Le chanvre dans le Lot

Le Lot en Action. 21 juillet 2009

Rencontre avec Pierre Amadieu par bluboux

Sous un hangar perdu dans un hameau sur les hauteurs de Lacapelle-Marival, on entend de « droles » de bruits : ça tape, ça cri, ça bouge. Et quand le groupe électrogène démarre, une machine monstrueuse, dissimulée derrière des balles de paille de chanvre, se réveille dans un bruit assourdissant. Pierre est aux commandes.
Ce personnage hors du commun, jeune « quadra » aux yeux bleus qui illuminent un visage souriant, est à l'origine du projet de développement de la filière du chanvre bio dans la région. Depuis le début des années 2000 il a conduit la réflexion de la culture du chanvre,, effectué ses premiers semis , convaincu d'autres agriculteurs sur les intérêts de cette culture ancestrale, étudié les débouchés et mis en place une véritable stratégie de développement durable, conciliant l'aménagement du territoire, la fabrication et la distribution d'agro-matériaux et de produits agro-alimentaires, le tout en filière courte en évitant ainsi les coûts de transport.


Et quand il explique son projet, il est convainquant le bougre ! L'idée est simple et tout simplement géniale. Il a convaincu de nombreux agriculteurs, les institutionnels, des artisans, des associations, des distributeurs, des industriels, des auto-constructeurs, bref une mul  titude de monde en créant le potentiel d'une dynamique locale inébranlable. 
Tout est prêt, les agriculteurs en premier lieu, avec encore une cinquantaine d'hectares cultivés cette année dans le Lot et vingt
contrats renouvelés.
Un fabriquant industriel d'isolant dans le Tarn qui attend avec impatiente de pourvoir commencer et mettre en place une ligne de production.
Les artisans qui devant la demande croissante de matériaux sains ont compris l'intérêt d'une filière courte, locale et bio par-dessus le marché (la chenevote étant normée et référencée comme matériaux isolant, avec formations pour les artisans leur ouvrant la couverture de la garantie décennale par leur assureur).
Les distributeurs de produits alimentaires et cosmétiques bio.
Mais il y a un hic, une épine dans le pied, un maillon manquant : la machine mobile capable de transformer les tiges de chanvre en chénevotte et en fibres n'est pas encore opérationnelle. Et cela fait huit ans que Pierre s'échine à la mettre au point. Il y passe presque tout son temps et a vendu ses terres pour pouvoir conduire ce projet à son terme.
En voyant cette « ligne de transformation » on comprend aisément l'ampleur de la tache accomplie : presque 25 mètres de long, une quarantaine de tonne qui doivent être mobiles (sur un camion semi-remorque) pour se déplacer et aller transformer la matière première là où elle se trouve en évitant son transport.


Les balles de paille de chanvre sont posées à un bout de la ligne. De l'autre ressortent des balles de fibres de chanvre, alignées et prêtes à l'usage industriel (voir l’article ci-dessus)), et au milieu de la ligne est récupérée la chenevotte prête à l'emploi (matériaux isolant, horticole et animale).
On est vite impressionné par les trésors d'imagination, d'astuces et d'innovations que l'inventeur à du déployer pour concevoir cette machine. Il existe bien des machines qui transforme la paille en fibres, notamment pour le lin, mais la fibre de chanvre est beaucoup plus longue et surtout offre une résistance mécanique hors du commun. Il a donc fallu inventer et mettre au point un système mécanique qui puisse « défibrer » la paille, sans casser les fibres et en les alignant.
Pierre a donc trouver et acheter des machines incroyables (une cardeuse de chanvre par exemple), récupérer des machines agricoles existantes et démonter tout cela pour obtenir les pièces nécessaires à son invention.
Aujourd'hui il touche presque à son but. La machine effectue chaque phase avec efficacité. Restent les derniers réglages pour arriver aux rendements nécessaires : traiter la récolte de 400 à 500 hectares sur une saison, soit environ 21.000 tonnes de paille de chanvre !
Ce devrait être chose entendue d'ici quelques mois, donc une unité de production (encore fixe) opérationnelle dès l'hiver prochain.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informé de l'évolution de ce projet puisqu'il représente un intérêt majeur en terme de développement durable pour notre région. Nous rencontrerons prochainement Jean-François Blum, à Marcilhac sur Célé, qui a également impulser cette dynamique dès le début, en parallèle avec Pierre.

A lire dans ce dossier :

  • Le Chanvre : une plante d'avenir, capable de relever le défi de la durabilité sur de nombreux marchés... Lire l'article
  • Une plante remarquable par sa composition, ses usages multiples et innovants. Lire l'article
  • Le renouveau du Chanvre. RuralInfo.org. Lire l'article
  • Des agriculteurs pionniers du Chanvre. La Dépêche. Lire l'article
  • Expériences du Chanvre en Lot et Garonne. Bio d'Aquitaine. Lire l'article
  • Cette herbe qui fait rêver les banques. Agoravox. 10 août 2009. Lire l'article

 

Commentaires

  • moos
    • 1. moos Le 05/09/2010
    cet article est génial et tout agriculteur devrait prendre son exemple comme celui de jack herer afin de preserver un minimum notre environnement.

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