L'Allemagne dans le camp européen des anti-OGM

LE MONDE | 15.04.09 | 15h25  •  Mis à jour le 15.04.09 | 15h25

 

La fronde contre la Commission européenne sur la question du maïs génétiquement modifié prend de l'ampleur. Mardi 14 avril, l'Allemagne a décidé à son tour d'interdire la culture ainsi que la vente du Mon810 de la firme américaine Monsanto, en faisant jouer la clause de sauvegarde. Elle est le sixième Etat membre - avec la France, la Grèce, l'Autriche, la Hongrie et le Luxembourg - à rejoindre le camp des opposants à cette semence transgénique, contre l'avis de Bruxelles.

Cette décision "a été prise dans l'intérêt de l'environnement, a affirmé la ministre de l'agriculture, Ilse Aigner, de l'Union chrétienne-démocrate (CDU, parti conservateur bavarois) qui milite pour l'interdiction. Nous avons mené une étude rigoureuse pour peser le pour et le contre." Mme Aigner se fonde sur deux rapports scientifiques sur lesquelles s'était appuyé le Luxembourg au moment de suspendre, fin mars, la culture du maïs transgénique. Ils démontrent que la semence présente un risque pour certains insectes, tels que les coccinelles, les papillons et les puces d'eau.

Ce basculement de l'Allemagne devrait faire les affaires de la France, alors que Bruxelles recommande une levée de la clause de sauvegarde, activée en janvier 2008, à la suite du Grenelle de l'environnement. La Commission s'est déjà fait désavouer début mars, lorsqu'une majorité d'Etats membres avait rejeté la levée des moratoires hongrois et autrichien.

A moins de deux mois des élections européennes, le sujet est embarrassant pour José Manuel Barroso. Le président de la Commission s'est personnellement impliqué pour relancer au sein des Etats récalcitrants la culture du Mon810, seul maïs OGM (organisme génétiquement modifié) homologué en Europe. Son autorisation arrive à échéance fin 2009, et une procédure de renouvellement pour dix ans est en cours. Un rapport devrait être rendu d'ici là par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), dont les méthodes sont ouvertement mises en cause.

DÉPOSER PLAINTE

La Commission ne devrait donc pas se précipiter pour rendre un avis sur la décision allemande. Un porte-parole a indiqué prudemment que Bruxelles déciderait des "suites appropriées" avec les "données scientifiques adéquates". Monsanto dit attendre l'avis de l'Agence allemande de sécurité des aliments. Le groupe n'exclut pas de déposer une plainte, ensuite.

L'enjeu économique est faible pour l'Allemagne : la culture du Mon810 devait concerner 3 700 hectares cette année, soit moins de 0,2 % de la surface totale de maïs cultivée dans le pays.

Depuis son autorisation officielle en 2005, cette culture a toujours été contestée outre-Rhin. La semence avait déjà été provisoirement interdite à la vente en 2007.

Marie de Vergès


 

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