La Loppsi fera la fortune des réseaux de pornographie infantile

Rue89. 1er février 2010 par Fabrice Epelboin

Hadopi, Loppsi : la combinaison des lois cherchant à « réguler » Internet pourrait, si l'article sur le filtrage du Net contenu dans la Loppsi était adopté, faire des réseaux pédophiles la première cybermafia à amasser des fortunes colossales sur la Toile.

C'est l'effrayante conclusion de la première et seule étude sur le commerce de la pédopornographie qui soit sortie à ce jour. Car si des rapports alarmistes ont déjà été rendus sur les effets de bord du filtrage, curieusement, personne n'avait jusqu'ici pris le temps de s'intéresser aux modes de distribution de la pornographie enfantine.

Téléchargez le rapport

Validée par des experts comme Hervé Recoupe, le directeur d'enquête de la gendarmerie nationale en charge de l'opération Némésis ou Tom Morton, expert en sécurité informatique auprès des tribunaux anglais dans les affaires de cyberpédophilie, cette étude expose dans le détail l'évolution, ces dix dernières années, du commerce de la pédophilie. (Téléchargez le rapport)

Disponible depuis le 29 janvier au sein d'un livre réunissant ces différents témoignages, ce rapport circule depuis plusieurs jours au sein du Parlement et dans les ministères concernés.

Le fait que le filtrage n'empêchera nullement les consommateurs de pédopornographie d'accéder à de tels contenus ne surprendra personne, ce n'est d'ailleurs pas l'objectif de la loi Loppsi, qui vise à empêcher le simple internaute de tomber sur ces contenus « par hasard ».

L'impossibilité, lors d'un surf sur Internet, de tomber « par hasard » sur ces contenus n'étonnera pas non plus les utilisateurs du Web : par nature illégaux, ces contenus sont particulièrement difficiles à trouver et ne sont pas référencés dans les moteurs de recherche dont ils se cachent.

Champ libre aux réseaux professionnels de pédopornographie

Le problème se situe en réalité là où on ne l'attend pas : ce sont les conséquences de la combinaison d'Hadopi et de la Loppsi qui auront sous peu des répercussions terrifiantes sur la Toile.

Le filtrage aura comme conséquence d'éradiquer les communautés basées sur le partage et l'échange de pédopornographie sur Internet, et laissera le champ libre aux professionnels de la distribution qui, eux, ont mis au point depuis longtemps des dispositifs technologiques et marketing parfaitement à l'abri du filtrage.

Un véritable réseau parallèle, isolé de l'Internet que nous connaissons, constitué de milliers de machines relais, toutes louées sous de fausses identités et parfaitement résilientes à toute attaque -tout comme le réseau Internet à qui il emprunte bon nombre de technologies-, sert à distribuer des contenus pédopornographiques depuis déjà de nombreuses années.

Des sites éphémères, d'une durée de vie se comptant en heures, servent de passerelles vers ce réseau parallèle, et disparaissent avant que tout filtrage ne puisse être effectif. Pour y générer du trafic et attirer des consommateurs, la solution est, elle aussi, parfaitement à l'abri du filtrage : le spam.

Une cybermafia rodée et efficace

La mafia qui a mis sur pied ce dispositif est née suite à un effrayant assemblage de compétences. Elle est apparue en Russie où, illégalité et clandestinité de la pornographie oblige, les professionnels du marketing du X, qui ont toujours été les plus pointus du secteur, se sont retrouvés avec, pêle-mêle, des falsificateurs d'identité, des voleurs de numéros de cartes de crédit, des hackers mal intentionnés et des producteurs de pornographie infantile.

La première conséquence du filtrage des contenus pédophiles aura comme effet, en France comme ailleurs, de professionnaliser sa distribution. Mais ce n'est pas, loin s'en faut, le plus grand danger que le filtrage représente.

Annoncé lors des vœux à la culture en début d'année et déjà voté en Espagne, le filtrage des sites donnant accès à des contenus piratés est, à n'en pas douter, la prochaine étape du filtrage d'Internet en France. Les différents représentants des ayants droits n'ont d'ailleurs jamais caché leur intention de réclamer, à leur tour, l'utilisation des technologies de filtrage pour protéger leurs intérêts.

Même conséquence pour le piratage de films et de musique

Les effets du filtrage sur les contenus piraté seront identiques à celui des contenus pédopornographiques : net recul des communautés basées sur l'échange et progression fulgurante de la distribution clandestine par des moyens professionnels évoqués plus haut.

Sous peu, nous verrons apparaître, à destination du grand public et basés sur les mêmes dispositifs techniques et marketing que les offres de pédopornographie, des spams vous proposant, pour un prix défiant toute concurrence, de la musique ou du cinéma.

Les seuls à disposer aujourd'hui de ces technologies, éprouvées depuis maintenant longtemps, sont les cybermafias qui vendent aujourd'hui de la pornographie enfantine. Le filtrage est pour eux une excellente nouvelle : il va faire en quelques années leur fortune de la même façon que la prohibition, il y a presque 100 ans, a fait la fortune et la puissance de la mafia italo-américaine.

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