La dernière carte de Sarkozy : la guerre ?

Deux articles de Nouvel Hermès sur Sarkozy et la guerre. A méditer...

La dernière carte de Sarkozy: la guerre?

Dans notre imaginaire où se formule le politique, les mythes et l’aura du nom propre l’emportent bien souvent sur la raison et les implications du réel. L’actualité ne cesse de nous le rappeler. Ainsi « l’affaire Polanski » est surtout l’affaire Mitterrand qui commit une énormité, non seulement dans sa défense du cinéaste, mais surtout en prêtant à Sarkozy, les mêmes « sentiments »que les siens.


Nom de Dieu ou du Diable, le nom de Mitterrand traverse notre Histoire proche dans un réel brouillé par l’ambigüité politique pour l’un, dans l’amoralisme pipolisé à l’extrême pour l’autre.On sait combien le Président, imprudent, mit en place ce nom pour semer le trouble, apposer la signature de la gauche et de 68 comme contrat d’allégeance au sarkozisme. Car Frédéric Mitterrand n’est rien qu’un neveu, l’ombre d’une ombre qui n’a cessé de se réchauffer dans la lumière des spots, la fumée des Havanes et les arrière-cours glauques de Patpong ou de Tunis. Qu’on ait pu faire de cette homme un Ministre de la République restera donc une honte pour la France : dans sa défense de Polanski, l’homme s’est dévoilé dans son immoralisme fondamental. Il a oublié qu’il était Ministre, lui qui ne connaît que les titres au détriment de la fonction.

Il se révèle alors, désormais, comme le nerf à vif qui fragilise le système sarkoziste : on peut dire obscènement n’importe quoi, louvoyer entre l’oncle, les cendres de Mickael Jackson et les turpitudes de Polanski, on cherchera vainement de la culture chez cet homme qui, en écriture, ne sut jamais faire autre chose que de se pencher sur lui-même comme une nounou sur son âââme blessée.

Mais cela sied à Notre président pour lequel la culture ne saurait être qu’autre chose que du strass à la hauteur de son blingbling et de sa Carla. La culture de Sarkozy se réduit à la pipolisation comme l’a montré sa volonté forcenée de faire adopter la loi HADOPI. La Culture Mitterrand sera donc celle-là, celle de Voici et de Gala
Mais, enivré par son image, Mitterrand est dangereux : il va jusqu’à impliquer directement son nouveau Dieu dans un dossier qui sent le souffre. Sûr que le Président ne doit pas trop apprécier…

Car pour ce dernier, les fissures s’élargissent. Sa crédibilité s’effrite, les voix discordantes dans son propre camp se font tonitruantes. Ses effets ce cape ne suscitent que rire, indifférence en lieu de scepticisme quand, hier, il eût encore suscité l’enthousiasme de quelques-uns. Quitte à me répéter, tout ceci, à mi-course, ça sent déjà la fin de règne.

Mais la vraie menace pour lui tient non pas tant à ses choix politiques qu’aux tréfonds mêmes de sa psychologie. Avant son élection, JF Kahn écrivait « cet homme est fou ». Une folie avec des éclairs de lucidité qui pouvaient faire illusion en laissant croire à une « vision », laquelle pour ses thuriféraires, s’apparente désormais à un mirage.

Et, surtout, il a commis cette faute majeure qui peut le détruire : Par simple orgueil, par le seul désir de savourer sa puissance, il a lancé une fatwa contre Villepin. Que ce dernier soit innocent ou coupable, qu’importe. Le désir de vengeance l’a emporté sur la raison puisqu’il fallait l’abattre, le déclarer « coupable. »
Sarkozy a toujours cru qu’il pouvait tout faire, dévoyer, acheter, corrompre, parce que pour lui l’humanité se réduit à un monde d’intérêts et sans morale. Dans son cynisme, il s’est refusé à croire que, même à droite, il y a cette exigence morale qui n’est pas toujours une posture, encore moins une imposture, mais bien une conduite pour bien des hommes politiques de tous bords.
On achètera bien un Kouchner ou un Lang et tous ceux qui n’ont jamais perçu la politique que comme des papillons attirés par la lumière. Mais les autres, tous les autres, qui n’ont eu cesse de servir en accord avec leurs convictions, quelles qu’elles soient, ne cesseront de fuir davantage ce Président qui transforme en cendre ceux qui l’approchent.

Alors cette conviction que la justice se courberait à lui dans l’affaire Clearstream peut le briser : Et si les juges - par courage, par honnêteté, par conviction, voire par intérêt à long terme - reconnaissant l’absence de preuves et innocentaient Villepin ?
Et si, donc, Sarkozy perdait ce procès dans lequel il s’est entièrement investi dans son être et sa fonction ?

