Le viol des réfugiées relève de leur vie privée

Bug brother. 11 décembre 2009

“Chaque fois qu’une femme sera martyrisée dans le monde, cette femme devra être reconnue comme citoyenne française et la France sera à ses côtés. Il faut mettre les droits de l’homme au service des droits de la femme dans le monde.” (Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence, le 7 avril 2007)

Des femmes qui se prostituent pour payer leurs passeurs, ou pour les rembourser. D’autres qui se prostituent faute de pouvoir trouver du travail, ou pour être hébergées. L’exploitation sexuelle des réfugiées n’est -hélas- pas difficile à imaginer.

La lutte contre les violences faites aux femmes vient d’être désignée, par François Fillon, “Grande Cause nationale 2010“. On sait moins que le fait d’être violée ne peut servir d’argument lors d’une demande d’asile, parce que “la persécution des femmes ne relève pas du champ du politique“, mais de “leur vie privée“…

Sexual violence against women

L’information figure dans l’avant-dernier des 83 témoignages collectés par l’”Observatoire pour l’accueil des demandeurs d’asile” (OASIS), que viennent de lancer trois associations (CCPS, Cimade et l’UCJG-Robert Monnier) d’accueil de migrants (cliquez sur la flèche pour écouter le témoignage audio) :

Quand même, ce qui est spécifique chez ces nanas là c’est que beaucoup ont été victimes de violences sexuelles, pratiquement toutes.

Oui, ça c’est clair !

Pas toutes mais une grande partie, une grande majorité.

Auparavant, avant d’arriver en France ?

Oui. Et alors la difficulté c’est que c’est vachement dur de faire reconnaître ça à l’OFPRA comme des persécutions dans le cadre de la demande d’asile. C’est pas tellement prise en compte les violences sexuelles. Purée ! Alors que tu as quand même des nanas qui en plus peuvent le démontrer.

Moi j’ai des nanas qui ont été suivies par des toubibs, avec des certificats médicaux, pas que psy, même physique, qui constatent des séquelles. Mais l’OFPRA glisse là-dessus quand même.

Et quand ce sont des nanas qui se barrent de pays où elles sont sous le coup de lois, genre charia, qui du fait qu’elles ont été victimes de violences sexuelles les rendent parias, coupables ou je ne sais pas quoi, l’OFPRA va te dire que ce sont des problèmes familiaux, personnels, ou de droit commun et que ça n’a rien à voir avec le statut de réfugié. Ça relève de leur vie privée.

C’est à dire que la persécution des femmes ne relève pas du champ du politique.

C’est super dur de le faire reconnaître.

Il y a quelques jurisprudences mais c’est marginal sur l’ensemble des situations.

Sur l’excision.

Oui mais alors il faut en arriver à l’excision quand même !

Sexual violence against women

“Votre recherche pour viol n’a pas retourné de résultat”

Accessoirement (si j’ose dire), il se trouve aussi des femmes qui doivent se prostituer pour… payer le voyage leur permettant d’aller témoigner auprès de la Cour nationale du droit d’asile (ex-Commission des recours des réfugiés) :

J’ai une dame qui a dû se prostituer deux nuits pour payer son voyage pour aller à l’audience à la C.R.R., parce que le billet il n’est pas dans la convocation. Et ce n’est pas la seule.

J’ai eu beau chercher sur le site de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra : Votre recherche pour viol n’a pas retourné de résultat) et de la Commission des recours des réfugiés (Cnda : Nombre de documents trouvés : 34), je n’ai nulle part trouvé trace d’un texte ou d’une jurisprudence permettant d’infirmer cette (grave) accusation.

Et dans les 34 dossiers contenant le mot “sexuel” et issu de la base de données des jurisprudence de la CNDA, un tiers concerne des homosexuels, une dizaine des demandes d’asile accordées par la CNDA (après un refus initial de l’Ofpra) reposant effectivement et en partie sur des abus sexuels, mais également plusieurs cas de “rejet” de la part de la CNDA, alors même que les violences sexuelles n’étaient nullement contestées.

Citons, ainsi, le cas de Melle N., cambodgienne, dont les parents avaient été éxécutés par les Khmers Rouges et qui avait été internée, de l’âge de 11 à 14 ans, dans un camp de travail, réduite en esclavage par le militaire qui l’en avait sortie, “vendue” (à quatre reprises) à des familles qui l’ont maltraitée et abusée sexuellement, rachetée (à l’âge de 34 ans) par un couple qui l’a livrée à un réseau de prostitution (contrôlé par la police locale), avant que sa soeur (qui avait obtenue la qualité de réfugiée en France) ne la retrouve et ne parvienne à l’exfiltrer… Demande rejetée.

Il y est aussi question de Melle F., sénégalaise, “enlevée et retenue dans un camp durant une semaine et victime de sévices, notamment sexuels“, du fait de l’engagement politique de son père, son frère et son fiancé (le premier en est mort, les deux autres ont “disparus“). Demande rejetée.

Melle O., nigériane, excisée (contre la volonté de sa mère) à l’âge d’une semaine, abusée sexuellement à 10 ans par son oncle, qui voulu ensuite la marier de force alors qu’elle avait eu entre-temps un enfant de son concubin (frappé, tout comme son père, par son oncle et les autres “sages” qui voulaient la marier). Demande rejetée.

Melle L., congolaise, avait pour sa part été violée par celui qui l’avait recueilli lorsqu’elle fuit son pays, eut un enfant de ce viol, avant d’être chassée par le violeur. Demande rejetée.

Quant à Melle D., camerounaise, c’est sa fille qui fut enlevée, avant de subir des sévices sexuels afin qu’elle mette un terme à son engagement politique, avant que sa maison ne soit incendiée (entraînant la mort de sa nièce) par son ancien compagnon (qui l’avait aussi menacé, battu, et étranglé). Demande rejetée.

Les violences faites aux femmes

Le 25 novembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le Premier ministre François Fillon, entouré de Michèle Alliot-Marie, Xavier Darcos et Nadine Morano, a désigné la lutte contre les violences faites aux femmes “Grande Cause nationale 2010“.

Objectif : “donner une visibilité accrue à l’engagement des associations“, parce qu’en 2008, 157 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint, soit une femme qui décède tous les deux jours et demi… en France. Un chiffre effarant. Tout comme l’est celui des femmes victimes de violences sexuelles dans les pays en guerre.

Ainsi, en Bosnie Herzégovine, entre 20 et 50 000 femmes ont été violées dans les années 90. Au Rwanda, et rien qu’en 1994, entre 250 et 500 000 des survivantes du génocide ont ainsi été violées.

L’Organisation mondiale de la santé estime que les violences sexuelles tuent et mutilent plus de femmes entre 15 et 44 ans que les effets cumulés du cancer, du paludisme, des accidents de la route et des conflits armés.

ONG qui en ont marre qu’on ne parle quasiment jamais (ou seulement de temps en temps, marronier média aidant) de ces femmes violées, mais aussi de ces hommes, familles et communautés qui les chassent ou les répudient, sans oublier -forcément- l’impunité des violeurs, non plus que les blessures, fistules et problèmes d’odeurs afférents…:


Images N/B (cliquables) de femmes prises de guerre au Sierra Leone et en Bosnie, extraites de Broken bodies, broken dreams, imposant rapport émanant du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies.

Voir aussi :
Au pays des droits de l’enfant
Calais: des réfugiés aux doigts brûlés
Harry Potter et les présumés pédophiles
La France refoule 12% des artistes africains
Vos photos sont-elles pédo-pornographiques ?
Tchernobyl: les enfants bloqués à la frontière française

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