Les Casseurs de Pub

Le Lot en Action mag n°9. 28 janvier 2010

Sommes-nous des « casseurs », des gens « pas bien dans leur tête », comme s’emploient à le faire croire les publicitaires ? Non, bien sûr. Au contraire, nous menons un combat non-violent fondé sur l’argumentation. Si nous sommes des « Casseurs de pub », c’est parce que la pub est une machine à casser. Une machine à casser la nature, l’humain, la société, la démocratie, la liberté de la presse, la culture et les cultures, l’économie ou encore l’éducation.
Mais la pub est aussi une machine à casser des choses plus importantes quoique moins perceptibles : le Verbe et le symbolique… Pardon ? Attendez, continuez à lire !


Nous nous « humanisons » grâce à certaines « valeurs » : les valeurs qui motivent notre engagement sont la liberté, l’égalité, la fraternité, comme il est écrit sur le fronton des mairies de notre pays, mais aussi l’amitié, le partage, la tolérance et le respect de la différence, ou encore le souci des plus faibles d’entre nous. Les seules valeurs de la pub ce sont le fric, la compétition, la loi du plus fort.


Ces valeurs que nous défendons font de nous des Hommes car nous sommes libres. Libres de choisir et de mettre ou pas en pratique ces valeurs, individuellement et collectivement. C’est ce libre arbitre qui définit notre conscience. Nous avons le choix entre ce qui nous semble bien ou mal, entre ce qui nous paraît plus ou moins bien ou plus ou moins mal. Sans conscience, nous serions réduits à l’état d’animal.
Les symboles sont comme les mots. Nous les utilisons pour décrire et communiquer nos sentiments et nos valeurs. Ainsi Marianne symbolise-t-elle la république. Une balance symbolise la justice. Les mots (ce que les anciens appelaient le Verbe) et les symboles sont donc essentiels à notre humanité. S’en prendre aux mots et aux symboles, c’est s’en prendre à l’Homme lui-même.
C’est pourtant exactement ce que font les publicitaires. Ils déforment les mots. Ils piétinent le langage pour amener les gens à consommer toujours davantage. Ils détournent le sens originel des mots pour manipuler nos cerveaux. Pour déclencher l’envie d’achat chez le consommateur, ils utilisent des stratégies qui passent inaperçues. Ces stratégies sont faites pour nous séduire. La publicité, sous ses aspects festifs et joyeux, sympathiques et drôles, est une dangereuse propagande qui casse, image après image, le sens de la vie. Par exemple, « La vie, la vraie », est-ce que c’est vraiment être à Auchan ? Le chocolat Nutella, est-ce vraiment du « bonheur à tartiner » ?


Les publicitaires utilisent nos symboles pour rendre nos contemporains dépendants de la consommation. Ils manipulent les valeurs qui nous permettent de nous humaniser afin de nous faire acheter. C’est ainsi qu’ils réduisent notre citoyenneté à n’être qu’une citoyenneté d’achat. Nous sommes moins citoyens parce que nous respectons les valeurs de la république que parce que nous faisons des achats considérés comme citoyens. C’est ainsi qu’ils font basculer la société entière dans la consommation. Une société où la consommation n’est plus un moyen mais une fin en soi.


Vous savez de quoi ont le plus peur les publicitaires ? Des gens qui réfléchissent ! « Keep them simple and stupid » (« Maintenez-les simplets et stupides »), disait Bill Benbach, le patron de l’agence de publicité DDB. Les publicitaires veulent maintenir les gens dans l’état de petits enfants, à l’« âge du sein », c’est-à-dire à l’âge où l’on veut satisfaire de manière immédiate toutes ses pulsions. Ils veulent des adultes restés enfants qui se sentent tout-puissants, et non des citoyens critiques et responsables. C’est pour cela qu’ils nous parlent sans cesse de « désir » mais jamais de « volonté ».


