L’ONU convoque sa réunion anticrise

L'Humanité. 24 juin 2009

Nations unies . Les cent quatre-vingt-douze pays membres se penchent à partir d’aujourd’hui à New York sur la crise, esquissant des pistes alternatives en dépit des réticences des pays riches.

New York (états-Unis),

envoyé spécial.

Les Nations unies sont inquiètes. Toutes les informations qui remontent de leurs différentes agences vont dans le même sens : l’impact de la crise sur tous les aspects du développement humain est déjà très fort et promet de s’intensifier considérablement dans les mois qui viennent. D’où la conférence dite de « haut niveau » convoquée à partir d’aujourd’hui à New York sur ce thème de la crise par le président de la 63e session de l’assemblée générale de l’ONU, le Nicaraguayen Miguel d’Escoto Brockmann.

les prévisions

de croissance revues

à la baisse pour 2009

L’initiative se tient non sans avoir essuyer les réticences et les pressions des participants les plus riches, dont l’UE et les États-Unis, qui ont tout fait pour limiter la portée et « l’aura » médiatique de l’événement, réussissant même à le retarder au dernier moment puisque son organisation était initialement prévue fin mai. Ces « grands » acteurs-là auraient préféré d’évidence poursuivre les discussions sur la crise et surtout sur la question des remèdes à lui apporter au sein du G8 (groupe des huit pays les plus puissants) ou du G20 (le G8 auquel on ajoute les grands pays émergents comme la Chine, le Brésil ou l’Inde). Pourtant il devrait être clair que le niveau réellement pertinent d’élaboration d’une réponse planétaire à une crise elle-même planétaire est bien celui du G192, c’est-à-dire de l’ensemble des pays représentés au sein de l’instance onusienne.

La profondeur inédite de la crise et son impact sur une longue période, en premier lieu sur les plus faibles et les économies des pays déjà marqués par les terribles effets du sous-développement, ne font plus aucun doute aujourd’hui parmi les hauts responsables de l’ONU. Pas plus tard que lundi dernier, la Banque mondiale indiquait qu’elle avait révisé nettement à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année 2009 sur l’ensemble de la planète à - 2,7 % (contre - 1,7 % d’après ses estimations antérieures en mars). Et, le même jour, Olivier Blanchard, économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), affirmait : « Cette crise n’est pas terminée », laissant entendre que la reprise serait lente à se manifester et que le monde n’était pas à l’abri de spectaculaires rechutes.

les huit objectifs

du millénaire : un espoir qui s’éloigne

Au sein du vaisseau de béton et de verre des Nations unies à Manhattan, on voit reculer un peu plus chaque jour avec effarement l’espoir de tenir les fameux huit objectifs du millénaire : réduction de moitié de l’extrême pauvreté et de la faim d’ici à 2015, accès à l’éducation primaire pour tous, promotion de l’égalité des femmes, baisse de la mortalité infantile, amélioration de la santé maternelle, assurance d’un environnement durable, combat contre le sida, le paludisme et autres fléaux.

Toutes les agences spécialisées de l’ONU s’agrippent aux signaux d’alarme les unes après les autres. La crise alimentaire s’étend. D’après les estimations de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture) rendues publiques le 19 juin, la faim dans le monde atteindra son plus haut niveau dans l’histoire en 2009. Quelque 1,020 milliard de personnes (1/6e de l’humanité) sont touchées (lire également ci contre). L’Organisation internationale du travail (OIT) estime qu’à ce rythme la crise va détruire au moins 20 millions d’emplois cette année dans le monde et vient de lancer lors d’une rencontre au sommet à Genève un appel en faveur d’un « pacte mondial pour l’emploi ».

Les défis qui taraudent toute l’humanité aujourd’hui, tant du point de vue de l’accès commun à l’eau, aux savoirs, aux médicaments, à l’énergie, au crédit que de la préservation du climat ou encore de la sécurisation de l’emploi et de la formation, sont devenus tellement cuisants qu’ils resurgissent jusque dans les instances onusiennes pourtant réputées si consensuelles, si peu enclines à la controverse. C’est que de vraies réponses à ces défis relèvent à chaque fois la nécessité d’un dépassement des logiques marchandes et d’une extension comme jamais des services publics du niveau local et national à celui de la planète en passant naturellement (pour ce qui nous concerne, nous européens) par celui de l’UE.

la sacro-sainte rentabilité des marchés financiers

Voilà qui explique les réticences des grandes puissances. Elles, qui privilégient la mise en oeuvre de plans dits de relance ou de régulation dévoués d’abord à restaurer la sacro-sainte rentabilité des marchés financiers, ne voient pas franchement d’un bon oeil que l’ONU, dans sa masse, puisse se faire d’une manière ou d’une autre l’écho de ces nouveaux besoins de l’humanité.

Les pouvoirs de la commission Joseph Stiglitz, du nom du prix Nobel d’économie états-unien, mandaté à l’automne dernier par le président de l’assemblée générale, pour plancher sur la crise et avancer des recommandations pour une nouvelle régulation financière, restent certes bien restreints et les propositions avancées qui vont être examinées ici pendant ces trois jours, demeurent bien « prudentes », teintées encore de beaucoup de concessions à l’égard des logiques marchandes. Il n’empêche : dans les débats un certain nombre d’idées nouvelles se font jour.

Au sein de la commission (voir les interviews de François Houtard et de Pedro Paez), on a abordé l’importance du crédit bon marché pour favoriser la création d’emploi et le développement, l’idée d’une véritable transformation des institutions financières internationales et singulièrement d’un FMI qui ne soit plus sous la coupe directe des États-Unis (ils y disposent aujourd’hui d’un véritable droit de veto) ou même encore la nécessité de faire émerger une devise de réserve mondiale commune à partir des droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI en lieu et place du dollar. On esquisse certes juste l’idée d’une véritable monnaie commune mondiale alternative au billet vert et dévouée à la coopération et non plus à la domination des multinationales US ou du Nord. Mais le débat ne peut que s’aiguiser sur ce point en même temps que se précise l’urgente nécessité d’instaurer des biens communs de l’humanité. Dont… la monnaie.

Bruno Odent

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