La haine de la Culture

Agoravox. 10 décembre 2009 par Nouvel Hermès

Souvent entend-on, en sourdine, cette drôle de musique qui répugne à se mettre en parole mais qui laisse sourdre une « haine de la culture ». Et ce refrain là, par capillarité, ne cesse de résonner aussi bien dans la société qu’en politique : « les intellos, la culture… »
Parlons-en justement de cette « arlésienne » omniprésente mais en vérité si inexistante, de cette culture idolâtrée pour les apparences et vomie dans sa réalité, vilipendée par la droite extrême pour son élitisme supposé mais aussi par le clan écologique parce que la philosophie comme la science leur posent des questions auxquelles ils ne peuvent répondre que de façon simpliste ou religieuse. De façon pulsionnelle ou dévote. Cette culture qui s’est insidieusement dissoute dans la passivité et l’hypnose du spectacle…
Et cette haine de la culture ne cesse de se diffuser davantage dans la société par le biais de la bêtise starifiée qui investit tous les médias, de la télévision jusqu’à la presse dite « sérieuse ». Elle s’est emparée de ce qui faisait la grandeur du politique et ce qui donnait sens à la démocratie. Et le berlusconisme comme le sarkozisme sont devenus l’expression contemporaine du triomphe de l’abrutissement des masses !
A chaque jour son symptôme. Ainsi Martin Hirsch, le trublion officiel de la « pensée » sarkoziste vient-il au secours de son maître pour justifier la suppression de l’Histoire-Géographie en Terminale S. Sans dire que cette discipline, parce qu’elle consacre une réflexion sur le temps et l’espace, ouvre aux fondamentaux de la philosophie et que le monde de la consommation se doit de liquider toute pensée critique pour faire défiler dans ses caisses des troupeaux dopés aux hormones de la publicité et de l’addiction matérielle.
Quel rapport avec l’abrutissement populiste ou écologiste ? Ne surtout pas penser mais croire ! Suivre le troupeau ! Appartenir à l’espèce. Se raccrocher plus à l’animalité qu’à l’humanisme.
Cette haine de la culture a d’ailleurs obtenu son Ministère en la personne de Frédéric Mitterrand. Lequel n’est qu’un Ministre du Show Bizz. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait défendu Roman Polanski mais qu’il se soit défilé devant les attaques contre Marie NDiaye. Le milieu du cinéma du cinéma est tellement plus « culturel » que celui des écrivains ! Car la culture sarkoziste n’est qu’une coque de strass vidée de tout contenu, c’est du Carla Bruni, du vide sirupeux. Et son Ministre qui aurait voulu être écrivain n’aura donc commis, pour toute œuvre, que quelques phrases pompeuses dans la contemplation, entre autre, de son nombril.
Car la culture serait donc désormais cela : une vague mélodie sans voix, du sexe à défaut de pensée, et tout ce qui brille, tout ce qui s’applaudit, tout ce qui agglomère le rire ou les larmes, tout ce qui est sensiblerie, facilité, paresse de l’esprit.…
 Pauvres enseignants ! Vous ne serez plus bientôt que les souvenirs d’une culture momifiée, des marionnettes pour faire croire en l’illusion d’un savoir et d’une pensée qu’on ne cessera de dévaluer pour transformer l’humain en machine à fabriquer et à consommer.
Alors, pour faire bonne mesure, on privilégiera la « création » à la pensée : la « création » devenue l’alibi mercantile du n’importe quoi décrété « art ». Nulle doute qu’il n’y ait désormais d’autre mirage dans l’hypothèse farfelue d’une « politique culturelle ». 
Car la fin de la culture c’est aussi la fin du politique.
(Tableau de Pieter Brueghel l’Ancien : Retour du troupeau.)

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