La Terre n’est plus une marchandise

Source : Friture. Une contribution de Nelly

Publié le 25 février 2009

La Terre : cette ferme au nom évocateur, c’est 170 hectares d’un seul tenant sur les Causses du Quercy, dans le Lot, au centre desquels trônent quatre magnifiques bâtisses de caractère.
Une pièce de choix pour bon nombre de convoitises : résidence secondaire, gîte, chasse clôturée… au détriment du maintien de l’agriculture locale, qui pâtit déjà durement d’un accès au foncier de plus en plus difficile.

Lorsqu’en 2001 Jean-François Réveillac apprend que cette propriété, sur laquelle il est en fermage, va tomber sous la coupe de la spéculation immobilière, il voit la pérennité de son activité agricole compromise, pour lui et les générations futures. « Quelle capacité a aujourd’hui un fermier, qui travaille depuis vingt ans, à racheter sa ferme, s’interroge-t-il ? Aucune, compte tenu du contexte foncier ». On s’en doute, le prix demandé pour la Terre est une barrière incontournable pour toute proposition d’achat de la part d’un agriculteur local ; la flambée des prix immobiliers occulte la valeur du terrain agricole.

Ainsi menacé sur l’intégralité de son outil de travail, il choisit la voie de la résistance, en rassemblant quelques amis autour de l’association « Vivre sur les Causses ». Son rôle va être d’animer et de porter une démarche de rachat collectif. Des parts à 100 € sont proposées, à verser sur un compte bloqué en attente de la procédure d’achat. Un important noyau local, mais aussi des participations venues de la France entière, se mobilisent. Si quelques rares élus locaux s’impliquent dans la démarche, l’absence des collectivités territoriales sera remarquée.

En janvier 2009, après plusieurs années de combat juridique et de quête financière, l’association « Vivre sur les Causses » a réussi son pari : maintenir ces lieux à leur vocation première, l’agriculture, en rachetant la Terre.
L’intervention de la Foncière « Terre de liens », outil d’investissement solidaire (www.terredeliens.org), a permis de concrétiser cette acquisition, en complétant avantageusement les souscriptions de plus de 500 personnes, et surtout en apportant un portage juridique adapté. Désormais, c’est la Foncière, propriétaire des lieux, qui loue la ferme, autour d’un projet réunissant l’épargne solidaire, l’installation de jeunes agriculteurs (un jeune couple, Sabine et Stéphane, ont rallié le projet de la Terre depuis 2006) et, bien sûr, un projet agricole durable (production biologique, circuit court…).

La Terre est un cas d’école pour le Quercy, qui a besoin de démontrer l’existence de nouveaux possibles en matière de gestion et de transmission du foncier.
Le mérite de l’association « Vivre sur les Causses » a été et sera sûrement encore de mettre en débat public le devenir du causse lotois et de son agriculture. Une démarche qui déjà fait des petits : à quelques kilomètres de là, sur la commune d’Aynac, Adeline et Olivier, déjà installés sur une ferme de 12 hectares, font appel à la solidarité pour louer des terres supplémentaires, afin de pérenniser leur activité. Pour mieux connaître leur projet et les soutenir, contactez-les au 05 65 40 07 68 (ou Patrice Roy, de Terre de liens Midi-Pyrénées, au 05 53 59 57 70 – mp@terredeliens.org).

Christophe Pélaprat

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