La dette de la Grèce s'est vendue comme un petit pain

Marianne2. 9 mars 2010 par Emmanuel Lévy


La Grèce est pointée du doigt comme un mauvais payeur peu fréquentable, mais les investisseurs se sont pourtant poussés du coude pour souscrire à son dernier emprunt de 5 milliards d'euros, grâce à un très généreux taux d'intérêt de 6,25%. Visite dans les coulisses d'un hold up des marchés.



La dette de la Grèce s'est vendue comme un petit pain


L’information est passée inaperçue. On disait la Grèce proche de la faillite, incapable de rembourser sa dette. Et pourtant, la République hellénique a dû refuser du monde àson guichet. Car on s’est bousculé lors de sa dernière émission de dette, comme le prouve cette note de la banque HSBC (en anglais).

Que nous apprend-t-elle ? Quand seulement 5 milliards d’euros étaient offerts sur les étales, les clients, banques, assureurs et autres hedge funds, en ont réclamé pour 21 milliards ! L’offre a donc été sur-sousrite quatre fois, ce qui est très rare. Ce succès tient en un petit chiffre : 6,25%, soit le taux d’intérêt que va devoir payer la Grèce aux investisseurs détenant cette émission, un taux exceptionnellement haut pour du « papier » libellé en euros. On flirte en effet avec des taux avoisinants le double de celui auquel l’Allemagne s’endette. Tel est le système, ancestral qui ne prête (à bon taux)- qu'aux riches.

« Le prix du risque, mon bon Monsieur. Si le pays fait défaut… », tentent d’expliquer les opérateurs. Vite dit. Il n’y a pourtant aucune ambiguïté sur ce risque: l’Europe ne laissera pas la Grèce faire défaut et encore moins faillite. Bref les investisseurs facturent à la Grèce un risque dont la probabilité de se voir avéré est extrêmement réduite sinon nulle. Comment ont-ils réussit cette performance ? La réponse tient en trois lettre : CDS.

Grâce aux CDS on peut spéculer pour pas cher

Qui a acheté la dette grecque. Source HSBC, en lien
Qui a acheté la dette grecque. Source HSBC, en lien

Un CDS est une sorte d’assurance souscrite par un investisseur sur le risque de défaut d’un emprunteur. Et qui dit assurance, dit prime... Comme tous les produits dérivés, l’évolution de son cours et celui de son sous-jacent (le produit dont il est dérivé) sont intimement liés. Or on peut les faire grimper avec très peu de volumes et très peu de moyens car c'est un marché relativement petit, voir minuscule... Son principal intérêt ? Faire la loi sur les prix de son sous-jacent. Bref, dès que les CDS grecs montent, les analystes et les médias cèdent à la panique et font la surenchère de  titres accrocheurs : "Les CDS grecs flambent, la Grèce bientôt en faillite".

Prenons un exemple pour mieux comprendre ce mécanisme des CDS. Imaginez que le contrat d’assurance incendie de votre maison soit à vendre. Dans ce modèle, la dette grecque est la maison, et le CDS l’assurance incendie. Si la maison brûle, autrement dit si la Grèce fait défaut, l’assurance rembourse la perte, la valeur de la maison. Du coup, si le cours de votre contrat d’assurance revendu sur le marché secondaire, comme c’est le cas des CDS, augmente, cela traduit la perception que votre maison est davantage menacée par un incendie entraînant sa valeur à la baisse. Idem pour la dette grecque. Et faisant monter le prix des CDS, les spéculateurs font fondre la valeur de la maison. Pour les Grecques, il faut désormais fournir plus de service, c’est-à-dire servir un taux d’intérêt plus important pour attirer de nouveau les investisseurs. Ce taux est aujourd’hui de 6,25%... Un miracle de la nature, puisque la plupart des institutions qui ont souscrit à l’offre peuvent s’endetter auprès de la banque centrale à 1%.
Qui ne jouerait pas ce jeu ?
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