La dynamique culturelle dans le Lot, c'est de la dynamite !

Source : La Roulotte de février, mis en ligne le 26 février 2014


Le dossier de la Roulotte du mois de février est consacré à la culture dans le Lot, donc en milieu rural. Il est excellent, même si l'on regrette un peu qu'il n'y ait eu mot dans le cadre de ce dossier sur la Compagnie Choeur d'Artichaut à Saint-Paul-de-Loubressac, Un train peut en cacher un autre dans le Sud de la Bouriane, ou encore Arts Scènes et Cie et Art'zimut du côté de Saint-Céré.  Précipitez vous donc sur votre point de dépot habituel pour vous procurer, si ce n'est déjà fait, le seul mensuel consacré à la culture dans le Lot : La Roulotte (gratuit)

Culture salle latronquiCes dernières années dans nos villages, des salles de spectacles ont été construites ou rénovées, d'autres sont à l'étude. Mais quelles saisons culturelles pour les faire vivre et qui pour les porter ? Heureusement, les élus peuvent compter sur le dynamisme et l'engagement des acteurs culturels (associations, compagnies...) qui viennent donner une consistance à ces projets.

Texte & photos : Angélique Garcia / Derrière le Hublot / Association Des Clous

D'un coin à l'autre du département, les projets de saison culturelle prennent diverses formes. A Cahors et à Figeac, ils sont menés par les instances publiques - la Ville et le Grand Cahors pour la première, la communauté de communes pour la seconde. Dans le petit village du Vigan, située à 5 kilomètres de Gourdon, la municipalité encadre elle-même, via sa commission culture, la programmation de l'Espace Jean Carmet, grande salle de spectacles de plus de 400 places. Si, dans les villes, les mairies et les communautés de communes gèrent de A à Z ces saisons autour du spectacle vivant, il est de plus petites communes où le politique peut compter sur le dynamisme et les compétences des compagnies et des associations.
A Saint-Céré par exemple, c'est la compagnie Opéra Eclaté qui est Centre National de Production de Théâtre et Théâtre Musical qui, entre autres missions (festival de Saint-Céré, festival de Théâtre de Figeac, travail artistique...), propose tous les ans ce qu'elle appelle la Saison d'Hiver en Pays de la Vallée de la Dordogne lotoise qui court de septembre à juin.
Sur le territoire du Parc naturel régional des Causses du Quercy, c'est l'association du même nom qui encadre les Causseries, programme de manifestations en tous genres (culturelles, artistiques, patrimoine, citoyennes...) et la saison itinérante Itinéraires Bis avec le Pays Bourian.


Une future salle à Limogne

Culture sdf limogneA Limogne, après trois années passées aux commandes d'une saison culturelle, Gael Macho de la compagnie Artaem a passé le flambeau. A présent, ce sont Christophe Merle de la compagnie Les Voix du Caméléon et Olivier Berthelot de l'association l'Usine à Kroquettes qui ont la responsabilité d'animer la saison 2013-2014 dans ce village de 800 âmes. Les Voix du Caméléon qui, par ailleurs, organisent le festival Les Passagères à Beauregard et l'Usine à Kroquettes qui administre une saison de spectacles pour le compte de la communauté de communes du Pays de Lalbenque.
Financièrement, le projet est porté par l'équipe municipale. Depuis septembre 2013 jusqu'à mai prochain, ces deux structures assurent - en binôme car « le projet serait trop lourd à supporter seul » - la programmation d'un spectacle par mois. Cette mission, ils doivent l'accomplir au moment où la commune a le projet ambitieux de transformer la salle des fêtes en une salle de spectacles de 165 places assisses avec la possibilité d'accueillir des équipes artistiques en résidence. C'est donc un grand défi pour ces deux structures qui ne disposent pas de lieu d'accueil pour les spectacles à cause des travaux de la future salle.
« Ça amène à faire les choses autrement, expriment les deux hommes. L'idée est de réfléchir à proposer du théâtre à domicile, de trouver d'autres lieux possibles, des partenariats avec d'autres associations qui organisent des évènements... ».
A propos du nouvel espace, Christophe Merle et Olivier Berthelot attendent des élus qu'ils se positionnent sur un tas de questions essentielles : « Que va-t-on faire d'un équipement comme celui-ci? », « Quelles perspectives lui donne-t-on? », « Quels moyens peut-on lui accorder pour le fonctionnement? ». Selon eux, « il en va de leur engagement ». Or, le contexte politique actuel (changement d'équipe municipale en 2014 et réforme de la carte des intercommunalités) ne favorise pas un positionnement clair. « Il y a des acteurs impliqués d'un côté et un redécoupage politique de l'autre (Limogne rejoint la communauté de communes de Lalbenque), il faut en profiter pour avoir une réflexion globale et regrouper » soutient Christophe. L'enjeu est donc important.

