Le pouvoir de dire nom, par Frédéric Lemaître

LE MONDE | 22.05.09 | 13h58  •  Mis à jour le 22.05.09 | 13h58

C'est le propre des grands hommes. Leurs ailes de géant les empêchent de marcher, comme ne l'a pas dit la princesse de Clèves. Prenez notre président. Si brillant avec Angela Merkel, Barack Obama ou Hu Jintao, il ne peut s'abaisser à notre niveau. Quoi qu'il fasse, il subit nos critiques. Pas seulement les nôtres ni même celles des préposés aux postes de premiers proposants. Non, le ver est dans le fruit. A l'intérieur des palais de la République.

Deux exemples consternants : certains se félicitent que deux membres de la commission de déontologie de la fonction publique aient démissionné, choqués d'avoir été mis devant le fait accompli, lors du choix de François Pérol, conseiller élyséen pour diriger - pardon, sauver - deux banques. Quelle honte ! Sous d'autres cieux, l'ensemble des membres de cette commission de rien du tout se seraient fait hara-kiri. A cause d'eux, rappelons-le, notre président, en voyage à l'étranger, a dû mentir. Dire, de Rome, le 24 février, que "la commission de déontologie a eu l'occasion de donner son point de vue" sur ce pantouflage doré, ce qui n'était pas le cas.

L'ALBATROS TRÉBUCHE

Deuxième exemple : le ministère des finances. Le soin que met Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, à exhiber ces jours-ci le blanc-seing obtenu de ladite commission pour partir diriger France Télécom devient touchant. On en oublie presque : 1. Que l'intéressé n'a jamais dirigé d'entreprise de ce secteur. 2. Que l'Etat n'est plus qu'un actionnaire minoritaire. 3. Que nul ne s'est préoccupé de savoir s'il y avait d'autres candidats. Peu importe le fond. Les formes sont respectées. Et le message passé : Stéphane Richard, c'est l'anti-Pérol.

La liste n'est pas close. Avez-vous vu ce pauvre Jean-Luc Hees, président de Radio France ? Obligé de mentir devant le CSA : "Philippe Val est mon ami, mais l'amitié est un mauvais critère pour effectuer des nominations." On connaît la suite. Il est vrai que le dossier est délicat. De retour sur terre, même notre président s'est trompé (et nous a trompés aussi, mais c'est secondaire). C'était le 5 février, à la télé. Interrogé sur les nominations des PDG de l'audiovisuel public qu'il effectuera désormais seul (une idée de son ami Hu Jintao ?), le président a dit : "Si le CSA dit oui (...), ce nom proposé part aux commissions des affaires culturelles de l'Assemblée nationale et du Sénat, où il doit être accepté à la majorité des trois cinquièmes, c'est-à-dire que l'opposition doit être d'accord avec la majorité pour accepter le nom." Pas de chance, c'est l'inverse. Pour être refusé, un nom doit l'être par les trois cinquièmes. Il faut donc que des élus de la majorité s'associent à ce refus. Evidemment, notre président ne s'arrête pas à ces détails.

Heureusement, pendant que l'albatros présidentiel trébuche, François Fillon tient la barre. En témoigne l'autorité dont il a fait preuve pour nommer le patron du groupe Thales. Les administrateurs de ce groupe (dont l'Etat détient 26 % du capital, à peu près comme son associé Dassault) ont-ils la mauvaise idée de proposer plusieurs noms et même d'émettre des "réserves" sur le candidat de Matignon ? Fi ! C'est, malgré tout, ce dernier qui est retenu. Ça, c'est gouverner.


Courriel : lemaitre@lemonde.fr

Frédéric Lemaître
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