Inflexion économique historique à Londres

LE MONDE | 23.04.09 | 09h50  •  Mis à jour le 23.04.09 | 09h56

Londres, correspondant

La date du 22 avril 2009 restera à jamais gravée dans les annales économiques britanniques. Ce jour-là, le Royaume-Uni, en proie à la plus grave récession depuis 1945, a tourné le dos à quinze ans de politique économique expansionniste fondée sur la baisse des impôts, la hausse des dépenses publiques, l'excédent budgétaire et la maîtrise de la livre Sterling.

Le budget 2009-2010 présenté par le chancelier de l'Echiquier, Alistair Darling, marque en effet une cassure historique. L'augmentation de la pression fiscale sur les hauts revenus, la baisse des dépenses publiques à l'exception de mesures de relance ciblées et l'acceptation d'un déficit sans précédent des comptes publics l'attestent.

Par ailleurs, la loi de finances, qui couvre l'année fiscale entamée le 6 avril, symbolise la fin de la longue lune de miel entre la City et le New Labour. Pour se faire élire la première fois en 1997, Tony Blair s'était engagé à ne pas augmenter les impôts des riches. Alors que l'opposition conservatrice devance largement les travaillistes dans les sondages, le budget marque le retour à une claire division économique droite-gauche pour la première fois depuis le milieu des années 1990.

Pour résorber le déficit record des comptes publics, le gouvernement travailliste s'est engagé à la fois à accroître la ponction fiscale et à réduire les dépenses, une gageure en cette période de récession.

PRÉVISIONS OPTIMISTES

Sur le plan fiscal, l'augmentation à 50 % de la tranche supérieure de l'impôt sur les revenus et la baisse des détaxations en matière de retraite privée dont bénéficient les contribuables nantis sont destinées à regarnir progressivement les caisses de l'Etat mises à mal par le ressac conjoncturel et la hausse du chômage. Les relèvements des taxes sur l'alcool, l'essence et le tabac sont également plus importants que prévu.

La pression fiscale accrue sur les hauts revenus, qui vise surtout les professionnels de la City, a été bien accueillie par l'opinion, qui rend la place financière et les banques responsables de la crise économique.

En revanche, les sacrifices nécessaires pour redresser les finances publiques à long terme via des économies sur les frais de fonctionnement de l'Etat ont été reportés après les élections, qui doivent se dérouler au plus tard dans à peine plus d'un an. Un délai qui a permis au grand argentier de délier les cordons de la bourse en faveur des ménages et des entreprises (aide à la construction, prime à la casse pour relancer les ventes d'automobiles déprimées ou assistance à la formation des chômeurs). Ces enveloppes visent aussi à atténuer l'effet dévastateur de la récession dans les vieilles régions ouvrières du nord, de l'Ecosse et du Pays de Galles.

La City a très mal accueilli cet "exercice de funambule", pour reprendre la formule d'un opérateur. Les prévisions de croissance sur lesquelles ce budget a été conçu sont jugées trop optimistes : contraction de 3,5 % du PIB en 2009 suivie d'une croissance de 1,25 % en 2010. De plus, les rentrées fiscales issues de l'alourdissement au nom de la justice sociale de l'impôt sur les riches sont limitées.

"Cette catégorie de contribuables est passée maître dans l'art de l'optimisation fiscale. Alistair Darling aurait dû trancher dans le vif en augmentant le taux de base, la TVA ou les contributions à la sécurité sociale qui auraient rapporté gros", souligne un expert du cabinet KPMG. Des montages fiscaux sophistiqués transforment ainsi des revenus en gains en capital imposés de moitié.

Même en admettant que le gouvernement se réserve la possibilité de jouer sur le budget 2010-2011, il lui sera difficile, à moins d'une conjoncture internationale très favorable, de faire oublier les désillusions de douze années de pouvoir pleinement exercé. De l'avis général, la dégradation des finances publiques après le plan de soutien très onéreux aux banques réduira la marge de manœuvre du gouvernement en matière de largesses préélectorales.

Marc Roche
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