Il est probable que cette humiliation publique, pour lui qui avait déjà prématurément désigné le coupable serait dévastatrice.
Et son camp ne lui pardonnerait pas cette imprudence d’autant plus que le coupable désigné appartient à la même famille…. Que lui resterait-il ? Brouiller encore les cartes, jouer encore de l’ouverture et du grand écart entre courtisans d’extrême droite comme d’extrême gauche. Mais le jeu n’amuse plus, les commentateurs sont fatigués comme s’ils devinaient déjà la fin de la pièce.

Et tout son avenir repose sur cette question : Et si Villepin gagnait le procès ?
Or le perdrait-il, que par la suspicion qu’il laisserait quant à l’impartialité des juges que, quelque soit le verdict, le « présumé coupable » en sortirait forcément grandi quand l’autre en serait affaibli.Une fois encore Sarkozy n’a pas su prendre en compte le réel, il a cru que les mots, les discours et le glamour pouvaient nous aveugler. On peut s’amuser du spectacle et être révulsé par une cruauté inutile.

Le couffin vide de Dati restera sans doute le symbole du règne de Sarkozy : le mensonge et le paraître. Ceux qui l’ont élu rêvaient sans doute d’autre chose …

Mais il lui reste un atout : le pire.

Son altercation avec Kouchner après son show télévisé doit nous mettre la puce à l’oreille. De même cette nervosité fébrile et cette mine sombre. Quand tout semble perdu, l’Histoire l’a démontré tragiquement, il ne reste plus que la guerre.
Cette dernière carte à jouer, ce serait la guerre avec l’Iran.
Soyons certains que Sarkozy se prépare à cette aventure. Mais, surtout, que nous ne nous en relèverions pas.

Sarkozy: la tentation de la guerre civile.

La guerre civile reste toujours un moment marqué au fer rouge de l’ l’histoire – un tabou, un épisode honteux sans que parfois le citoyen, une fois les cendres éteintes, ne prenne vraiment parti.

Comme si cet affrontement ne ressortait toujours que du nationalisme dans ce qu’il contient de pire : une clôture. Se fermer non seulement au lointain mais aussi aux proches, pour ne pas dire à soi-même. Le barbelé comme symbole de la politique quand celle-ci aurait pu être ouverture à l’autre.

Cette guerre naît le plus souvent sur un terreau nationaliste par ce fantasme de l’identité, celle d’un peuple propriétaire de son sol, de son histoire, de son destin. Mais aussi dans une lutte contre lui-même, quand il ne sait plus qui il est, dans quelle figure il doit s’incarner. Propriétaire et étranger, exproprié et conquérant. Cette guerre ne dit pas son nom, elle ne se montre pas, elle reste invisible et, seules ses victimes la connaissent. Elle n’a rien de glorieux, elle est sans médaille. Elle est toujours perdue.

Ces nationalismes, ils s’activent désormais dans les régionalismes – catalans en Espagne ou « Ligue du Nord » en Italie. Ils ne fonctionnent que sur des prurits égoïstes qui, d’ailleurs, sont aux antipodes de la solidarité européenne. L’Europe, même si elle contestable dans son lobbying de grand marché et dans sa façon de mettre à plat les cultures et les peuples, demeure un vecteur de progrès pour les plus faibles, et, pour les plus riches, un rempart contre les dérives autoritaires de ceux qui rêvent de s’en prendre à toutes les libertés.
On en vient à préférer cette bureaucratie froide et peu démocratique à un pouvoir mégalomane dont le seuil de dangerosité sera un jour franchi.

La guerre civile met en scène l’autre pour créer ce fantasme et s’en nourrit pour réguler des tensions internes. Mais cette guerre, comme la Commune, ou comme hier en Espagne, c’est aussi un peuple qui divorce avec l’histoire qu’on lui impose, un peuple brisé de l’intérieur. Ou une Histoire qui s’achève quand, au sein d’une même nation, deux forces sont irréconciliables : le temps des révolutions. Ou la violence d’un gang vis-à-vis du peuple.

Et si, dans notre histoire contemporaine, nous en élions arrivés à ce point où la droite soldait ses comptes, où le libéralisme ne se souciait plus même de l’idée de nation ni de celle de régionalisme ou de fédéralisme ? Mais que cette droite n’était plus que l’émanation d’un petit clan mafieux fantasmé par quelques électeurs abusés, fascinés, pipolisés, shootés à TF1 ?
En réalité, le libéralisme est trans politique aussi longtemps que le politique le sert, de même qu’il ignore les frontières géographiques quand celles-ci lui fournissent l’esclavage moderne qu’il convient néanmoins de gérer quantativement .

