La pauvreté augmente en France

Collectif invisible. 18 octobre 2009 par Christian Durand

Lendemain de la Journée Mondiale de la lutte mondiale contre la pauvreté mondiale

La pauvreté en France remonte 
Entre 2004 et 2007, 600 000 personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté, selon les nouveaux chiffres de l'Insee.

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Magazin "par terre" (photo piratée mais non retouchée)

L'Insee vient de publier les chiffres sur l'évolution du taux de pauvreté en 2007. On les attendait avec une certaine impatience pour pouvoir confirmer le soupçon : le taux de pauvreté est en train d'augmenter en France. Alors que, entre 1990 et 2004, on avait assisté à une lente diminution de la part de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté - passée de 13,8 % à 11,7 % -, celle-ci est remontée à 13,1 % en 2006. Toutefois, cette progression était principalement due à la prise en compte, depuis 2005, de la totalité des revenus du patrimoine : en faisant augmenter le niveau de vie médian [1] , ce changement de méthode faisait augmenter mécaniquement le seuil de pauvreté (fixé à 60 % du niveau de vie médian). Difficile donc de comparer l'avant et l'après.

Rétropolation

L'Insee a donc procédé à une « rétropolation » : à partir des données dont l'Institut dispose (sur les revenus du patrimoine et sur la répartition des différentes sortes de patrimoine selon le niveau de revenu des ménages), il a réévalué les séries antérieures de façon à rendre comparables les évolutions, en éliminant les variations dues uniquement à un changement de méthode dans la mesure.

8 millions de pauvres

Le résultat est sans appel : en 2007, le taux de pauvreté est passé à 13,4 %, soit + 0,7 point depuis 2004 : une progression qui dépasse largement la marge d'erreur envisageable pour ce type d'enquête.

900 euros par mois

Parmi les populations les plus pauvres, une fraction croissante de la population vit donc au-dessous du seuil de pauvreté, fixé à 908 euros pour une personne seule, 1 362 euros pour un couple sans enfant, 1 907 euros pour un couple avec deux enfants. Au total, 8 millions de personnes (vivant dans 3,5 millions de ménages) vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté, alors qu'il y en avait 7,4 millions en 2004. En trois ans, 600 000 personnes supplémentaires ont donc basculé dans la pauvreté monétaire.

Le travail rend pauvre

Cette rupture avec la tendance antérieure est d'autant plus inquiétante qu'elle s'est produite pendant une période où, dans l'ensemble de l'économie, les indicateurs étaient plutôt au vert. Entre 2004 et 2007, le nombre de chômeurs [2] est passé de 2,4 à 2,2 millions en moyenne annuelle, tandis que le nombre d'allocataires de minima sociaux (France entière, alors que les chiffres de la pauvreté ne concernent que la métropole) a diminué : - 70 000 pour le RMI, - 20 000 pour l'allocation de solidarité spécifique (ASS), - 35 000 pour le minimum vieillesse. Ce qui veut dire que de plus en plus de pauvres ne relèvent pas des minima sociaux et tirent donc leurs revenus principalement de l'emploi (Voir « Quand le travail rend pauvre », Alternatives Economiques n° 282, juillet-août 2009.).

Un objectif difficile à atteindre

La remontée actuelle du chômage risque d'accentuer encore cette tendance - même si la crise, en faisant diminuer le niveau de vie médian, fera également baisser le seuil de pauvreté exprimé en euros constants. Le pari de Martin Hirsch - faire baisser d'un tiers le nombre de personnes en situation de pauvreté entre 2007 et 2012 - semble donc mal parti, en dépit du choix du haut commissaire de retenir, comme indicateur, un seuil de pauvreté dit « ancré dans le temps ».

Extrait de la Lettre d'Info d'Alternatives Economiques, le 16 octobre 2009, en ligne.

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