Le chantier de l'EPR finlandais continue de peser lourdement sur les comptes d'Areva

Le Monde. 2 septembre 2009 par Jean-Michel Bezat

Olkiluoto restera un nom maudit pour le groupe français Areva. Quatre ans après son lancement, le chantier finlandais du réacteur EPR dit "de troisième génération" continue de plomber ses résultats. Le numéro un mondial du nucléaire a annoncé, le 31 août, un bénéfice net en baisse de 79 % au premier semestre - 161 millions d'euros contre 760 millions au 1er semestre 2008 - en raison d'une nouvelle provision de 550 millions d'euros. Celle-ci porte la couverture du contrat finlandais à 2,3 milliards d'euros pour un EPR initialement vendu 3 milliards au groupe d'électricité TVO.

"On a considéré que le comportement de TVO ne s'infléchirait peut-être pas", a indiqué la présidente du directoire d'Areva pour justifier cette provision. Anne Lauvergeon n'exclut pas "des délais supplémentaires". Ni même, c'est une première, la suspension du chantier si son client refuse une nouvelle offre. Après la fin des travaux de génie civil et la pose du dôme du réacteur dans quelques jours, le consortium Areva-Siemens doit entamer l'installation de la cuve, des générateurs de vapeur, des pompes et de toute la tuyauterie. Un montage sensible sur lequel l'autorité de sûreté nucléaire finlandaise, Stuk, va exercer un contrôle pointilleux. Or, "le comportement de TVO nous empêche d'aller à la vitesse que nous voulons", affirme Mme Lauvergeon - ce que son client réfute. Mais Areva assure qu'il faut encore onze mois en moyenne à TVO et Stuk pour valider les documents qu'il leur transmet au fur et à mesure que la construction progresse, alors qu'ils s'étaient engagés sur un délai de deux mois. De la plus petite valve aux énormes générateurs de vapeur, ce sont 10 000 pièces et 100 000 documents d'ingénierie qui doivent passer au crible de Stuk.

ARBITRAGE

Avant de lancer cette deuxième phase, Areva réclame des engagements formels de TVO sur la façon de la mener à bien "tant en termes de délais que de coûts", a prévenu Mme Lauvergeon, qui ne peut s'engager ni sur le prix final ni sur le calendrier. L'EPR d'Olkiluoto, qui devait entrer en service courant 2009, a pris trois ans de retard. Et tout indique que ce retard va croître. A ce rythme, celui qu'EDF construit sur le site de Flamanville (Manche) pourrait être raccordé au réseau fin 2012, avant celui d'Olkiluoto.

Areva a engagé une procédure d'arbitrage à Paris, devant la Chambre internationale de commerce. Il réclame 1 milliard d'euros au titre de la période 2004-2006 tout en examinant des réclamations pour 2007-2008, mais aussi 400 millions pour non-respect du changement des termes du contrat sur les délais. De son côté, TVO demande plus de 2 milliards de pénalités de retard.

Ce n'est pas, pour autant, la mort de l'EPR, comme l'affirme le réseau Sortir du nucléaire en évoquant "les flops des chantiers" et "les accusations de corruption contre Areva et EDF" en Chine. "Il est désormais possible que les projets d'EPR soient annulés par les autorités chinoises", affirme-t-il.

Réplique d'un porte-parole d'Areva : le retard dans le coulage du premier béton de l'EPR de Taishan (Chine) est dû à des raisons climatiques et administratives, non aux récentes poursuites pour corruption engagées contre le patron de la China National Nuclear Corporation (Le Monde du 12 août 2009). Kang Rixin n'a pas pu favoriser Areva, puisque sa société a précisément choisi le modèle concurrent AP 1 000 de Toshiba-Westinghouse, ajoute-t-il. Pour l'heure, seuls quatre EPR sont en construction dans le monde (France, Finlande, Chine). Mais plusieurs groupes d'électricité sont intéressés (Royaume-Uni, Etats-Unis, Inde, Abou Dhabi, Italie...).

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