Jean-Luc Mélenchon : l’Europe a institutionnalisé le libéralisme. Site Contre Info

24 avril 2009

Dissonance cognitive. Le capitalisme financier, défini par l’économiste Patrick Artus, comme « une situation où la gestion des entreprises est faite en fonction des seuls objectifs des actionnaires, et pas de ceux des salariés, des Etats, des fournisseurs, des consommateurs, des chercheurs développant les nouveaux produits, » requiert pour s’épanouir librement - c’est à dire pouvoir exercer son chantage perpétuel au moins disant salarial et budgétaire - la liberté de circulation dérégulée des capitaux, services et marchandises. Comment peut-on dénoncer ses méfaits et dans le même temps oeuvrer au parlement de Bruxelles à accroître son emprise, s’indigne le sénateur Jean Luc Mélenchon, qui rappelle que les parlementaires, y compris les socialistes, ont adopté un projet de « Grand Marché Transatlantique » dérégulé rassemblant Europe et USA à l’horizon 2015 ? L’idée européenne, dévoyée par l’adoption au coeur des traités fondateurs de principes qui soumettent le continent aux règles du Consensus de Washington, mourra avertit-il, si on ne sort pas de cette duplicité qui consiste à « faire passer par la fenêtre européenne un libéralisme » qui ne parviendrait pas à « passer par la grande porte du suffrage universel direct. »

Jean-Luc Mélenchon s’entretient avec Jean-Jacques Bourdin, RMC, 21 avril 2009

[Voilà,] ce qu’est l’Europe, ce qu’elle est est devenue. Pas ce qu’elle était au départ, mais ce qu’elle est devenue chemin faisant. On en a fait un système à 27 qui a institutionnalisé le libéralisme, et on est dans une situation absolument folle. Tout le monde dit - vous, moi, même ceux qui ne sont pas des génies de l’économie, mais qui nous y intéressons et qui suivons - les mouvements erratiques de capitaux détruisent tout. Et on a un traité qui interdit [ de contrôler ] la libre circulation des capitaux, non seulement dans l’Europe, mais entre l’Europe et le reste du monde.

On dit tous, il y en marre des délocalisations, qui ne sont faites que parce qu’on peut payer des ouvriers moins cher dans un pays par rapport à l’autre et on a un traité européen qui interdit l’harmonisation sociale.

On a un traité qui au lieu d’être la solution devient le problème. C’est la raison pour laquelle, moi ce que j’en dis, c’est que si l’on ne fait pas changer le cap de la construction européenne, alors c’est l’idée européenne qui mourra. Ce n’est pas moi qui l’aurait tuée, c’est ceux qui s’en seront servie exclusivement pour faire passer par la fenêtre européenne le libéralisme qu’ils n’arrivaient pas à faire passer par la grande porte du suffrage universel direct.

J’espère m’être fait comprendre. Et c’est la raison pour laquelle vous me voyez si mécontent et si en colère de voir cette scène de pitres, sur des sujets complètement dérisoires, pendant que les grandes questions, elles, se décident en dehors de tout le monde.

Je vous en donne un exemple. Il y a quelques mois, le parlement européen a voté - socialistes inclus - la décision que, oui en effet, on ferait un grand marché transatlantique dérégulé, sans droits de douane, et sans barrières à la circulation des capitaux et des marchandises. Vous le saviez ?

Jean-Jacques Bourdin : Non.

Mélenchon : ...non. Moi non plus [ne l’aurais su] si je ne suivais pas cette affaire. La plupart de nos concitoyens n’en savent rien. Cela s’appelle le grand marché transatlantique. Vous, moi, sommes entraînés, à la date de 2015, dans une aventure où nous ne formerons plus qu’un ensemble économique et social avec les Etats-Unis d’Amérique, et personne n’en parle une seconde où que ce soit. Par contre on passe des heures à discuter des excuses des uns aux excuses des autres...

Donc il y a une histoire de fous, et c’est pour cela que Villepin peut dire que cela va mal tourner, parce qu’un jour les gens vont s’en rendre compte.

Sur le Web :

Marianne donne les détails des travaux parlementaires sur le projet évoqué par Jean-Luc Mélenchon.

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