Journalisme: Photo d’une profession malade

Média trend. 24 novembre 2009 par Marc Mentre

Une profession vieillissante, où les femmes ont du mal à se tailler une place… Un métier mal rémunéré où les salaires baissent… Les journalistes français paient cash la crise de la presse. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que leur nombre stagne. Autant dire que la lecture de l’étude Photographie de la profession des journalistes, réalisée par l’Observatoire des métiers de la presse en coopération avec la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes (CCIJP), est déprimante.

On trouvera tous les détails de cette étude sur le site de l’Observatoire des métiers de la presse (.pdf), sachant que la précédente enquête datait de dix ans. Elle avait été réalisée en 1999, sous la direction de Rémy Rieffel, par l’IFP. Le moins que l’on puisse dire est qu’à dix ans de distance, la situation des journalistes —toutes catégories confondues— s’est nettement dégradée.

Mais voici en 8 points ce que dit cette “Photographie”.

1 - La nombre de journalistes ne progresse plus

Comme nous l’avions déjà remarqué [Journalisme: une profession sans croissance], le nombre de journalistes a cessé de croître: “En 2008, la CCIJP comptabilisait 37.811 journalistes, soit 73 de plus qu’en 2007″, note les auteurs. D’ailleurs, la courbe du nombre de cartes délivrées montre très clairement ce tassement qui s’accentue au fil des années. On est loin des recrutements massifs qui ont eu lieu dans les années 1980-1990.

2 - Une féminisation très lente

La proportion de femmes journalistes croît lentement. En 2008, la profession comptait 43,8% de femmes (16.554, sur un total de 37.811 journalistes) contre près de 40% en 2000. Signe de cette féminisation en marche, depuis 2004, “plus de la moitié des nouveaux détenteurs de la carte professionnelle de journalistes sont des femmes.”

Comme dans d’autres secteurs d’activité, les femmes sont dans une situation plus précaires que leurs confrères masculins. Si l’étude de l’Observatoire ne donne pas le détail chiffré, catégorie par catégorie, elle indique les tendances suivantes:

• il y a autant de femmes que d’hommes parmi les pigistes (elles devraient être proportionnellement moins nombreuses);
• il y a plus de femmes que d’hommes parmi les journalistes en CDD;
• la part des femmes demandeurs d’emploi est plus élevée que celle des hommes;
• les femmes sont sous-représentées parmi les journalistes titulaires;
• les inégalités de salaire homme-femme demeurent. À titre d’exemple, le salaire moyen des journalistes femmes est de 3.145€ contre 3.694€ pour les hommes.

3 - Une profession vieillissante

Les journalistes constituent une population vieillissante: “En 2008, indique l’étude, la moyenne d’âge du journaliste est de 42,2 ans [40,5 ans en 2000]” et “plus du tiers des journalistes (39,2% en 2008) a plus de 45 ans.”

En détaillant ces données, on se rend compte que les journalistes femmes sont —en moyenne— plus jeunes que leurs confrères masculins: 40,6 ans contre 43,4 ans. Une écart qui s’accentue dans les tranches d’âge les plus jeunes,  puisqu’un tiers des femmes journalistes a moins de 35 ans, contre seulement un quart des hommes.

Cette disparité en recouvre une autre: plus le journaliste est jeune, plus il a de “chance” d’être précaire: plus des trois quart (77,2%) des journalistes en CDD et 40% des pigistes ont moins de 35 ans. À l’opposé, les journalistes permanents ont en moyenne 42,5 ans, et seulement un quart d’entre eux (27,6%) à moins de 35 ans.

4 - Le nombre de pigistes se stabilise

La profession comptait 6.837 pigistes en 2008, soit 18,1% de l’ensemble des journalistes. Un chiffre qui marque une légère amélioration par rapport à 2000, où les pigistes en représentaient 18,8%.

MAIS l’étude signale que la caisse de retraite de la presse (Audiens) recense plus du double de pigistes (14.715) pour l’année 2007. Il est vrai qu’Audiens recense toutes les personnes ayant réalisé au moins un pige dans l’année, et ne s’attache pas au statut de journaliste professionnel.

5 - Près de la moitié des journalistes sont reporter-rédacteurs

La profession est divisée à part pratiquement égale entre deux types de journalisme: d’un côté, une grosse moitié de journalistes qui vont “sur le terrain” (reporter-rédacteurs, grands reporters, JRI, reporters photographes) et de l’autre, une autre moitié qui assurent les fonctions techniques (secrétaires de rédaction, rédacteurs-graphistes…) et celles d’encadrement, comme le montre le tableau ci-dessous [source: Observatoire des Métiers de la presse]:

* sous cet intitulé, sont regroupés rédacteurs en chef et rédacteurs en chef adjoint, chefs de service et chefs de rubrique. (source Observatoire des Métiers de la Presse

* sous cet intitulé, sont regroupés rédacteurs en chef et rédacteurs en chef adjoint, chef de service et chef de rubrique. (source Observatoire des Métiers de la Presse)

6 - Une petite minorité de journalistes est passée par une école de journalisme reconnue

Les 12 écoles reconnues forment 400 personnes chaque année, mais en 2008, seuls 324 de ces diplômés font partie des nouveaux titulaires de la Carte professionnelle de journaliste.

Ces chiffres interrogent: en 2008, les diplômés de ces écoles ont représenté 15,35% des nouveaux titulaires de la Carte (environ 2000), un chiffre qui est du même ordre de grandeur que celui des journalistes passés par une école, soit 14,8%. Dit autrement, si l’on continue sur ce chemin, la proportion de journalistes passés par une école restera toujours stable autour de 15%, puisque la proportion de diplômés nouveaux titulaires est elle aussi stable d’année en année.

7 - La presse demeure le premier secteur d’activité

Avec 69,4% des journalistes en activité, la presse écrite est, loin devant la télévision (14,1%) et l’audiovisuel (3,5%), le premier employeur.

MAIS il faut avouer que le graphique de l’Observatoire est étonnant, puisqu’il comptabilise comme “secteurs d’activité” pour les journalistes professionnels, la publicité et la communication…

8 - Des salaires qui diminuent

Ceux qui comptent faire fortune avec la presse se trompe: “Quel que soit le mode de rémunération, piges ou salaires mensualisés, le montant des rémunérations a légèrement diminué entre 2000 et 2008″. On ne saurait être plus clair. En deux graphiques, l’étude montre la répartition des salaires des journalistes permanents et des pigistes:

Répartition des journalistes [permanents] selon le salaire brut mensuel moyen en 2008

 

En euros constants, précise l'étude, le salaire brut mensuel moyen est passé de 3.491,53€ en 2000 à 3.417,29€ en 2008.
En euros constants, précise l’étude, le salaire brut mensuel moyen est passé de 3.491,53€ en 2000 à 3.417,29€ en 2008.

 

Répartition des journalistes selon le montant mensuel brut moyen des piges en 2008

"En 2008, 37,2% des pigistes gagnent moins de 1.500€ par mois, note l'étude". De 2000 à 2008, le montant brut mensuel moyen est passé de 2.200,94€ à 2.059,25€
“En 2008, 37,2% des pigistes gagnent moins de 1.500€ par mois, note l’étude”. De 2000 à 2008, le montant brut mensuel moyen est passé de 2.200,94€ à 2.059,25€

 

 

 

 

Notes :

(1) Les Journalistes français à l’aube de l’an 2000. Profils et parcours, par Remy Rieffel, Valérie Devillard, Marie-Françoise Lafosse et Christine Leteinturier - Éd. Panthéon Assas, Paris, 2001, 170 pages.

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