Journalistes enlevés : la réaction de Sarkozy choque à France 3

Rue89. 7 janvier 2010 par Soline Ledésert

« Ces journalistes étaient inconscients. Ils ont agi en contradiction avec les consignes de sécurité. » Ce mercredi, dans son « Buzz Politique » diffusé sur Europe 1, le journaliste Fabien Namias a rapporté un « coup de sang ». Une réaction de Nicolas Sarkozy lors du Conseil des Ministres à propos des deux journalistes de France 3 disparus depuis le 30 décembre dernier en Afghanistan.

L'absence de nouvelles des deux journalistes de France Télévisions, reporters pour l'émission Pièces à Conviction de France 3, suscite toujours beaucoup d'inquiétude.

Mais selon Europe 1, au Conseil de ministres de mardi matin, après l'exposé du ministre de la défense, Hervé Morin, sur le sujet, « Nicolas Sarkozy (a) piqué (…) une grosse colère contre l'“inconscience” des journalistes enlevés en Afghanistan. Et (a) invité Hervé Morin à communiquer sur le coût des opérations pour obtenir leur libération. »

Selon Europe 1, il aurait dit :

« C'est insupportable de voir qu'on fait courir des risques à des militaires pour aller les chercher dans une zone dangereuse où ils avaient l'interdiction de se rendre. »

« Il faut que les Français sachent le coût de cette histoire. »

Si ce sont effectivement les mots du président, ils « scandalisent » Yann Fossurier, président de la Société des Journalistes de la rédaction nationale de France 3 :

« Si ces propos se confirment, ils sont parfaitement malvenus. La rédaction est choquée par la colère du président de la République. Étant donné la situation d'extrême incertitude dans laquelle nous sommes, il est particulièrement déplacé de demander au ministre de la Défense de communiquer sur le coût de l'opération. Aujourd'hui, ce sont des familles, des amis et des collègues qui sont dans l'inquiétude la plus profonde.

Nos deux collègues sont très expérimentés. Ce ne sont pas des têtes brûlées mais des journalistes qui ont voulu faire leur travail correctement, en essayant de donner l'information la plus objective sur la situation. Pour faire son travail de journaliste, il faut récolter différents points de vue et il devient envisageable sur place de parfois sortir du dispositif militaire à cette fin. »

Le président de la Société des Journalistes poursuit :

« On ne peut pas plaisanter ou régler des comptes aujourd'hui, ce n'est pas le moment de jeter de l'huile sur le feu. C'est pourquoi j'ose espérer que ces paroles rapportées, si elles se confirmaient, ne seraient pas liées aux relations houleuses entre France Télévisions et la présidence de la République. »

Pour sa part, Jean-François Téaldi, secrétaire général du SNJ-CGT de France Télévisions, a réagi par communiqué, parlant d'« une honte » :

« La liberté de la presse ne se fractionne pas. Une zone de guerre doit-être accessible à l'information, même au risque de la vie des journalistes. »

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