Il y a le feu au Honduras

Source : Blog de Jean-Luc Mélenchon. 5 juillet 2009, suivi d'un article du JDD du 6 juillet

Jeudi en fin d’après midi nous étions trois cents peut-être autour de la fontaine Saint Michel pour exprimer notre soutien au peuple du Honduras qui lutte pour ramener son président chassé par un putsch. Pendant la manifestation nous avons eu un appel du président Zelaya (voir le film sur le site du Parti de Gauche). Dimanche, Manuel Zelaya tentait de rentrer par avion au péril de sa vie. A l’heure où j’écris, des centaines de milliers de manifestants déferlent dans la capitale du Honduras pour empêcher les putschistes de l’intercepter. C’est peu dire qu’une houle de dégoût me monte de l’estomac en voyant quel traitement médiatique est réservé à ces évènements. Je n’ai même plus envie de ricaner en voyant la molle absence des people de la gauche officielle et des grands champions des droits de l’homme. Dommage que le Dalaï-lama Lama ne soit pas hondurien. Dommage que les élections iraniennes n’aient pas eu lieu au Honduras. Dommage qu’il n’y ait pas de gaz géorgien au Honduras.

Si besoin était, ces évènements du Honduras nous dispensent d’avoir demain à nous justifier auprès des belles «grandes consciences» si promptes à nous montrer du doigt et à invectiver! Nous savions que leur indignation était souvent largement suggérée par le goût de plaire utilement. A présent leur larbinage de commande ne s’encombre même plus de précaution. En dehors des heures de bureau, une fois venue la saison des vacances, les bobocrates à grosse crête, faute de commande précise venue des grands centres de l’indignation mondiale, sont aux abonnés absents.

Pourtant cette bataille là, au Honduras, c’est celle qui fera jurisprudence pour la démocratie en Amérique latine. Dorénavant, les années de plomb où l’on putschait impunément, peuvent être closes pour de bon. Quatre présidents latino américains attendent pour raccompagner à demeure dans sa capitale Manuel Zelaya. S’ils atteignent leur but, quelque chose d’historique se sera produit sur le continent. Grâce soit rendue à Hugo Chavez qui n’a pas laissé faire et a mobilisé tout ce qui pouvait l’être aussitôt qu’on connut la nouvelle. Raphael Correa (Equateur) et Fernando Lugo (Paraguay) ont assumé crânement leur rôle aussi. Voyons plutôt chez nous. Des phrases ambigües, dans le meilleur des cas. Et encore! Après une longue pause de silence, le temps de savoir de quel côté étaient les américains.

Pendant la pause cependant les arguments des putschistes tenaient naturellement le haut du pavé. Le moment venu on récapitulera ce qui s’est écrit dans chacun des grands journaux de ce pays. Comme d’habitude à propos d’Amérique latine, le PS, noyauté jusqu’à l’os, a tenu son registre de complaisance approfondie pour la droite latino et les arguments des agences du Pentagone. Ainsi quand il déclare soutenir les tentatives de conciliation du Mexique. La «conciliation» entre des putschistes et les élus d’un pays, il faut oser! C’est comme si, en 1936, on avait poussé le gouvernement républicain espagnol à la «conciliation» avec l’armée du général Franco! Allende à la «conciliation» avec Pinochet! De Gaulle avec les généraux félons d’Algérie! Pourtant le PS a osé. Depuis que je n’y suis plus, il n’y a plus aucune résistance interne à la dérive atlantiste totale de la direction de ce parti.

En fait je connais la vérité. Plus personne à la direction de ce parti ne s’intéresse à l’Amérique latine. Tout est donc écrit dans des bureaux que personne ne contrôle plus du tout et qui expriment seulement les influences auxquels certains se sont volontairement soumis. Informons d’ailleurs que le Mexique ne fait aucune «conciliation» du tout, vu que le président Zelaya et les autres présidents, forts de la condamnation prononcée par l’OEA et les Nations Unies, avancent frontalement pour le rétablissement du pouvoir Constitutionnel au Honduras. D’une façon plus large, le Mexique est absent de la scène. Ce soir, je tape ces mots après avoir eu deux conversations téléphoniques avec des camarades de l’entourage de Zelaya. Ils embarquent dans l’avion qui suit celui du Président. Eux ne sont pas censés atterrir au Honduras. Ils ne m’ont pas donné d’indications à ce sujet. Mais tous y convergeront, dans tous les cas, le moment venu, une fois l’avion de Zelaya posé. Car, juste avant Manuel Zelaya a décollé. C’est lui qui m’a appelé à la fontaine Saint Michel, jeudi. Si peu nombreux que nous ayons été, il était lui très impressionné et renforcé par l’idée qu’on se mobilisait pour son combat à Paris.

