Je rêvais d’un autre monde…

Ruminances. 12 septembre par Clarky

image56672110.jpgParfois, le cerveau est assailli de questions bêtement métaphysiques, “qui suis-je, où vais-je“, du classique quoi. Mais la réalité rattrape bien vite les divagations de tout un chacun, surtout quand elle porte un uniforme de police. L'histoire je la laisse aux historiens dont c'est le métier, mais pour la petite histoire je ne me sens pas le droit de fermer ma gueule de métèque et d'être frappé d'amnésie collective surtout quand elle arrange, à sa manière,  les faits qu'on aimerait bien lui reprocher.

Juin 2009 devait être un joli mois de mets pour Ali Ziri, vieil homme bien peu amer malgré une vie déchirée entre Kabylie et France.

Quelques heures avant sa mort il respirait encore” aurait pu éructer Mr de la Palice national. En effet, le minuteur du décompte de la folie ordinaire venait de s'enclencher et tonton Ali,  comme le surnommaient ses amis,  ne verrait malheureusement pas le soleil se lever à nouveau. En ce 8 Juin 2009,  Ali Ziri fait ses courses en ville comme le font certainement vos parents,  il rencontre Arezki, 61 piges au compteur et ami de toujours. Que peuvent faire deux vieux potes quand ils se rencontrent ? boire un coup et faire un tiercé. Sur les coups, inoffensifs ceux-là,  de 14 heures ils se pointent dans une galerie commerciale pour acheter un jean qu'un des fils de Mr Ziri lui a demandé d'acheter. Faire les boutiques ça creuse, alors les deux hommes investissent un restaurant pour casser la croûte.  Au menu, steak, haricots et comme il faut faire descendre tout ça un peu de vin, s'ensuivent un café et un calva, bref pas de quoi fouetter un chat quand on est né bon vivant et un mort qu'on s'ignore!

L'après-midi se poursuit au rythme des vitrines et des coups bus pour rincer le gosier, mais il est temps de se rentrer. Arezki prend le volant, son vieil ami Ali à ses côtés, et là commence la mortelle randonnée. Centre ville d'Argenteuil, une patrouille intercepte le véhicule de nos deux compères et procède à un contrôle. Dès lors, le crépuscule d'adieu d'Ali ziri s'égrène.

La version, parue dans un journal que certains aimeraient officielle,  fait état d'insultes et de comportement agressif de la part de nos deux petits vieux qui auraient conduit les forces de l'ordre à mettre fin à ce désordre ambiant, l'interpellation se dessine. Arezki, sauvageon de 61 ans et handicapé à 60 %, relate les faits différemment. Il raconte avoir été immobilisé violemment par les policiers, menotté sans ménagement et plaqué au sol, le tout sous les insultes. “J'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j'étais dans le camion de la police. Mr. Ziri était allongé à plat ventre dans le camion. Il ne parlait pas“.  Conduit à l'hôpital (par charité chrétienne je suppose) pour y subir un test d'alcoolémie qui s'avérera positif, Arezki sera placé en garde à vue tandis qu'Ali Ziri sombre dans le coma pour clamser 3 jours plus tard. L'autopsie pratiquée révèle une hypertrophie cardiaque et une forte consommation d'alcool causes du décès. Le parquet de Cergy-Pontoise clôt le dossier et le cercueil, point de violences policières, circulez y'a plus rien à boire aurait pu dire la justice. Sauf que, Arezki a vu autre chose lui, il raconte son histoire à des associations qui demandent une nouvelle autopsie, et là, le constat n'est plus tout à fait le même. Le corps d'Ali Ziri porte de nombreux hématomes, pas grand chose, juste 27 dont certains assez importants. Les policiers auraient pu avancer qu'il titubait et s'était cogné plusieurs fois en montant dans le panier à salade…

Saura-t-on vraiment ce qu'il s'est passé ce jour là, rien n'est moins sûr, surtout quand le service des urgences de l'hosto d'Argenteuil refuse de communiquer et ne délivre qu'un message complaisant envers les policiers, où il est fait état que “Mr Ziri ne présentait pas de problème de gravité immédiat et que la mort était relative à un arrêt cardiaque”.

