Le G192 frappe à la porte

L'Humanité. 24 juin 2009

Editorial Par Jean-Paul Piérot

Sur la rive est de Manhattan, où se dresse le siège de l’ONU, pas de ballet ininterrompu de limousines déposant sur le tapis rouge les grands de ce monde. Ils ne seront pas là. Dans la plus totale indifférence politico-médiatique se tient pourtant une conférence des Nations unies, dont l’objet devrait mobiliser les premiers dirigeants des 192 États : la lutte contre la crise économique, sociale, financière. Et pourtant, dans cette même enceinte onusienne, en septembre 2008, devant l’assemblée générale des Nations unies, Nicolas Sarkozy se posait en moralisateur d’un système capitaliste dont il semblait découvrir que son moteur carburait avant tout à la recherche du profit pour quelques-uns. Le président français, tout occupé par le sauvetage des banques, s’agitait et communiquait, tant et bien que le débat sur les engagements du millénaire pour extirper l’Afrique de la pauvreté passa presque inaperçu en dépit des efforts désespérés du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Le discours prononcé lundi par le président de la République devant le Congrès versaillais est en soi une anthologie des abîmes séparant les mots et les actes, les principes énoncés et les valeurs trahies. Ainsi, Nicolas Sarkozy n’a pas craint de s’emporter contre une mondialisation qui « pousse à l’extrême la logique de la compétitivité à tout prix en recourant à toutes les formes de dumping, à des politiques commerciales agressives, à l’écrasement du pouvoir d’achat et du niveau de vie ». Seule l’ambiance compassée et solennelle nous rappelait pendant quelques secondes que la scène ne se jouait pas au Forum social de Porto Alegre mais au château de Versailles. Rien n’est plus désastreux que les emportements de tribune dissimulant le vide de propositions alternatives, rien n’est plus insupportable que cette rhétorique chère au président consistant à dénoncer une politique qui ressemble comme un clone à celle que l’on met en oeuvre. Cela peut désorienter des électeurs un certain temps… mais le bonimenteur du pouvoir d’achat, du « travailler plus pour gagner plus », de la croissance arrachée à pleines dents… finit par indisposer les citoyens. Les peuples des pays du Sud, l’homme africain insulté à Dakar n’ont plus les moyens de se payer de mots quand un milliard d’êtres humains souffrent de la faim. Cette antique souffrance qui a poussé à l’exil tant d’Irlandais, de Polonais ou d’Italiens poursuit ses ravages au sud de la Méditerranée. Pire, elle progresse alors que l’ONU appelle ce que l’on nomme abusivement la « communauté internationale » à respecter les engagements du millénaire. À l’heure de la crise du capitalisme, tout fait ventre pour les profiteurs du monde de la finance, qui spéculent sur les denrées alimentaires, font monter les prix pour le salarié qui consomme et poussent à la misère le paysan qui produit. La faim n’est plus une malédiction. On en connaît les causes et les remèdes possibles. Un nouvel ordre économique mondial, un nouveau type de développement frappent à la porte. La prétention de Nicolas Sarkozy et de la plupart des dirigeants du monde à maintenir la planète sous le leadership d’un club de pays riches, voire émergents, va à l’encontre de l’histoire. On est passé du G7 au G8, puis au G20, dont la réunion de Londres en avril dernier s’est soldée par un très mince bilan. Pour « imaginer un autre avenir » et surtout pour le construire, c’est le G192 qu’il faut commencer à organiser. Tous les États du monde ne seront pas de trop pour sortir de la crise, et du capitalisme. Sur ce chemin escarpé, la réunion « de haut niveau » qui s’ouvre aujourd’hui à New York apporte une note d’espoir alors qu’à Paris bruissent les ultimes rumeurs autour de la formation d’un gouvernement, qui s’apparente plus à une partie de chasse - le plus gros gibier s’appellera-t-il Mitterrand ? - qu’à la formation d’une équipe qui, selon la Constitution encore en vigueur, dirige sous la conduite du premier ministre la politique de la France…

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