Iran : les femmes en première ligne de la contestation

Lemonde.fr | 26.06.09 | 20h32  •  Mis à jour le 26.06.09 | 20h44


Les Iraniennes ont participé au même titre que les hommes aux manifestations de contestation de l'élection présidentielle du 12 juin.

Les Iraniennes ont participé au même titre que les hommes aux manifestations de contestation de l'élection présidentielle du 12 juin.

Les images du mouvement de contestation iranien depuis le 12 juin ont montré que beaucoup de femmes avaient participé aux manifestations. Elles avaient déjà participé activement à la campagne électorale dans un pays où, juridiquement, elles ne valent que la moitié d'un homme. Le temps de la rébellion symbolique qui passait par les vêtements ou le maquillage est révolu.

Les témoins sur place le font remarquer, les femmes étaient présentes – presque d'égal à égal – avec les jeunes hommes lors des manifestations, même quand celles-ci prenaient un tour violent. Par exemple en ramassant des pierres à jeter, même lorsque les forces de sécurité ont employé des armes à feu pour réprimer les protestations.

Déjà, durant la campagne électorale, les Iraniennes avaient pris un rôle qu'elles n'avaient jamais joué jusque-là. La femme de Mir Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard, a tenu ses propres meetings et s'est montrée main dans la main avec son mari, un geste rare en Iran. L'épouse de Mehdi Karoubi, Fatemeh, avait fait de même. Elle est d'ailleurs une des figures du féminisme iranien et dirige un magazine féminin. Son mari était allé plus loin que Moussavi dans ses propositions en faveur des femmes en proposant l'interdiction de la polygamie. De nombreux observateurs pensaient que, quoi qu'il arrive après l'élection, ce mouvement jouerait un rôle favorable aux droits des femmes.

DES DEMI-CITOYENNES

Les femmes avaient déjà joué un rôle lors de la révolution constitutionnelle de 1906 à 1911 et pendant la révolution islamique de 1979. Mais elles restaient minoritaires. Désormais elles sont nombreuses à descendre dans les rues. Cette évolution apparaît comme le miroir des évolutions de la condition des femmes depuis une vingtaine d'années en Iran. Notamment grâce à l'éducation. Elles y ont accès à parité avec les hommes et sont même majoritaires au moment de l'entrée à l'université, selon Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'EHESS et chercheur au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques. L'Iran est aussi un des seuls pays du Proche-Orient où les femmes sont représentées au Parlement, même si elles font partie du camp conservateur et ne revendiquent donc pas de droits supplémentaires.

Mais leur position toujours inférieure a alimenté un fort désir de changement. "Il y a une disparité grandissante entre leur condition juridique et la réalité de leur évolution au sein de la société", souligne Farhad Khosrokhavar. "Sur le plan culturel, elles sont de plus en plus présentes mais elles sont toujours très handicapées par le système juridique iranien."

Leur crispation s'est concentrée sur la personne de Mahmoud Ahmadinejad. "Aux yeux des jeunes filles des grandes et moyennes villes d'Iran, il représente le système de la police des mœurs qu'elles détestent. Il y a donc un antagonisme personnalisé envers lui", estime Farhad Khosrokhavar. Un point de vue partagée par la prix Nobel de la paix iranienne Shirin Ebadi : "A la racine des troubles actuels, il y a le mécontentement et la frustration face à une détresse qui date d'avant l'élection", a-t-elle déclaré dès les premiers temps du mouvement de contestation. "La présence des femmes est proéminente [dans les manifestations] parce qu'elles sont la catégorie la plus mécontente de la société."

LE CHANGEMENT QUOI QU'IL ARRIVE

Selon des témoins, elles ont été une cible délibérée pour les milices bassidjis. Elles sont tombées aux côtés des hommes et ont contribué à la médiatisation du mouvement. Surtout après la mort de Neda Agha Soltan, présentée comme la première femme-martyr du mouvement après que la vidéo de sa mort a fait le tour d'Internet.

Quel que soit le président qui sortira des événements actuels en Iran, le sort des femmes pourrait en être modifié. D'aucuns craignent un violent retour en arrière si Ahmadinejad conserve le pouvoir, son premier mandat ayant été marqué par de nouvelles restrictions des droits des femmes. Mais selon le chercheur Farhad Khosrokhavar, "la cassure s'est effectuée à parité". "Pour que les droits des femmes évoluent, il faudra qu'elles revendiquent leurs droits. Mais le premier pas est franchi. L'égalité totale est encore loin, mais symboliquement quelque chose s'est produit qui pourrait faire bouger l'ensemble du système."

Antonin Sabot avec AP
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