Le corbeau de l’Hérault, une nouvelle affaire Coupat ?

Agoravox. 4 septembre 2009 par Olivier Bailly


Vous ne trouvez pas que Cellule 34, cela ressemble furieusement à Cellule invisible ? Vous ne trouvez pas que l’interpellation hier jeudi, dans deux villages de l’Hérault, de neuf supposés activistes à un air de déjà-vu ? Et que le profil du suspect principal, un ancien militaire qui se définit comme un anti-capitaliste du piémont Héraultais, et de ses amis, présente quelques similitudes avec celui d’un certain Julien Coupat...

Mercredi, la section anti-terroriste de la brigade criminelle (celle-là même qui a arrêté Coupat et ses amis) interpellait neuf personnes dans les villages de Saint-Pons et de Saint-Chinian, à l’ouest du département de l’Hérault. Neuf interpellations (France 3) ? Dix (selon Le Parisien) ? Onze (selon l’Express) ?
 
Qui dit mieux ? Ça sera donc onze. Que reproche-t-on à Pierre B. (facile de connaître son nom qui, au mépris du respect de la présomption d’innocence, commence déjà à être divulgué ici ou là...) ?

Pas grand chose : « Cet homme, les policiers l’avaient déjà arrêté il y a quelques semaines, avant de le relâcher. Son profil d’ancien militaire, féru d’armes et opposant politique virulent, correspond à celui qu’ont tracé les enquêteurs au fil de leurs investigations sur la mystérieuse « cellule 34 » qui nargue l’Etat depuis des mois. Une expertise graphologique menée à partir des enveloppes qui contiennent les nombreuses lettres de menaces envoyées depuis 2007 a jugé « possible » l’implication de ce même Pierre B. En revanche, son ADN ne correspond pas à ceux qui ont été relevés sur ces mêmes enveloppes ».
 
Bon, c’est lui ou non ? Son ADN ne correspondait pas il y a quelques semaines. Maintenant, il va se mettre à correspondre ? En tous les cas, vous êtes prévenus. On avait trouvé un horaire des trains chez Coupat. Là on découvre qu’il s’agit d’un ancien militaire, opposant politique virulent. Mais attention, pas un ancien militaire d’extrême-droite (ça existe), non, selon l’Express, virulent c’est plutôt de gauche et vert. Lisez la suite.

Que lui reproche-t-on, enfin, à cet « ancien para aux multiples casquettes : gérant de bar-tabac, sympathisant communiste et « porte-voix » ou « plumitif », selon ses propres termes, d’un groupe qui édite le feuillet d’opinion du Piémont héraultais prolétarien  », toujours selon l’Express. Pas grand chose.
 
Que reproche-t-on à ses amis, je devrais écrire à ses dangereux et sanguinaires amis dont la liste hérisse les cheveux et donne la chair de poule : un proviseur à la retraite, un dentiste, un notaire, un plombier, un architecte, un notaire...

On lui reproche d’avoir adressé des lettres de menaces, mal orthographiées et mystérieusement signées « les combattants de la cellule 34 » (34, comme le département de l’Hérault), à des hommes et femmes politiques et médiatiques. Petite liste : Ségolène Royal, François Fillon, Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati, Christine Albanel, Jean-Pierre Pernault,Jean-Pierre Elkabbach, Nonce Paolini ainsi que Raymond Couderc. Il est vrai que Pierre B et ses amis ont souvent écrit à ce dernier, sénateur maire UMP de Béziers. Ainsi qu’au député de gauche Kléber Mesquida. Mais jamais pour les menacer. Et toujours en signant de leur nom.

« Ces militants, selon la Dépèche du midi, s’étaient dernièrement illustrés en s’opposant pendant des mois à un centre d’enfouissement de déchets à Tanarès sur la commune de Riols aux confins de l’ Hérault et du Tarn. Actuellement, ils s’opposent à l’installation de nouvelles éoliennes dans les hauts cantons héraultais ».
 
Bref, comme le remarque cette source, « rien à voir avec les menaces du corbeau des bureaux de Poste de Béziers et de Montpellier » qui pimentent leurs lettres de « Ministres, députés, sénateurs, pourvoyeurs de lois liberticides (…) vous n’êtes que des morts en sursis », « Vous avez cru à des fous, et bien le temps de la libération avance. Le roi et son clan vont disparaître de la surface de la terre (...) Nous avons le fils du roi comme cible prioritaire avec 3 sénateurs, 4 députés, 1 ministre et un juge dans le top ten et des alertes à la bombe fréquentes dans divers magasins. La peur vous alles (sic) l’avoir ».

Sauf, note la Dépêche, qui cite une mystérieuse « source proche de l’enquête », sauf que « c’est tout de même la deuxième fois qui nous intervenons à Saint Pons ». Ben oui. On va pas revenir pour rien, tout de même. Bon, à ce point de l’enquête on ne peut pas dire que les pandores disposent de beaucoup de biscuits.
 
Il faut rappeler qu’ils s’y sont mis à plusieurs pour interpeller les « corbeaux » : Sous-direction antiterroriste (SDAT) de la Direction centrale de la police judiciaire, la section antiterroriste de la PJ parisienne et la DRPJ de Montpellier.
 
Forcément, il faut des résultats. Or, depuis le début de l’affaire, ça patine. La police s’est déjà ridiculisée une fois en gardant à vue un innocent : « Le 4 mars dernier, lisait-on dans les brèves d’Agoravox, le corbeau semblait avoir été neutralisé. Mais il s’agissait d’un innocent, un informaticien originaire de Montpellier qui, après une garde à vue, avait été relâché. Le véritable auteur des correspondances avait alors adressé un courrier de deux pages à l’avocate de l’homme incriminé à tort où il se disait « désolé » de cette arrestation ». Il y donnait « des précisions techniques sur les munitions qui avaient accompagné ses lettres de menaces ».

 
Depuis la SDAT a rejoint le Team. On allait voir de quel bois on allait se chauffer. La police a son honneur. Elle n’entend pas qu’on le bafoue. Mais pas seulement elle. Début août, en plein malaise vagal, Sarkozy manque recevoir une lettre qui le menace ainsi que son fils Jean.
 
Elle n’arrive pas sur son bureau, mais est transmise aux condés par le centre de tri de Montpellier qui l’a interceptée. Postée de Béziers, elle contient une balle de calibre 9mm. Pas bon, ça, de s’attaquer au chef de l’état. Surtout à ce chef de l’état là. 

On comprend mieux la réaction d’une de ces fameuses sources proches du dossier citée par Le Parisien : « On espère que ce sont les bons ». Car, remarque le quotidien, citant un magistrat, «  il y a une pression hallucinante  » Eh oui. Le téléphone fonctionne à plein entre l’Elysée et la place Beauvau. Sarkozy veut des résultats. Rapides. « Il y a des hauts responsables de la police qui ont le sentiment de jouer leur tête sur cette affaire parce que le président de la République en a fait une priorité absolue. Ce n’est pas forcément comme cela qu’on boucle une bonne enquête », confie un policier au Parisien.

Voilà, je pense que vous avez tous compris de quoi il retourne. Peut-être que demain, selon un scénario convenu, le vrai "corbeau" écrira une lettre expliquant que Pierre B. et ses amis n’ont rien à voir avec les combattants de la cellule 34.
 
En attendant, c’est l’ouverture de la chasse. La chasse à la cellule. Hier « invisible », aujourd’hui « 34 ». Et demain ?

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