Pour nous faire consommer, les publicitaires utilisent tous les moyens de la propagande. Leur « communication » repose sur des slogans martelés à l’infini afin de les inscrire dans l’inconscient des gens. Ils cherchent à toucher l’affect des gens pour susciter des « conduites réflexes ». Les techniques utilisées pour les marchandises sont les mêmes que celles employées par les tyrans. Du temps de l’URSS, il y avait de la pub pour les marchandises et de la propagande pour les dictateurs. Elles étaient réalisées par les mêmes publicitaires ! Car les publicitaires sont prêts à tout pour de l’argent : à rendre les enfants obèses comme à se mettre au service des despotes. Par exemple : le célèbre publicitaire français Jacques Séguéla n’a pas hésité à faire de la publicité pour le tyran togolais Gnassingbé Eyadema(1). C’est le même qui a dit : « Toucher à la pub, c’est toucher à la liberté de communiquer ; on en arrive au nazisme »(2).

Car les publicitaires sont prêts à tous les mensonges et notamment à présenter leur propagande comme de l’information ! Comme les systèmes totalitaires, la publicité ne supporte pas la contestation. En Corée-du-Nord, les publicitaires font des affiches et des films à la gloire du dictateur stalinien Kim Jong-Il qui affame son peuple. Ensuite, les publicitaires claironnent que « la pub c’est la liberté ». Le pire, c’est que les journalistes le répètent ! Il faut dire que les journalistes sont aujourd’hui payés dans leur majorité par les publicitaires. Ces derniers financent désormais la plus grande partie des médias en y achetant de l’espace pour les publicités. Mais cela n’a pas toujours été ainsi. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les résistants ont créé des lois pour empêcher les affairistes de s’approprier les médias. Malheureusement, depuis, la situation s’est tellement dégradée que d’anciens résistants comparent la situation actuelle à celle de l’avant-guerre !

La pub est une machine à casser la liberté de la presse. Aujourd’hui,la presse, la radio, la télévision vivent de la pub que payent les multinationales pour y montrer leurs produits. Résultat : les journalistes ne critiquent que très exceptionnellement la pub ou la logique des multinationales.


La pub est une machine à casser les cultures. La « culture pub » n’existe pas, la pub c’est l’anticulture. La culture nous humanise, elle réenchante le monde. La diversité des cultures du monde dérange la pub dans son désir de gagner toujours plus d’argent le plus vite possible. La pub veut donc détruire les cultures en imposant des produits et des modes de vie standardisés sur toute la surface de la Terre. Chacun sur la planète devra consommer pareil et beaucoup.


La pub est une machine à casser la société. La pub ne promeut pas des valeurs qui humanisent mais des antivaleurs qui détruisent. Elle nous dit de consommer tout, tout de suite, de céder à toutes nos pulsions et à toutes nos envies. Pas étonnant avec de tels messages que ça pète dans les banlieues les plus sensibles !


La pub est une machine à casser la personne humaine. La pub ne veut plus d’humains, de citoyens, elle veut des consommateurs. Elle réduit chacun de nous à un moyen : la consommation. La pub nous impose la fausse idée que l’unique sens de la vie est la consommation.


Aujourd’hui, des publicitaires quittent ce métier en prenant conscience du mal qu’il fait aux gens. Ils disent qu’ils ne veulent pas être des salauds toute leur vie. Beaucoup de personnes conviennent maintenant que la publicité n’est pas un truc amusant et sans conséquences, mais qu’au contraire elle provoque des catastrophes. Malheureusement, la plus grande réussite de la publicité est que ces mêmes personnes n’imaginent pas que nous puissions nous passer de pub ! Or, si nous avons besoin de manger, d’avoir un toit, des amis, une famille, par contre nous pouvons très bien nous passer de la pub ! Nous avons même intérêt à nous en débarrasser très vite si nous ne voulons pas détruire le monde.
Des hommes et des femmes politiques, des associations, des intellectuels, des citoyens luttent depuis longtemps pour réduire l’emprise de la pub dans la société. Il ne faut pas hésiter à les rejoindre. Nous pouvons aussi entrer en résistance contre la société de consommation en pratiquant la simplicité volontaire, en cultivant notre personnalité, notre vie intérieure, en nous engageant en politique pour le Bien commun. C’est comme ça que nous enrayerons la machine à casser.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Le Lot en Action, 24 avenue Louis Mazet, 46 500 Gramat. Tél.: 05 65 34 47 16 / contact@lelotenaction.org