Moi j’étais très ému d’entendre sa voix et je pensais à ce que nous étions en train de faire tous, c’est à dire régler leur compte aux gorilles et à leur commanditaire nord américain pour qu’il n’y ait plus jamais de putsch, et ce qui a été avec dans le passé: les arrestations et les disparitions et les tortures et tout le reste. L’autre jour j’ai eu des nouvelles des camarades de l’Uruguay qui s’activent pour la candidature de «pépé» Mujica à l’élection présidentielle au nom du «Front élargi». Pépé c’est quelqu’un, lui aussi. Il a été détenu deux ans dans un puits par les putschistes de l’Uruguay. Au total il a passé trois ans avec de l’eau jusqu’à la ceinture la moitié du temps. Compris?

Zelaya privé de Honduras

Le président du Honduras, Manuel Zelaya, chassé du pouvoir il y a une semaine par les militaires, n'a pas pu rentrer au pays dimanche. Son avion n'a pas été autorisé à se poser sur la piste de Tegucigalpa. Le président déchu a trouvé refuge au Salvador. Au Honduras, des heurts ont opposé ses partisans à l'armée. Une personne a été tuée et plusieurs autres blessées.

Manuel Zelaya n'a pas réussi son défi. Chassé du pouvoir - et du pays - par l'armée il y a une semaine, le président du Honduras avait annoncé samedi son retour à Tegucigalpa dimanche. Mais son avion n'a pas été autorisé à se poser sur la piste de l'aéroport international, encerclé par les militaires. A terre, le rassemblement pro-Zelaya a rapidement dégénéré. Des heurts ont éclaté entre les partisans du président déchu et les forces de l'ordre. Au moins une personne a été tuée et plusieurs autres blessées.

Manuel Zelaya - et le président de l'Assemblée générale des Nations unies, Miguel D'Escoto qui l'accompagnait - a donc dû rebrousser chemin. Son avion a atterri au Salvador voisin, où il était attendu par plusieurs dirigeants de la gauche latino-américaine, dont l'Argentine Cristina Kirchner, le Paraguayen Fernando Lugo, l'Equatorien Rafael Correa et le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), José Miguel Insulza. Prenant la parole lors d'une conférence de presse diffusée par la chaîne de télévision Telesur, le président du Honduras a dénoncé "une nouvelle tyrannie (...) en Amérique centrale". "Ils ne seront jamais en mesure de gouverner le Honduras, ils devraient le savoir", a-t-il encore lancé. Samedi, sur la même chaîne de télévision, Manuel Zelaya avait annoncé son retour au pays dimanche, conforté par la décision de l'OEA d'exclure le pays de ses institutions.

Tout retour de Zelaya exclu

Elu pour quatre ans en 2006, Manuel Zelaya a été arrêté alors qu'il entendait modifier la Constitution par référendum afin de pouvoir briguer un second mandat en 2010. Le président du Honduras entendait ainsi suivre la voie tracée par Rafael Correa (Equateur), Hugo Chavez (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie), qui incarnent la nouvelle gauche latino-américaine. Mais cette réforme a été jugée illégale par les nouvelles autorités du pays, incarnées par Roberto Micheletti, désigné président par intérim par le congrès du Honduras après le renversement de Manuel Zelaya.

Cette crise est la plus grave dans cette partie du globe depuis l'invasion de Panama par l'armée américaine il y a vingt ans. Il s'agit également d'un test pour la diplomatie régionale et la politique extérieure de l'administration Obama. A la Maison blanche, un haut responsable a ainsi évoqué "une mise à l'épreuve". Entre le Honduras et les pays voisins la tension monte. Le président par intérim, Roberto Micheletti, a ainsi affirmé dimanche que des troupes nicaraguayennes avaient été déployées à leur frontière commune. Le président nicaraguayen Daniel Ortega a catégoriquement rejeté ces allégations. Sous pression, les nouvelles autorités du Honduras ont fait savoir à l'OEA qu'elles étaient prêtes à négocier, à une condition: que le retour de Manuel Zelaya ne fasse pas partie du deal.

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