L'auteur de Sarkozy je te vois relaxé

L'Humanité. 03 juillet 2009

Justice. Le professeur de philosophie qui a tenu ces propos en février 2008 a été dédouané par le tribunal de police.

« J’espère que cette affaire va décrisper le climat sécuritaire qui règne dans notre pays. Tout cela a permis l’ouverture d’un débat. Quand le président Nicolas Sarkozy, dans le Nouvel Observateur, dit qu’il est choqué, j’ai envie de lui faire remarquer que la procédure que j’ai subie est la conséquence de la politique pénale qu’il a initiée. On ne peut pas avoir un discours très musclé sur les questions de sécurité et être à la fois désolé des résultats dans la vie quotidienne et pratique. » Le professeur de philosophie, poursuivi pour avoir crié « Sarkozy, je te vois » à des policiers effectuant un contrôle en gare Saint-Charles de Marseille le 27 février 2008, a finalement été relaxé hier matin par la justice.

Le juge de proximité qui présidait le tribunal de police chargé de juger cette affaire a estimé que le « tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d’autrui » qui était reproché à l’auteur des propos - qui souhaite rester anonyme - n’était pas constitué. « Sarkozy, je te vois » peut être jugé comme « maladroit et déplacé », mais il « ne revêt pas de caractère injurieux », selon le juge. « Le juge de proximité est suffisamment décrié pour que, cette fois, on puisse lui rendre hommage, c’est avec beaucoup d’à-propos et de maturité qu’il a motivé son jugement », estime l’avocat du prévenu, Me Philippe Vouland. Une amende de 100 euros avait été requise contre son client, lors du procès qui s’était déroulé le 19 mai dernier.

« Chaque jour, il y a des personnes anonymes qui sont victimes de procédures analogues à celle que je viens de vivre, la question est de savoir comment on peut les faire connaître. Il faudrait arriver à porter ce type de situation sur le débat politique, ce qui permettrait également de protéger les citoyens », commente encore le relaxé. Reste, à ses yeux, un problème « d’ordre éthique » : les frais de procédure. « Pour éviter une amende de 100 euros, cela coûte grosso modo un mois de salaire. Dans mon cas, Charlie Hebdo m’a proposé de tout prendre en charge, détaille le prof de philo. Mais même en cas de relaxe, on ne vous rembourse pas et là, je trouve qu’il y a un vrai problème sur le coût de la justice. »

Sophie Bouniot

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