L’Etat colle aux basques d’une association d’agriculteurs

Bakchich Info. Le 18 Février par Jean Sébastien Mora

 

C’est une gueguerre judiciaire. Depuis plus de cinq ans, l’État et ses services s’acharnent sur la structure visant à promouvoir une agriculture durable en Pays Basque. Avec un nouvel épisode en appel…

« L’attitude de l’Etat à notre encontre est antidémocratique, impensable et imbécile » confie Michel Berhocoirigoin, président de EHLG (Euskal herriko laborantza ganbara).

Le premier procès du 29 janvier 2009 devant le tribunal de Bayonne s’était soldé par une relaxe, mais l’État a la dent dure. Philippe Rey, le préfet des Pyrénées Atlantiques remet les fers au feu et renvoie en appel devant les tribunaux l’association EHLG le 18 février 2010. Depuis plus de cinq ans, l’État et ses services s’acharnent sur la structure visant à promouvoir une agriculture durable en Pays Basque mais les actions en justice ne sont pas ses seules armes. L’association a rédigé un pavé de 700 pages intitulé « le livre noir du harcèlement de EHLG par les pouvoirs publics et l’administration ». L’ouvrage retrace la pression permanente, quasi hebdomadaire qu’elle subit depuis sa création : les manœuvres de l’administration fiscale, le procès à l’encontre des 27 communes qui ont soutenues financièrement l’association ou encore, les pressions préfectorales et administratives pour écarter EHLG du champ des diagnostics environnementaux des exploitations agricoles. On comprend vite à la lecture du livre noir que l’État ne manque ni d’énergie, ni de moyen. Son acharnement frise parfois le ridicule quand le préfet Phillipe Rey saisit le tribunal administratif contre Behorleguy, une commune essentiellement agricole de 72 habitants.

Le représentant de l’État jugeait que les subventions octroyées par la commune de basse-navarre à l’association EHLG n’étaient pas d’intérêt communal. Son montant voté en 2005, 2006 et 2007 par le conseil municipal de Behorleguy était de 45 Eu. Un déploiement administratif et judiciaire ultra disproportionné au vue de l’engagement financier de la commune en question. L’action en justice suit surtout à la lettre la stratégie d’intimidation permanente de Phillipe Rey.

Michel Tubiana, président d’honneur de la ligue des droits de l’homme a préfacé le livre noir du harcèlement d’EHLG, il explique sa démarche : « Il s’agit d’une atteinte à la liberté d’association, mais aussi une négation de la citoyenneté. Dans ce dossier on instrumentalise les services de l’Etat à des fins politiques ». Derrière lui, de nombreuses personnalités se sont réunies pour condamner les logiques de l’État dans ce dossier. Parmi elles, on compte notamment Albert Jacquart, Stéphane Hessel, rédacteur de la déclaration universelle des droits de l’homme ou Corine Lepage qui sera l’avocate de la défense dans le procès en appel à Pau.

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AGRO-INDUSTRIE JACOBINE

Comment expliquer alors un tel acharnement de l’État ? Nommée Euskal Laborantza Herriko Ganbara, (littéralement la chambre d’agriculture du Pays Basque), l’association aspire à une reconnaissance de la langue basque mais le propos n’est pas ici : « EHLG met à mal le modèle de l’État jacobin, car celui-ci défend un projet d’agriculture intensive, dans le lequel les paysans ne sont pas des acteurs de leur territoire, mais des ouvriers de l’agro-industrie »explique Txetx Etchevrry, coordinateur de la campagne de soutien.

C’est le syndicat ELB, affilié à la confédération paysanne qui a crée EHLG en 2005. L’association répond clairement aux attentes des paysans basques qui, topographie oblige, sont majoritairement engagés dans des logiques de qualité sur des petites exploitations (circuits courts, agriculture biologiques, pluri-cultures…). Depuis qu’elle est née, l’association n’a cessé de croître, d’embaucher du personnel et a même remporté des appels d’offres publiques de diagnostics environnementaux et agraires.

Du coup, la chambre d’agriculture « officielle » de Pau dans les mains de la FDSEA est de plus en plus dans l’ombre du travail pertinent de l’association :« EHLG démontre clairement le manque de réponse adaptée du ministère de l’agriculture à une vraie nécessité de développement durable et d’une autre agriculture » déclare Michel Bidegain, universitaire et un des rédacteurs du livre noir. Si l’association gagne toujours plus de crédit dans la société basque, elle donne aussi des idées aux autres fédérations départementales de la confédération paysanne qui découvrent un moyen de court-circuiter leurs chambres d’agriculture respectives. Les instances de l’État voit d’un très mauvais œil cette auto-organisation de citoyens-paysans car la nouvelle relaxe de l’association EHLG pourrait faire office de jurisprudence et constituer un nouveau modèle de développement alternatif. En attente du procès du 18 février, pour EHLG et son président Michel Berhocoirigoin, l’ambition est pourtant claire : « Nous souhaitons juste continuer à travailler et construire un vrai projet de développement durable pour notre territoire ».

 

Commentaires (1)

1. Philippe 24/02/2010

Tous avec eux,excellente nouvelle!!Les masques tombent,l'Etat est notre ennemi car il défend seulement une logique de propagande délétère à l'environnement et la santé collective!
Bravo à cette association!

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