Ici tout est véritablement à 2 vitesses, l'hôpital, la justice et surtout la police. Qu'a t-on le droit de faire en cette douce France qui accueillait des Ali Ziri par milliers, main d'oeuvre bon marché dans les années 60, turbinant pour ériger un pays bien de chez nous ??!!??

Ces hommes qu'on laisse pourrir dans des foyers en oubliant qu'ils se sont dégueulassés les mains et ruinés la santé pour que la France en oublie de les traiter avec un minimum de respect. Ces invisibles, que des politicards aimeraient réduire à une simple minorité visible se lançant dans des incantations de discrimination positive mais s'empressant de relever le défi en instaurant un ministère de l'abject et de l'identité nationale. Le bruit et les odeurs importunent le quidam, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde surtout quand on ne connaît de la misère que les dorures du pouvoir, et toi l'auvergnat qui sans façon s'empresse de révéler ta vraie nature, quand on ouvre sa porte à des extrêmes qui n'ont plus de limite, qui critiquent us et coutumes au nom de leur nature profonde que l'on imagine profondément humaniste, invoquant des traditions ancestrales qui sanctifient le fait que l'on saigne un cochon mais dénonce quand on égorge un mouton.

Ali Ziri avait 69 ans, une vie à trimer pour construire la France tout en oubliant de se construire lui, loin des siens. Une vie retrouvée, sa retraite atteinte, pour enfin exister, sauf que 3 policiers sont passés par là et cet appel du 8 juin s'est terminé en bavure, comme tant de fois serais-je tenté de dire. Sarkozy ministre de l'intérieur avait posé les jalons de son état policier qu'il chérit. Lui, ce fils d'immigré qui dit entendre la détresse des minorités,  arme le bras répressif et dépouille le dialogue. Tolérance zéro, résultat du chiffre, immigration contrôlée et politique des quotas, tout incite à un conditionnement des esprits faibles et chez les représentants de l'ordre ils s'en trouvent pour en être et pas qu'un peu. Ne pas mettre tout le monde dans le même panier est une évidence, mais pour certains l'évidence du panier ne se discute même pas, elle se traduit par une pensée xénophobe, nationaliste donnant lieu à des tabassages en règle de l'autre, de l'immigré, du basané, de celui qu'on ne peut plus voir tant on s'est laissé convaincre que tous les maux lui incombaient. Je ne sais plus trop si la France est un pays de droits mais elle est de droite ça c'est une certitude, un gouvernement qui met l'accent sur sa police et lui octroie des avantages tel que l'outrage pour faire comparaître des pauvres bougres sous prétexte qu'ils auraient insulté les représentants de l'ordre public, mais de quel ordre parle t-on ??!!?? celui de traiter de “pauvre con casse-toi alors”un péquin dans un vulgaire salon même pas branché d'aigriculture.

J'aurais aimé vous parler de mon oncle Larbi qui a une peur bleue de la police (il a 70 ans et ne casse pas trois pattes à un canard) et de son fils Paul qui lorsqu'il appelle pour un boulot doit composer avec deux réalités, celle jusqu'à l'énoncé de son prénom et là tout va bien, et dès qu'il balance son nom de famille ben la discussion s'achève. Tous autant que nous sommes, agrégeons des haines , ciment du communautarisme et du rejet de plus en plus marqué de l'autre qui refuse de s'avouer une vérité bien peu réjouissante comme celle de ce sympathisant socialiste qui votait Le Pen au premier tour et socialo au second. C'est ça la France, on peut y faire des plaisanteries racistes quand on est ministre de la république et ne pas s'en émouvoir, fort du soutien indéfectible de son roitelet, tout comme l'on peut cautionner et trouver normal qu'un petit vieux de 69 ans trouve la mort dans des conditions pas très catholiques parce qu'il était Musulman.

Le 5 septembre, Ali Ziri est retourné chez lui pour y être mis en terre. La Kabylie, cher pays de son enfance, retrouve l'un de ses fils , les 3 policiers victimes d'outrage sont, eux, toujours bien vivants et n'ont a priori rien à se reprocher selon la justice et leur hiérarchie…

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