La gynécologie médicale en danger

L'Humanité. 24 juin 2009

La suppression d’un amendement inscrivant dans la loi le droit d’accéder au gynécologue, sans passer par le médecin traitant, suscite les plus vives craintes.

La gynécologie médicale est une spécialité en passe de disparaître. C’est du moins ce que laisse craindre la loi hôpital, patients, santé, territoire (HPST). Alors qu’un amendement du Sénat entérinait l’accès direct, sans passer par le médecin traitant, à plusieurs spécialités, dont la gynécologie, l’ophtalmologie et la psychiatrie, la commission mixte paritaire, chargée d’élaborer une version finale du texte, a rayé cette avancée au motif que le maintien de l’accès direct au gynécologue aurait un effet « désincitatif » sur le parcours de soins. Et, qui plus est, cela « coûterait » 20 millions d’euros. À quoi correspond ce chiffre ? Personne ne le sait. Mais pour le Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM), une chose est sûre : on assiste à un « recul pour le droit et l’accès aux soins des femmes ».

« Ce que nous espérions, c’est que l’accès direct aux gynécologues, sans passage par le médecin traitant, soit inscrit dans la loi et non plus soumis aux aléas de la convention médicale », explique Nicole Bernard, une militante de l’association. Actuellement, l’accès à cette spécialité est régi par un décret de novembre 2005 qui instaure un libre accès, notamment pour le suivi et le dépistage gynécologique. À la condition toutefois de mentionner un médecin traitant, sous peine de ne pas être entièrement remboursé de la consultation par la Sécu. Le refus de l’inscrire dans la loi Bachelot laisse craindre que cet accès direct soit remis en question, à la faveur d’une future renégociation de la convention médicale. « Nous n’avons aucune garantie de pérennité », résume Noëlle Mennecier, coprésidente du CDGM, qui lance un cri d’alarme et une pétition. « Le retrait de cet amendement contribue à la médecine à deux vitesses, qui est la logique même de la loi Bachelot », dénonce la sénatrice communiste Nicole Borvo.

Les militantes du CDGM voient dans la loi HPST d’autres motifs d’inquiétude pour l’existence même de la spécialité de gynécologie médicale. Ainsi de l’introduction de délégations de compétences permettant aux sages-femmes et aux pharmaciens de pratiquer des frottis et des IVG médicamenteuses pour les premières, de délivrer des ordonnances contraceptives pour les seconds. La pénurie organisée de professionnels alimente aussi les craintes. À raison de 20 à 30 internes formés par an, il ne restera en 2010 que 1 000 gynécologues, 600 en 2015 et 180 en 2020.

A. C.

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