Indignés : pourquoi l'occupation de la Défense est importante

Témoignage. Le Lot en Action, 31 octobre par Marine Roudot

Les indignés à Paris dérangent vraiment : le site qui appelle à la mobilisation du 4 novembre vient d’être bloqué ! Retrouvez ici le témoignage de Marine Roudot, une indignée toulousaine à Paris, parmi tant d’autres…

Juste quelques petites précisions, puisque je suis à Paris et que j'ai assisté à un "groupe de travail" sur #OccuponsLaDéfense ce soir. J'ajoute que c'était mon premier contact "direct" avec les indignés parisiens : je me trouvais à Toulouse en mai et juin derniers, les indignés étant pour moi, comme pour beaucoup, ma première réelle expérience militante.

indignes-defense.jpgAlors tout d'abord, cette idée n'est pas celle "des indignés parisiens". L'idée de profiter de la dynamique qu'on espérait après le 15O, du G20, du mouvement occupy... circulait depuis quelques temps dans plusieurs groupes, à Paris mais aussi ailleurs, avec Uncut notamment, parmi les marcheurs, à Bruxelles, etc. Un peu plus tard l'idée a été discutée à l'Assemblée de Bastille, qui a validé l'action d'occuper la Défense.

Ce mouvement a été critiqué très durement par beaucoup de monde toutes "tendances" confondues. Mouvements de "gauchos" pour certains (!), de bobos, nombrilistes, pas assez radicaux, pacifiques dogmatiques tendance bisounours niais, inexpérimentés, gentillets pour d'autres, et j'en passe...

J'ai assez peu de références en la matière mais à ma petite échelle, les indignés m'ont fait plusieurs fois sortir de mes gonds. Pourtant j'ai décidé de continuer, sans doute parce que le fond me parlait malgré tout, même si on était loin du compte au niveau de la forme.

Quelques mois plus tard j'ai rencontré les Marcheurs espagnols et français lors de leur passage à Paris. L'un d'eux m'expliquait les bienfaits que la collaboration avec les espagnols avait apporté, ils étaient désormais mieux organisés et plus expérimentés. Leurs assemblées par exemple avaient vraiment évolué, dynamiques, efficaces (sisi!), une meilleure gestion de la notion de consensus, meilleure communication, etc. Ils avaient appris à expérimenter l'auto-gestion. Semblaient plus posés, plus "matures" en quelque sorte. Et tout ça ils essayaient de le transmettre.

Encore un peu plus tard, à Bruxelles, une véritable volonté de communiquer entre différents pays s'est clairement affichée. Personne ne s'attendait à une telle mobilisation, ni à Bruxelles où nous étions environ 8000, ni ailleurs. Pendant ce temps là, quelques milliers de personnes défilaient dans plusieurs cortèges parisiens. Un chiffre décevant au regard des autres capitales, bien sûr, mais le plus important depuis mai.

Partout ailleurs, quelque chose était dans l'air, plusieurs villes entamèrent d'ailleurs l'occupation d'un lieu ce jour là. Un lieu symbolique d'abord, lié à la finance, pour faire le lien avec "Occupy". Mais aussi parce que progressivement, l'idée s'était imposée que seule une expérience collective durable et profonde pouvait lancer la dynamique nécessaire aux profonds changements auxquels nous aspirions.

Les assemblées populaires restaient un outil fondamental bien sûr, mais pas suffisant, loin de là, surtout au rythme d'une ou même deux par semaine. Parce qu'il s'agit d'un exercice long et difficile, qu'il faut longuement pratiquer pour commencer à maitriser. Qu'il faudra du temps pour que les décisions soient naturellement adoptées par consensus. Parce que la démocratie directe ne se décrète pas. L'auto-gestion non plus.

Certains le savaient... Certains l'avaient même dit. Alors je ne sais pas, peut-être était-ce le nombre de gens inexpérimentés, la confusion entre organisation et hiérarchisation, une grande méfiance qui a fait que, parfois, des conseils avisés de gens expérimentés ont été confondus avec une volonté de récupération... Peut-être avions nous besoin d'expérimenter, de tâtonner, de nous planter... En tous cas j'ai vraiment eu l'impression lors des derniers rassemblements, assemblées ou groupe de travail donc, que certaines choses avaient été retenues, comprises, que les gens avaient évolué et campaient moins sur leurs positions (sans mauvais jeu de mots!), que ça bougeait, doucement, timidement parfois, et de manière encore assez peu perceptible de l'extérieur, mais assez pour mériter d'être souligné. Assez pour entrainer le reste de la population? Sans doute pas.

Mais les choses pressaient, le #15o avait effectivement relancé une dynamique, le #NoG20 allait avoir lieu, et "Occupy" semblait avoir ravivé l'intérêt de manière générale et celui de la presse en particulier. Faible mobilisation française ou pas, il fallait y aller, et ne pas manquer cette opportunité. Essayer au moins. Voilà comment l'idée d'occuper la Défense est née.

Mais ces récentes évolutions ne font pas moins d'une grande partie des Indignés des militants peu expérimentés. L'occupation d'un tel lieu, au vu de la faible mobilisation jusqu'ici, représente un défi énorme. Je crains que les Indignés n'y parviennent pas seuls. Nous avons besoin de l'expérience des militants plus aguerris.

Sur le Capitole en mai dernier, des gens qui l'avaient vécu m'avaient raconté le déroulement du campement "anti-loppsi" qui avait été organisé à la Prairie des filtres. Un campement dont tous les aspects avaient été vraiment maitrisés du début à la fin. D'autres m'avaient parlé du Maquis. Du CREA. De structures auto-gérées, de structures tout court, yourtes, tipis ou autres, à repenser, à améliorer... Bien sûr je pense à tous ces gens aujourd'hui, on a tellement à apprendre d'eux ! Comment gérer au mieux l'aspect sanitaire, la nourriture, l'énergie, les couvertures et tout ce qui est absolument fondamental (tente de premiers secours etc). Comment gérer la communication? Anticiper un minimum en amont? J'en passe et des meilleures. On a vraiment besoin de tout ce que les plus expérimentés peuvent apporter, comme certains l'ont déjà fait à Toulouse en mai dernier d'ailleurs, et heureusement!

Sachez qu'on sait d'ores et déjà qu'un départ se fera de Cannes ou Nice à l'issue du #NoG20, et qu'un second départ est en train de se coordonner en Bretagne. Des gens utilisant le forum "Occupy France" ont signalé qu'ils recevaient des messages de plein de gens ne pouvant se rendre sur Paris par leurs propres moyens. Si certains d'entre vous décidaient de se joindre à l'occupation, alors peut-être un départ collectif pourrait-il se coordonner depuis Toulouse?

J'espère vraiment qu'on aura la chance de pouvoir accueillir le plus grand nombre d'entre vous possible à partir du 4 novembre !

Bonne continuation à tous en tous cas et bon courage!

Marine, une indignée parmi d'autres.

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