpeller les délinquants, réagit Yannick Danio, d’Unité police, dans les transports. La création de nouvelle structure se fait toujours au détriment de services existants. Avec la vidéo, vu les budgets en jeu, on est en train de marchandiser la sécurité au privé au lieu de recruter des ressources humaines dans la police mais aussi à la SNCF, à la RATP…" "C’est la même chose avec les lycées, renchérit-on au conseil régional d’Ile-de-France. Les caméras, c’est bien pour la police, qui pourra éventuellement retrouver les agresseurs après coup, mais s’il n’y a personne derrière l’écran pour regarder et personne dans les couloirs pour intervenir, elles ne servent pas à grand-chose." La vidéo fait-elle reculer la délinquance ? Ses partisans affirmeront que oui. Ses détracteurs parleront d’ "effet plumeau", elle entraînerait un déplacement des actes délictuels vers des zones non couvertes." Notons que Stéphane Joahny, l’auteur de l’article, pour ainsi ne pas prendre parti entre partisans et détracteurs, ignore ou occulte le rapport officiel du ministère de l’Intérieur qui prouve l’inefficacité de la vidéosurveillance, comme nous l’enseignait en novembre dernier Bug Brother. Johany ne rappelle pas plus qu’ "Avec plus de 4 millions de caméras installées — une caméra pour 14 Britanniques — la Grande-Bretagne est le pays le plus équipé dans le domaine de la vidéosurveillance. Mais la police l’avoue : leur utilisation n’a permis de résoudre que 3% des vols commis sur la voie publique à Londres", comme le note la LDH Toulon. L’information est pourtant connue de son journal, qui la mentionne dans Hortefeux, l’homme aux caméras, en ajoutant : "le responsable du bureau des images de Scotland Yard, Mike Neville, qualifiant même l’utilisation de cette technologie "de véritable fiasco". Depuis, Boston ou Miami ont même abandonné la vidéosurveillance, jugé trop coûteuse au regard des résultats obtenus". Voilà ce qu’il faut sans relâche rappeler. Si l’on prétend éclairer le débat : n’est-ce pas le rôle de la presse ?

bhC’eût été son rôle aussi de mettre en avant dans ses gros titres un événement considérable survenu vendredi dernier. Je vous vois lever un sourcil interrogateur... Le procès de Hortefeux pour "injure raciale", vous en avez beaucoup entendu parler ? L’audience s’est pourtant déroulée devant le tribunal correctionnel de Paris (jugement en délibéré au 4 juin). On se rappelle de l’épisode de la vidéo qui montrait le ministre tenant des propos manifestement racistes, comme le résume de façon concise et efficace Le Monde : "Le ministre, alors de l’immigration et de l’identité nationale, plaisantait avec Jean-François Copé et un groupe de militants, dont Amine Benalia-Brouch, qui souhaitait être pris en photo avec lui. Une femme désigne le jeune homme en disant "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière…", Brice Hortefeux réplique : "Ah, mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C’est pas du tout ça." Une participante ajoute : "C’est notre petit Arabe…" "Il en faut toujours un, conclut alors le ministre. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes." De qui parlait-il d’autres que des Arabes ? Des... Auvergnats, prétendit-il, atteignant ainsi la très haute volée dans son exercice de foutage de gueule. Et tous les responsables de l’Union des menteurs professionnels de lui emboîter le pas. "Propos tirés de leur contexte", "la faute à Internet" ou que savons-nous encore ? N’importe quoi pourvu de persister, contre l’évidence manifeste, dans le déni. Même en Sarkozie décomplexée, avoir pour ministre de l’Intérieur un homme pris en flagrant délit de propos racistes fait - encore ? - un peu mauvais genre. Pas question par conséquent de reconnaître la vérité. Mais que se passe-t-il lorsque l’affaire se juge devant un tribunal ? Ecoutons la position du représentant de l’Etat, le ministère public, expliquée par Le Monde : "Le procureur Cordier a rapidement recadré le débat : il n’est pas question "d’entrer dans les tréfonds des consciences ou de porter des jugements de valeur", mais de savoir si ces propos tombent sous le coup de la loi. "On est dans le cliché, les idées reçues, le paternalisme", a convenu le procureur adjoint, la première phrase attaquée ("il ne correspond pas au prototype") est "une opinion choquante, éminemment critiquable, mais qui ne dépasse peut-être pas l’opinion admissible". La seconde ("quand il y en a un…") est en revanche pour le parquet "un propos outrageant, méprisant", et "le délit d’injure raciale" lui semble bel et bien constitué". Tenez-vous bien, donc : le représentant du ministère de la justice reconnaît le caractère d’injure raciale des propos prononcés par Hortefeux.

Sera-t-il pour autant condamné ? Vraisemblablement pas, suivant une argumentation plutôt tordue, oeuvre de l’avocat du ministre faisant valoir "L’absence de volonté de rendre ces propos publics : Jean-Yves Dupeux a évoqué le comité restreint (une quinzaine de personnes) présent lors de la scène. La discussion n’était pas censée être filmée par les journalistes de Public Sénat", ajoute-t-il, repris par Rue89. Et le parquet de le suivre : "C’est un procès étrange et virtuel, a indiqué le procureur, aucun témoin direct n’est là. Que nous reste-t-il ? Une vidéo, alors que nous ne sommes pas saisis d’une diffusion publique d’injures racistes." Il doute que les faits aient été commis en public, au sens juridique du terme, c’était "un rassemblement de militants", "une discussion à bâtons rompus", qui s’adressait, dans un brouhaha certain, à un groupe privé et n’était pas destinée à être entendue par tous : "M. Hortefeux n’était pas en train de claironner." Si ce n’est pas une injure raciale à caractère public, le ministre pourrait-il se voir infliger une contravention pour injure non publique ? Pas davantage : "Les débats ne rapportent pas la preuve qu’il savait qu’il était enregistré" (in Le Monde). Alors même, souligne Rue89, que "La chaîne (Public Sénat) a pourtant assuré que Brice Hortefeux et Jean-François Copé avaient regardé l’objectif juste avant la scène." A vrai dire, nous ne pensons pas en l’espèce qu’une sanction judiciaire soit pertinente. La seule conséquence à cette lamentable affaire eût évidemment par contre dû être politique. A l’époque des faits, nous réclamions la Démission du ministre raciste en ces termes : "au fond, que signifie la phrase incriminée ? Quels sont les problèmes qui surviennent quand il y a trop d’Arabes ? Ils violent les femmes ? Ils pillent les magasins ? Ils sentent mauvais ? Hortefeux aura beau prétendre tout ce qu’il veut, ce dérapage est gravissime. Après avoir tenu de tels propos, indiscutablement racistes, répétons-le encore une fois, il est impensable qu’il ne démissionne pas. Mais nous sommes en Sarkozie..." Et vous allez voir qu’il va s’en sortir, n’étant pas condamné grâce à un nouveau concept qui devrait faire fureur, après le célèbre "responsable mais pas coupable" : "coupable mais sans que drapone soit engagée sa responsabilité pénale." Et voilà comment un homme convaincu d’injure raciale va tranquillement continuer à diriger l’un des plus importants ministères de la République. Où va-t-on ? Hortefeux et ceux qui le confirment à son poste - François Fillon et Nicolas Sarkozy - déshonorent la France plus sûrement qu’en s’essuyant les fesses sur son drapeau.

 

 *citations recueillies par Libération, 20 minutes et Les Echos.

L’illustration représentant le cauchemar d’une horde d’Hortefeux provient du blog Schmilblick.

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