Le libéralisme n’est ni une idéologie ni une doctrine. Il n’est qu’une pratique, amorale, qui n’ignore pas les différences mais, au contraire, s’en nourrit : le riche contre le pauvre, le fort contre le faible…

L’histoire bafouille et le libéralisme n’a rien de politique ; il méprise le citoyen pour ne connaître que celui qui gagne.

Peut-on alors parler d’humanisme, de progrès ? Le libéralisme ne sera jamais qu’un archaïsme, un échange tribal fondé sur la loi ancestrale du plus fort.

La guerre civile est ce point de confrontation entre deux camps qui auraient oublié qu’ils pouvaient coexister, débattre, combattre sans tomber dans la haine d’un affrontement où le vainqueur serait marqué du sceau du terrorisme d’état. Voire se fortifier dans l’affrontement et faire ainsi de la politique un modus vivendi. Or il est à craindre que la droite qui, en réalité, est en état de décomposition, n’active désormais cette vieille recette de la peur et de « l’ennemi intérieur » pour assoir une dictature mafieuse.

.Nous y sommes presque : Aujourd’hui le pitbull de l’UMP, Lefebvre, à propos des votations pour La Poste, déclare : « Les témoignages arrivent chaque jour sur les conditions staliniennes du vote. »

Le même jour, un Sarkozy de plus en plus momifié dans son langage calcifié et son masque de tics, octroie 2 milliards d’euros aux petits patrons pour la plus grande joie du MEDEF. Ah, les assistés ! Qui sont-ils vraiment ? Les plus faibles ? Allons, allons, la farce continue.

Caisses vides, argent pour les banquiers, pour les patrons, le social en berne… Mais qu’importe : provoquons ! Provoquons !

Le même jour, nous apprenons que la réforme des lycées voulue par Darcos et mise aux oubliettes pour cause de risques de turbulences dangereuses dans la rue , est réactivée Que cette réforme se conjuguera avec celle des retraites qui fédérera une autre population… Mettre le feu aux poudres ?

C’est en effet, peut-être, la stratégie de Sarkozy, celle de la tension et de la rue .Et d’une caricature de révolution à réprimer. Et qu’importe s’il ne pourra peut-être pas la maîtriser.
Le rêve d’une guerre pour dominer. Et s’il ne peut la faire, en réserve, ce fantasme de la guerre civile.

Commenter la politique revient inévitablement à figurer l’avenir de manière prédictive. Alors, le printemps sera-t-il chaud ? Oui, sans doute. Et même brûlant, parce que le Monarque saura en tirer les marrons du feu.

Sarkozy a tout intérêt à un printemps incandescent et à une terre brûlée de la politique où il règnerait en maître. Besancenot et Sarkozy ? Avec, au milieu, Cohn-Bendit pour la paix des braves ? Tout est possible, tout est achetable et, l’ennemi, pour son avantage, se taira d’être complice…

Il nous enferme dans un piège. Se battre ou ne pas se battre, il aura gagné.
Parce que le plan s’esquisse déjà : on le verra bientôt.

Les manifestations de lycéens et d’étudiants, les protestations syndicales et, comme par hasard, une réactivation violente des banlieues. Amalgame, état d’urgence, durcissement de la droite, provocations, réflexes de peur, pression sur les citoyens et les médias, dissidents forcément terroristes…

Je prends le pari.
On resservira encore le même plat dans les mêmes gamelles pour un peuple décervelé par TF1. Le désordre, les sauvages, les privilégiés, les fonctionnaires, les assistés d’un côté et de l’autre, les fragilisés, les artisans du marché noir, les restaurateurs de la mauvaise bouffe à TVA réduite, la vraie France, la France introuvable, nostalgique et pétainiste de Pernaut.
Les fantasmes l’emportent sur la réalité. Le réel n’est qu’une matière informe à laquelle seule la perception et, désormais, l’esprit démocratique, donnent sens.

Une bonne guerre c’est un détournement : les poilus de 14-18 sont morts pour rien. Qui a le courage de le dire ?
Une petite guerre pour Sarkozy, civile ou pas, et quelques sacrifiés à ses pieds, quel destin, n’est-ce pas ?

Qui fabriquera ce réel et l’image qui en résultera ? Lui ou Nous ?

Le vieux mythe gaullien de la Résistance se retrouve face à face avec la France pétainiste. Les rats sont de sortie. Sarkozy n’en finit plus de ronger son frein. Disons aussi qu’il se ronge les ongles jusqu’au coude, et que pour se la jouer homme d’action, en bon rongeur, il grignotera ce qu’il pourra à l’ombre des projecteurs. Le pouvoir, l’argent. S’en est-il d’ailleurs jamais caché ?

La démocratie, le débat n'ont plus de place ici : guerre ou guerre civile ?

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