Sans contrainte si ce n'est celle du budget, les deux structures qui sont libres dans le choix artistique, établissent au fur et à mesure une saison 2013-2014 qui se veut pluridisciplinaire. « Nous voulons élargir le public sur des propositions qui ont du sens et avec une logique de développement local en faisant travailler des entrepreneurs d'ici et en créant des passerelles » expliquent-ils. Aussi, l'idée est de construire un moment pour chaque date : « La programmation sèche, ce n'est pas pour ici, il faut créer un temps de convivialité autour de l'assiette, un temps à construire qui ne soit pas uniquement consommatoire ».


L'Art en Sort "cultive" Latronquière

Culture lart en sort 610x452La salle des fêtes de Limogne avant une soirée cabaret Sur l'une des plus petites communautés de communes du Lot, le Haut-Ségala (2 500 habitants), au village de Latronquière où sont recensées 550 personnes, c'est aussi une association qui encadre depuis 2011 une saison culturelle. L'Art en Sort est son nom. Le point de départ : la mise en place, en 2011, d'un projet Pôle d'Excellence Rurale qui a permis la création d'une nouvelle salle. Séduits par les perspectives qu'ouvrait cet espace, quelques habitants ont demandé à assister aux réunions municipales. « Ils ont un peu forcés la main aux politiques pour qu'il y ait une programmation culturelle, expliquent Michel Wazana, président de L'Art en Sort et Béatrice Caman, secrétaire adjointe. C'est grâce à eux si ce n'est pas devenu une simple salle des fêtes ». Après une formation, ils ont créé l'association qui compte aujourd'hui 10 membres et 78 adhérents. Celle-ci dispose de la nouvelle salle de 253 places assises (plus de 300 debout) et y établit depuis trois ans une saison annuelle. Pour cela, elle peut compter sur les subventions de la mairie, la région, la communauté de communes et quelques mécènes.
C'est dans une dynamique de partage et autour d'une programmation éclectique que L'Art en Sort répand la culture dans les contrées rurales du nord-est du département. A raison d'un à deux spectacles par mois, sans compter les séances de cinéma mensuelles de Ciné Lot (les premiers vendredis du mois), l'association mise sur la qualité. Dernièrement, on a pu y voir la Mala Reputacion qui marie la poésie de Brassens et la musique de Reinhardt, le one woman show de Nicole Ferroni ou encore le trio Orlando. De plus, « on essaie au maximum de faire venir des compagnies lotoises » commente Michel Wazana. Soucieux de sensibiliser le public scolaire, l'Art en Sort tâche de programmer deux spectacles par saison avec l'ADDA (Association pour le Développement des Arts) qui met en place des actions de médiation avec les écoles. Pour le président, « c'est un challenge de remplir les salles dans les villages. Quand on arrive à faire 160 entrées, on est heureux ! ».
La réalité est autre à Théminettes où la salle de spectacles, également rénovée en 2011, n'a pas de saison culturelle mais seulement quelques évènements organisés ponctuellement par des associations locales. En milieu rural, la question culturelle représente donc un véritable défi que les politiques choisissent ou pas de relever, seuls ou en symbiose avec les acteurs culturels. Le risque étant que les salles de leur territoire, qu'ils font sortir de terre grâce à divers programmes de financement, soient des espaces arides.


A Livernon & Théminettes, NICHE DES CLOUS

Culture asso des clousSi elle fait voyager ses créations/productions en France et à l'international, l'association Des Clous, spécialisée dans le cirque actuel, désire se recentrer au niveau local. « Dans l'idéal, nous cherchons comment travailler ici au quotidien » confient le circassien Rémi Luchez et la chargéede production Mathilde Ménand, les fondateurs de l'association. Habitant Théminettes où depuis 2011 une salle de spectacles a été rénovée, ils imaginent pouvoir investir ce lieu par le biais de résidences par exemple. Une opportunité pour le village de faire vivre cet espace sous-exploité et pour lequel il n'y a pas réellement d'interlocuteur culturel.
Installée depuis août 2010 à Livernon, l'association Des Clous est née de l'envie de faire vivre des projets de cirque et de théâtre acrobatique autour de l'équilibre.
« C'est un outil à l'intérieur duquel chacun de nous fait ce qu'il veut, nous voulions nous laisser beaucoup de liberté » explique Mathilde qui réalise un travail de production (recherche de financement, de lieux de résidences et de diffusion). Son rayonnement est national, et le choix des projets accompagnés se fait en fonction des affinités. Le circassien Rémy y fait un travail de création artistique. A l'heure actuelle, Des Clous a produit deux spectacles : "Nichons là" de Rémi Luchez et Olivier Debelhoir (également à l'origine du projet, qui l'a quitté depuis) et le duo suspendu "Capilotractées" de Sanja Kosonen et Elice Abonce Muhonen ; et en diffuse un autre, "Miettes" de Rémi Luchez. Le succès de celui-ci joué à guichet fermé dans la salle des fêtes de Théminettes le 17 janvier dernier témoigne de l'intérêt de la population pour ce type de propositions artistiques.

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