Hortefeux : le bon et le mauvais racisme

Plume de Presse. 14 décembre 2009 par Olivier Bonnet


bhLes bras nous en tombent : l’indigne Brice Hortefeux, ex ministre de la Honte nationale, fonction dans laquelle il eut l’occasion de démontrer son grand humanisme, vient de recevoir le prix de la lutte contre le racisme et contre l’antisémitisme, décerné par l’Union des patrons et des professionnels juifs de France, nous apprend Le Figaro : "Qualifiant de « poison pour notre République » l’antisémitisme, le ministre a annoncé la nomination prochaine d’un préfet, au sein de son ministère, chargé de coordonner la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Ce préfet aura « une autorité suffisante sur les acteurs de la sécurité pour, en lien avec le préfet de police et les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie, préparer les décisions qui s’imposent chaque fois que nécessaire, pour prévenir et réprimer ces actes inadmissibles », a expliqué Brice Hortefeux". Première remarque : est-il nécessaire de nommer un préfet spécialement dévolu à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, quand il suffit d’appliquer la loi française ? "Condamnant les dégradations découvertes dimanche à la mosquée de Castres, poursuit Le Figaro, le ministre a rappelé qu’un « programme de subventions pour la sécurisation des lieux de cultes et des structures culturelles de la communauté juive portant sur cinq ans » avait par ailleurs été mis en place depuis 2004. Quinze millions d’euros ont ainsi été investis dans ce « programme de travaux » qui a notamment permis la sécurisation, par alarme et videosurveillance, de « 349 bâtiments, dont 107 écoles et crèches, 81 associations et centres communautaires et 161 synagogues". C’est tout de même incroyable que le ministre réagisse à la profanation d’une mosquée en faisant le bilan de la protection des... synagogues ! Les musulmans français ne se sentent-ils pas un peu les dindons de la farce de la pseudo lutte sarkozyste contre le racisme ? Ce Hortefeux récompensé du prix de la lutte contre le racisme n’est-il pas le même qui déclarait, parlant des Arabes : "Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes" ?

Ainsi y aurait-il un bon et un mauvais racisme ? Le bon racisme anti-musulmans, anti-basanés, que l’on flatte en cultivant l’amalgame entre délinquance et immigration, voire en suggérant des causes ethniques à la criminalité, le bon racisme que l’on cajole histoire de serrer les rangs électoraux, à grands coups de débats sur l’identité nationale, clin d’oeil appuyé à l’extrême droite et boîte de Pandore pour l’expression décomplexée de la xénophobie. Et puis il y a le mauvais racisme, et d’abord celui qui frappe les blancs, qu’une Elizabeth Lévy ne craint pas de dénoncer courageusement (sic), persuadée de faire oeuvre de briseuse de tabous quand elle ne fait que hurler avec les loups (de la réacosphère comme des bistrots). C’est la posture du refus de "la repentance", du fait qu’on ait "tout le temps l’impression de s’excuser d’être Français", comme l’avait dit l’inénarrable Nicolas Sarkozy superdupont sarkohimself. C’est l’exaltation du "rôle positif de la colonisation". C’est la stigmatisation systématique sur l’air du "ces gens-là ne veulent pas s’intégrer". Outre le "racisme anti-Français" qui mobilise nos pathétiques Superdupont, il y a un autre mauvais racisme, à condamner la main sur le coeur pour se refaire une virginité humaniste : l’antisémitisme. Rappelons que la judéophobie, terme préférable, n’est qu’un avatar du racisme, que la lutte contre ce dernier ne se circonscrit pas à elle. Or ce pouvoir qui fait pratiquer par sa police la chasse aux faciès, celui qui entend trier les immigrés par région d’origine - tout en niant hypocritement tout critère ethnique - ne semble jamais vraiment se mobiliser que pour voler au secours de la communauté juive. Entendons-nous bien : nous n’avons aucune forme de complaisance pour la judéophobie. Mais lorsque ce bon maire UMP parle de "dix millions payés à rien foutre", vise-t-il les juifs ? Si l’antisémitisme est "un poison pour la République" comme dit Hortefeux, nous en connaissons un autre, que l’idéologie sarkozyste injecte à haute dose dans l’opinion, envers lequel la droite est si complaisante : la légitimation des discriminations anti-Arabes, anti-noirs, anti-assistés, anti-pauvres... Une phrase de l’article du Figaro a attiré notre attention : "Depuis 2003, les actes antisémites sont recensés à la fois par la police-gendarmerie et le service de protection de la communauté juive, qui confrontent leurs données (plaintes et déclarations) pour établir en commun les statistiques définitives." Un service de protection de la communauté juive ? Et maintenant un préfet à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ? Schizophrénie ou manipulation : ce communautarisme que le pouvoir fait mine de fustiger, cet ennemi de la République laïque, il n’a en réalité de cesse de le cultiver précieusement.

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